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vançant vers ce but, et il y marcha d'an pas ferme sans apercevoir Tabime entr'oavert devant lui.
Ce prince , dans le cours d'une carrière déjà longue, s'était montré du petit nombre des hommes dont la c<mdttite politique n'offrait aucune variation, et qui n'eurent que bien rarement à se reprocher d'avoir fait une conces* sion à des opinions qu'ils ne partageaient pas. Les Français étaient avertis, et pressentaient-depuis longtemps les orages du nouveau règne : cep^dant tel est le pouvoir d'un langi^e gracieux et de l'affabilité des manières, et telle est en France la facilité avec laquelle le peuple, oubliant de premières impressions, passe souvent de la prévention à l'espérance, que l'avènement du nouveau roi parut d'abord populaire : Plus de hallebardes! avait-il dit aux gardes qui empêchaient la foule de l'approcher. Ce mot et plusieurs autres aussi heureux et surtout la suppression de la censure furent considérés comme des présages favorables au début du règne. Mais en affranchissant la presse Charles X ne répudiait point la responsabilité des actes d'un ministère condamné par elle ; il l'acceptait au contraire, en déclarant son intention formelle de le maintenir au pouvoir. Alors ceux d'entre les libéraux modérés qui avaient été trop prompts à espérer furent désabusés , et l'opinion publique , devenue chaque session jour plus irritable et plus exigeante , fut exaspérée par ^^m^ une suite de projets impopulaires présentés successivement aux chambres dans les sessions de 1825 et de 1826. . ESous ne rappellerons ici que les plus importants. '
Le premier de ces projets, annoncé déjà par le feu roi projet de loi dans son dernier discours aux chambres , accordait aux ^^^ émigrés ou à leurs ayants droit un milliard d'indemnité anxtmJilt. pour les biens vendus dont ils avaient été violemment dépossédés durant la Révolution. Ce projet, équitable en soi, était néanmoins repoussé par l'opinion libérale et par la bourgeoisie, comme anti-national en ce qu'il n'indem-
èd6 QÛiltllliltll BPOQtJÉ.
bisait, entre tDOted l«ft flèrSoiinés victimes de la HéVdlntion, que celles qui avdietit été frapftées potir ttXroir passé â rétrdnge^ dtl prig les armes contre \A France. Il fdt atque atefe véhémence datis là chambre des Députés, et, potir des motifs très-diffëretits, psli* les nteMbreS de l'èx trèmê droite et pût ceux de la gauche. Les premiers , et entre autres MM. de La Bdurdoiiuelye et de Beaùiiidiit, n'y ttoutttiebt |ias pour les émigrés une réparation Sbfilsaiitè. Le roi , disâietit-lls ^ il*fttait pas le dritil de lesdéetarët dépossédés eu leur aeeoMânt, pour imirs biens confisqués^ une indemiiité qui n'en rept^ésentalt pas la iraleur. Le général Foi, d'autre part^ attaqua le projet ft vee tib langage passionné^ plein de colère et d'âmertutne : il tappela t^tie Timmeni^e majorité de la Chambre Èe ttmktuit juge et partie danâ la question de Tindemnité du milliard^ et il présentait à cette occasion une pétition des membres de la Légidn d'hdunetir privés dé leur tndtemebt de 1814 à 1821 lôt Au momeilt, dit-il, dti splendide festib qoe yOuS allez servir atit émigrés^ il serait Ifleli de laissei' dû moins tomber quelques miettes de pain su^ de Vient sol data motilés, réduits à Tinfbrtune et qui ont portii jusqu'au bout du mobde la gloire du nom frabeals. » La pëtitloii fut écartée par l'Ordre du jour, et la loi de iMn- !.fe loi demnité mu étnigrés on à leurs héritiers fut adoptée par è*t votée. 1^ deux chambres.
Diaciissioii Tandis qd'elle était en discussion datis la ehaiâbre des la chambre Dêputés, celié dcs Pai^s délibérait Sur un projet relatif aux
des PaiM , r a
d'>in^^ro|et commuuautcS rellglëUses de fëlnines. Le principal article ""héSV"' ^^ Projet, qui dohnaît utie existenfee légale aux eommude"femmeî. ^^^^ déjft iStabUfes^ portâit qu'à l'avetlir il suffirait d'tttie simple ordonnanoe royale pour en établir do notiteltes. Une proposition analogue avait été discutée l'année précédente dans la même chambré. Elle itlettait en éTidenœ la pression exercée par le parti religieux sur le gouvernement^ dont la pensée véritable était d'établir nn précé-
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délit ^tli lui permit d'stùtofrisër plus tard pAt Simple ordoitihalicé lès ëdh)riiutiàutéi^ d'ifôttitees^ et de régularidèr par la mêtae volé rëxiàtëtice dé là Bo&été des Jéltaites 6t dès ndnibrëtix étàbliââëitiëdti^ dOtit ils étaient déjà ëti po£P cession, èbîitrairemèDt aux lois, sdr ffltisiëôrs points du tëiritbire. Adctiii projet Sotis ëe rapport ne pouvait être pltis irtlp6pûldi<*e que le nOtlveda pj*ëjet présenté par lé garde des Séëàu±. M. Fasqliiér Signala le dabger dans plàsleiii'S dlscdurs fort refriarqdables, et rétiSSit à l'écarter au moyen d'iiii àHiendèmeiit qill soumettait toiit tiouvei étabiissëmént de ëommunàtité de femmes à là sanction de Id loi, et qui fut dddpté. A ce projet succéda Celui de y^^^^^^^^ la loi du Sslcrilégfe, (jui punissait le toi des vases sacrés a* JîcîS^. dans les églises de la peine de mort, et la pi*ofatiatioii des hosties CbnsaërëfeS de la pëifle du parrifcide. Ce projet, ari-acbé pdr la Cotigrégation au ministère, et plus impopulaire encore que le précédent, fut soutenu par M. de Bonald avec tottte là violence de la pâssiOn théôlogiqUe, et rencOUtra dans les deux chambrés de nombreux et éloquents ^adversaires, et entre autres, dans celles des Pairs^ MM. de Brbglië^ LdngUinais , Pasquier Portails, et dans celle des Déptités , Boyer-Gol]ard« Il fiit flétH comme tin retour aux barbaries â*Uilé autre époque , comme introduisaut la théologie dans ta législation, et surtout comme Contraire à l'égalité des cultes cotisaerée par la Charte. Les deux chambres néanmoins votèrent la loi, mais celle des Pairs en retratiëha la peine aggravée des parricides, savoir la mutilation avant la mort.
Dans la session suivante (1836) le gouvernement pré- session setità un projet par lequel, à défaut d'un vœU formel ex- *** *"*' prirtïé par le testateur, Uti privilège considérable était créé eti faveur de la primogéniture dans les successions projet de loi payant au moins 300 fr. d'impôt fbticier. Si les auteurs *ïïiSît de ce projet se fussent bornés à prévenir un morcellement *^'**"*^*indéfini qui, mettant le bien patrimonial en poussière, dé-
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iruit la famille; s'ils eusse&t, dans ce but, raffermi Taatorité paternelle et donné aux pères une liberté plus grande dans la disposition de leurs biens, le projet eût répondu à une nécessité sociale chaque jour mieux sentie. Mais en substituant la force de k loi à la volonté du chef de famille pour essayer de reconstituer en France une aristocratie territoriale, il blessait une des fibres les plus sensibles d'un peuple démocratique et laissait entrevoir le dessein de ramener la France en arrière vers Tordre so- DiMOttion cial de l'ancien régime. Pour cette cause surtout il excita sur le droit uue grande animosité contre ses auteurs ; peu d'actes de la * iVcbfmbre Restauratiou heurtèrent plus violemment l'opinion dominante, et il faut avoir vécu dans ces temps agités poar le Dbconra Comprendre. Préseotée à la chambre desPairs par le garde M. Puqoier. des sccaux, la loi y fut vivement combattue^ et personne entre les opposants ne déploya plus de science et de talent que le baron Pasquier. H fit ressortir l'absurdité d'un projet qui, en cas d'adoption, donnait au gouvernement la faculté inouïe de faire ou de défaire des aînés en élevant ou en abaissant d'un centime seulement la cote des impositions foncières, et par lequel l'État se trouverait ainsi armé d'un pouvoir nouveau et redoutable vis-à-vis des familles. Il démontra que tous les efforts que l'on pourrait tenter pour reconstituer une aristocratie en France échoueraient s'ils ne naissaient naturellement de l'état social, des mœurs et de l'opinion, et il indiqua comme les meilleurs moyens d'atteindre ce but l'extension du pouvoir des pères de famille et l'accroissement des attributions et de l'indépendance des conseils généraux et municipaux et des cours royales : l'orateur enfin, dans sa dialectique pressante, ne laissa debout aucune des dispositions du projet tendant à rétablir le droit d'aînesse par la seule autorité R^et de la loi. La chambre des Pairs le rejeta, et n'adopta qne *"de*ioi!* l'article qui étendait les droits du testateur pour la substitution d'une partie de ses biens. Ce vote eut un grand
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retentissement dans le royaume; Paris illumina» et la chambre des Pairs partagea quelque temps aYec la haute magistrature la faveur populaire.
Cette longue série d'actes réactionnaires et funestes à , ^?«cr* ^
, , ~ , , deCharIcsX.
Tautonté morale du gouvernement avait été interrompue ^^^^ en 1826 parles solennités du sacre. Charles X parut à Reims entouré de Tancien appareil de la majesté royale ; là il prêta serment à la Charte, et reçut la couronne des mains de rarehevêque, au milieu d'un cérémonial antique peu en harmonie avec les idées du siècie, et où la généra* tion nouvelle ne voulut voir malheureusement qu'un acte de déférence inopportune envers le clergé.
La France libérale eut bientôt après à déplorer une Funérailles grande perte : Foy n'était plus. Cent mille citoyens^ l'é- générai poy. lite du commerce, du barreau, de la littérature et de l'armée, suivirent ses funérailles, et adoptèrent ses enfants au nom de la patrie sur la tombe entr'ouverte de leur père , le plus éloquent adversaire des ministres. La cour ne vit qu'un mouvement séditieux dans cette manifestation éclatante : elle suivait toujours la voie dangereuse où la poussaient des vœux impatients , lorsqu'un redoutable adversaire de la Congrégation et des jésuites se présenta tout à coup pour les combattre. M. de Montlosier, ^ ^^ Montancien partisan des vieilles libertés féodales et des pré- '"'cJnfri**^ rogatives de l'aristocratie, dénonça la vaste organisation ^^^^ll^^'de la Congrégation comme menaçante pour le maintien de la religion en France et pour la sûreté de l'État ; et M. de Frayssinous ayant laissé échapper à la tribune l'aveu de rexistence des jésuites dans le royaume, M. de Montlosier fit contre leur rétablissement appel aux lois de l'État par-devant la cour royale de Paris. Celle-ci s'étant déclarée incompétente pour les poursuivre , M. de Montlosier s'adressa sur-le-champ à la chambre des Pairs qui, sur les conclusions de M. Portails, accueillit la pétition en ce qui concernait l'existence d'une société reli-
590 QVÀtAliilB B^bijUB.
gieuse non légaleitient atitdHséè, et prô&onçft lé retivoi au phësident âti conseil. Là cabinet pritdèâ lors la résoldtion ' « d'enchaîner la presse, qui âéiidti^ait M Jéàtitès àtt pays, «t d'ëtotlifet l*0^t^dêitidn de la (îiiâmbfb dë&Pair»^ c^tii provoquait Cdiitrë eux les rigueurs dé la loi.. Projet de loi ^^ llipot^tait âttssi au eabidët de fédtiire le li^mbre des à^ïodifier éleoltetifs les moins imposés et apparteilâilt aiii classes éiiîti^ak.. les plus attachées à la cause libérale ; le ministëre pré- "*• setttd ddtie pout» dégrever la contribution fddclère tm projet que Royér-Gdllard combattit avec fbrcè. « Gé déûÏroIII- grêVcmettti dit-il, réduira de plusieurs milliers le Doinbre couard, des éiccteurs, et partieUlièt-ertient de fceu* qUij àe trotiTant plus prëë des eiet^seS laborieuse^, ^ëttetlt la chambre élective eii rapport et eh hài'monlë âveë les Uiasâes. Que les dégrèvemeiits contlUtieiiit , cfUe réle<^timi Se retire de t^lus en plus dans les classes supérieures, le goUvérnenie&t représentatif sera tdUt à fait élUdé, et cette chambre ue Serd i^lUs qu'uh âénàt, qtii ne connaîtra ^lUs la France èl ne Seb t^oint atoué par elle, n DispomioQs ^'^ «esslôh de 1826 fUt feloSe en Juillet. L'tfiiinîon, «Êfapm« ^'**^^^ P^^ ^^^^ d*actes d'Une pdlitiquë fcontraîrë au sentiment national, et asservie à la GohgrégatWii et Hnx jésuites ; éclatait en plaintes et en mënacëè. De ee mécontentement profond; mat déjà fort grand ëil lui-nièifie, Sortit^ par une réActioii iiaturelle de l'esprit publie , Une flicheuse tendance à côtifouâre daUë' Uti blftlUë Commun la royatlté atee le gouvernement, âispdsition trè^-fbUeSte el trop recdnUâissable dans un grand Uoâibre de productions contemporaines. Le grand muuvëiiieht philosophique et littéraire doiit l'origine retUdhté Jusque sous l'Èrhpire, d'Unfe pafrt, aux prëttiîers travaux dé Maine de ilran et de ROyer-CoHard , et d'autre part à Chateaubriand et à madame de Staël, avait reçu du choc des opinions politiques, dans la période suivante, une impulsion très-fécoude, et l^éclat que jetèreUt les lettrée soUà la Res-
LIYBB ir. CHAPITBB IV. 591
tâuratlofi pourrait stifflrè À )a gloire de cette époqde. Mài6 à mesure qti'on a?aneait ntn le tei-mé les prddoctibns de réo«le rdydlist6 traâttidtitieile Ht oathdliqoe detetiàleiit plus rares , tandis que celles de l'école libérale se ttiolli^ pliaient et contraient la France; Dans tous les discours, dans tons les éerits des libéraux constitutionnels un tribut d'éloges était payé à la Obarte et aux institutions libres de rAngletferre^ au respect sacré du droit national et dn régime légal : il s'était formé ainsi tin esprit public dont JS^J^JIf// s'inspiraient saiis cessé, en tufe de succès, les émineilts Je^nemeSti professeurs de la Sorbouoe, \eê grands publicistes» les ro- littéra'fure manclers et les poètes : ce souffle puissant donnait la vie la^^reL à beaucoup de feuilles et de recueili périodiques , parmi p*'-^'>'*'*i"« lesquels on distinguait V Encyclopédie du dix-neuvième âièclCy le Cemeur et le Globe. Ce dernier surtout attirait Tattentiod ; il coinptait les doctrinaires au nombre de ses plus éminents collaborateurs. Ceux-ci inséraient dans ses «olonnes de briUdnts articles » d'un esprit très-libéral et d'une haute portée sur les inatières politiques , administratives et fiaticières, et ne prévoyaient pas alors qu'ils seraient si promptement rais en demeure d'appliquer leurs théories et d>n répondre devdfat la France par leurs aetesi Mais tandis que dans ces productions, les unes juste* ment célèbres^ les autres reoommandables à divers titres, des doctrines élevées , hardies et plus ou moins aventu* reuses se confondaient avec le respectpour la monarchie^ celle-ci était attaquée dans ses racines par d'autres ouvrages, très-populaires, élaborés avec utie ironie profonde^ une colère systématique et tout le prestige du talent 2 parmi ces écrits, dont quelques-uns eurent l'importance de faits politiques, les plus vantés comme les plud répandus furent les fameux pamphlets de Paul-Louis Cour* rier et quelques-uns des chants du poëte natiobal Béranger. Vers le même temps deux hommes d'une rare valeur et qui s'annonçaient dans le monda littéraire ,
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MM. Thiera et Mignet, fondèrent en France une nonvelle école historique. Ils s'étaient donné pour mission de réhabiliter la Révolution française en atténuant les forfaits de cette époque» à l'aide d'une doctrine aussi iiEiasse que dangereuse, celle du fatalisme dans l'histoire. Leurs ouvrages, qu'ils ont eux-mêmes plus tard sagement modifiés, furent accueillis tout d'abord avec enthousiasme dans un public où fermentaient tant de haines et tant de colères : ils dépassèrent le but, et aidèrent puissamment à relever parmi. nous le parti républicain, fantôme redoutable que devaient bientôt rencontrer devant eux, dans l'arène politique, ceux qui, sans le vouloir, l'avaient évoqué. <}uelques utopistes, au premier rang desquels étaient Saint-Simon et Charles Fourrier, rêvaient alors la reconstruction de l'édifice social sur des fondements aussi étrangers aux véritables principes du christianisme qu'aux lois consacrées par Tétude de la nature humaine et par l'expérience des siècles.* Leurs doctrines, préconisées d'abord par quelques adeptes obscurs , pénétrèrent sourdement dans les masses , et trouvaient faveur dans des esprits qui en d'autres temps n'auraient eu pour elles qu'indifférence ou dédain. Il y aurait de l'injustice à rendre le gouvernement de la Restauration responsable de la manifestation de ces idées ; maison peut dire que l'irritation extrême causée dans presque toutes les classes, par une longue série d'actes imprudents et impopulaires, disposa l'opinion surexcitée et passionnée à accueillir aveuglément trop d'écrits dont le seul titre à sa favear était un esprit d'ardente et commune opposition à la politique des ministres.
M. de Yillèle , cependant , malgré son impopularité croissante, persistait à garder le pouvoir, et son ambition se montrait chaque jour plus ombrageuse et plus jalouse : voulant demeurer seul maître de la situation , il avait successivement écarté du pouvoir les hommes les plus
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éminents^MM. Decaze, Latné, Richelieu, Chateaubriand, qui tous avaient dans la chambre élective des amis puissants. Il s'éloignait en même temps des exagérés de l'an* cîenne droite, et il avait vu s'accroître par cette politique exclusive et personnelle le nombre des opposants. La majorité, enfin, lui faisait défaut dans la chambre des Pairs, et déjà il la voyait très-affaiblie et incertaine dans celle des Députés. 11 restait à frapper dans la presse l'adversaire le 'plus redoutable de sa puissance, et dès ^e début de la session suivante le garde des sceaux, Peyronnet, présenta aux députés un projet tendant à res- projet de loi treindre outre mesure pour les brochures et les livres, ia°i?berté et à étouffer pour les journaux et autres écrits pério- ^ ^mi^'^^ dique, la liberté de la presse. — A peine connue, la loi proposée excita dans l'opinion un soulèvement presque universel : l'Académie française protesta, sur la proposition de Charles Lacretelle, vivement soutenue par Chateaubriand, Lemercier, Jouy, Michaud, Joseph Droz, protestation Alexandre Duval et Villemain; et une commission fut PAc^démic nommée dans sou sein pour supplier le roi de retirer ce '""*■'*'• projet. Charles X refusa de la recevoir, et] répondit à cet acte par des châtiments : il destitua de leurs emplois MM. Villemain, Lacretelle et Michaud. La loi, adoptée par la chambre des Députés, rencontra une vive opposition dans celle des Pairs. Le ministère comprit que si cette chambre l'acceptait, elle en retrancherait du moins les dispositions les plus rigoureuses ; il la déroba, en retirant son projet, à cette dangereuse épreuve.
Cette nouvelle fut reçue aux acclamations de la foule dans Paris, déjà en proie à une exaltation redoutable, L'opposition dont les symptômes se manifestaient au milieu des feux gén'érai^. de joie et des cris populaires. De nouveaux signes, irré- "symptômes ensables, de la disposition générale des esprits se produi- "'*^ d?»"""" salent chaque jour : comment mettre en doute en effet '"Ast'^^'* la sincérité ou la puissance d'une opinion publique à la-
594 quitbiMb ]6èoqu<.
qttfetlé se ralliait ce c(à'il y avait de (ylciâ grand, Ae pltts grave et de t>las considéré dans TÉtat : la pairie , la bàtite magi^ti'sitate , Flnstitdt, l'Unive]^sité, leil homliiéè inèmé tés phi étbitienits et lès plus sages du parti rciyallsie. Il y avait de IMnsanité à ne pas recotinattre fôtis les dîlûgèi'S de la voie où le goavernétnenf s^efigageait, lorsqu'on Voyait dans l'opposition les grands ctftpÈ constitdés, ces ëlémerits conservateorâ des États, présage Infalllibflè d*ané févoltïtion imminente; etcepèildant le ministère persévérait, s'obstinant à torït braver, comme fràt>pé d'dvètigleiiient et fasciné par le prestige trotipenr d'adé dittjorité parlementaire fatetice, issde du double VQftè et àrrâcbéé à grand'peinè h la Èrance par ta ptilssance d'âne centralisation adniinistrative sans limites et sans frein.
Oharles X, (ixxi heurtait ainsi toutes le^ sympathies libérales ^ attachait pourtant du prix à raffe(;tion des Français pdtir Sa personne ; depuis longtemps il se sentait blessé du sileticé du peuple sitfson passage; et, après avoir été témoin de l'ivresse des Parisiens à l'occasion du Revue retrait de la loi sur la presse, il oi'donnapdurlè dimanche JJcenciemcnt suiVaut ùtie ré^uc générale de la garde nationale. Ce "*iM7?**' J<^tiMà Paris tout entier se transporta du Champ de Mars, où soixante mille hommes étaient sdds les armes, te tdi passa dans tolii^ les rahgs, et {)ârut satisfait de l'accdèil qu'il reçut : presque partout cependant m cri de Vive le roif se mêla ixû ci-i réprobateur cotltre leS ministres. Quelques Voix inSdltèreiit, à l'Irisd du mdtiarque, les princesses présentes à Ja revue, et, en défilant devant le ministère des finances, ttn bataillon fil entendre de menaçadtesimprëcatîoris. Déjà le roi avait ^toMneé des paroles gracieuses, lôrsqiie , sur le rapport des princesses et sur les vives instances de MM. de Villèle et Corbière, il c^dt devoir venger les membres offensés de sa famille et de koti cdùsell ; hislls il ne distingua t>oint leà innocents
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dès coTTpables, ei lès ebnfûiiidlt Ûahs nn iiiëMe<;hdÙmeiii. Paris à^pHt te letiâehiaiii que sa gafde hatioaale était âissottte. La presse libérale et lés j6tif tiatix de l'oppiosltion i^oyaiisté reprdchèrent atéc véhéiriérice au président du coQ^efl tet acte inconsidéré de vètigèaiice, etaussitôt àpirès \A «èsatfofn là censure ht ai'bitraîremetif rétablie. Une vlireclppdittidrièdntrë rorddhùàiïce qùî dîôsoltalt «i brùsqtiertîëtit \à garde tiâtionalè éclata daùs la chambre des Pairs, ei i^e manifesta ilussi dans celle des Députés, bt U minorité hostile aux ministres augmentait chàè(ùe jour êti fdrce. Déjà uii grand iiombré de membres a^paHebant à toutes les opinions ayaient dédâfrê quel, bien qu*nu6 Idl récente eût consacré la Èeptëtinalité de la législatoi-e, le iliflùddt Qu'ils avaient réôtl AëÈ éiecteut-s tie â'étéiiâait ptià ait delà des cinqans^ et qu'Us ne poiiri'diënt ëb ëoùséquèncè âiéger plus îongtebipâ U )a cbainbrè. M. de Villèle longeait d'ailleurs à aâsuter fà durée de ^on poutoir et rexéct(iiob de Sèè {irojètà par une nôtivelle ëhàrabrë deptednàle, encore fllbs ddcile i ses tdlontés ; il eoni^ltâ les préfets sdr l'esprit dé leurs dét^àrtements;, et ne i^e- <;uëiliit, par lèui^ réponses, que des i*eb$e)gneiïiëntà Cdmjflclisàiits ôdlnëxdctà; la plupart s'accordèrent à lui garantir dés élections favorables à son système, t'drt dé otesoiution ces assuraiices, Il n'hésita plus; et en novembre 1827 **<*f'n^':«
' r 7 jgg Dépules.
parurent les dt-doftnances par lesquelles la èharabre des J,ï^pJ*;" Députés était dissoute, lès collège^ électoraux cdntocjtrés, "«^ et soixante-seiîè pàitïes créées, lé plus g^dnd ndmbrè en favetll* des membres de la riidjdrtté de Tancicfane chambre et dès grands propriétaires , c(ue lètir grdtidë ttrtbbe rë^ commandait au éhoijt royal.
Le ministère avait comblé la mesure, l'heure était veûiiè où U aui'ait à ebrUt>tèr sérieusement avec Toplùion. Déjà depuis quelque temps iî s'était formé, en vue des prochaines élections ^nérales, une société devenue cé« lèbre sdus lé nnili de là soetété Aide-M^ le ciel ftMera,
dont plasieurs membres éminents du parti libéral, et entre autres M. Guizot, forent les plus actife fondateurs. Elle avait pour butd'empècber les fraudes électorales, de surveiller la composition des listes et de stimuler le zèle des électeurs. Ses efforts furent puissamment secondés par la presse périodique, qui, aux termes delà loi, redevenait libreaussitôt après la dissolution de la^chambreélective : trois puissants journaux: les Débats^ le Constitutionnel et le Courrier français (1) faisaient alors au cabinet une guerre acharnée ; et une multitude d*autres feuilles à Paris et dans les départements étaient les or- Eipioaion ganes passionnés du sentiment général. L'opinion publiniib?iqac"° quc, si longtcmps méconnue, refoulée et bravée, fit libérak"! ainsi explosion en même temps sur tdUs les points du royaume : sa force fut irrésistible ; elle triompha cette fois de la centralisation administrative; mais ce fut à l'aide de forces impétueuses, où se mêlaient à des éléments réguliers et constitutionnels des éléments dissolvants et révolutionnaires. Tous les membres du côté gauche écartés dans les élections précédentes reparurent, et furent renvoyés dans la chambre par les collèges d'arrondissement : plusieurs y revinrent profondément irrités et disposés à réagir avec violence contre la politique du cabinet et à prendre à cet égard des mesures peu compatibles avec les nécessités du moment et avec les tempéraments de la sagesse. Les choix des collèges des départements furent en général favorables à l'opinion royaliste récemment dominante au sein de la chambre : toutefois, dans Fensemble, une imposante majorité constitutionnelle était sortie de Furne électorale. Vainement M. de Villèle Youlat en-
(1) Les Débats étaient dirigés à cette époque par leurs propriétaires les Trères Bertin, avec la collaboration de Chateaubriand, etc. Les principaux écrivains du Constitutionnel étaient Jouy, Arnaud, Etienne, Jay , appartenant tous à l'Académie française. Un publiciste distingué, nommé Châtelain, rédigeait en chef le Courrier Ftançais,
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core s'attacher au pouvoir en sacrifiant ses collègues les
plus compromis ; vainement épuisa-t-il toute espèce de
combinaison pour former un conseil en harmonie avec la
nouvelle chambre et où il pût entrer lui-même : il avoua
son impuissance, et tomba devant Topinion publique, J„S;^^é„
qu'il avait trop dédaignée. Déî"îw7.
Le conseil dont il fut membre avait, durant une administration de cinq années, blessé de nombreux intérêts chers aux classes moyennes ; et tandis que par ses actes impopulaires il accumulait chaque jour contre le pouvoir de nouveaux et formidables ressentiments, il ôtait chaque jour aussi quelque force, quelque moyen de résistance à l'autorité. En transformant les agents du pouvoir en aveugles instruments de manœuvres électorales il les déconsidéra; il blessa l'armée par ses complaisances pour ceux qui spéculaient sur les conversions religieuses dans les régiments ; il s'aliéna les cours royales en condamnant leurs arrêts , rUniversité en fermant l'École normale, en suspendant les cours de deux illustres professeurs, MM. Gulzot et Cousin, dont les graves enseignements partageaient alors avec les éloquentes leçons de M. Yillemain l'attention de la jeunesse studieuse : le ministère enfin, en dissolvant la garde nationale de Paris à une époque où cette institution était encore très-populaire, suscita un ennemi au gouvernement dans chaque famille de la capitale.
Quelques actes cependant d'une meilleure politique furent l'œuvre du ministère dans ses opérations financières et dans ses relations avec l'étranger. M. de Yillèle favorisa le mouvement ascendant du crédit de la France, les efforts de son industrie manufacturière et son commerce extérieur. Il ne put,' suivant son désir et à l'exemple de la nation anglaise ^ faire reconnaître par la France l'indépendance des colonies espagnoles ; mais du moins il fit émanciper par une ordonnance
D^miDgoe conditfm d'MDie indbe/noM^é erarid/éfable un pcpôt des reeoDnue «pi^j;. dépod^é^és; et p,#^ |e Iraijté 4u jS juillet le gou- ^TnM' verpemei^t fraoçai» «'upH ^ rApg|.et|erre et à la |BUis8îe u Ftnce. pour amener la flo des })iwtUi|t|é$ ei^tre 1^ T^rqf^ et la 'eftaRttl^e Grèce. Le fils de Méhémet-Ali, )U)rahiipL-Pafi)ia^ appelé T?r"^" ^ '^ WJ^&Q) vriyiqjjt isjprs eo Morée aviec j^ flotte ejuiûetisiT. fonoÂdabl^, cf^i^g^ d'^ne g^^Lode partie des forces mUita^es de ^Egypte; les Gfreps, jépimi^^, .é]tajeift perdus ^aus ri|)teryiexa;Joa j^s pi^^ssi^i^pes. I^raMm refusa d'observ(er IVoQÎ^tioe prjs^il: p^r ^les, ^ ee i^fus Bataiue *"**'** ^ c^élfefrre j'oiuurttée /^ji^ Tes^drie firançaise» sq^ de Navarin. TaniiriM de ftigny, uuie ^ux je^cadrps auglaise et p»^, tojifdroya jBt aoéaAtlt^ d^uos le port d« N^vaj^» Ml flQtte ^ptieooe. C^t|l^ yictoire sai^ya les Gr^cs, ejt .eif fil une najti^u : la F^9^^ l'apprit ^vqc jjçle, et ^aa jeii elle pour la ^r^ res^i^cjtée ujgi^ brillaf]ite jaiirore. Sou eutl^V^iasp^e ^ut partagé pa;* f^ peupll/e anglais, fpi se plijut 4 ^appprt^r |['hoa%&ur dfi ce tripiqpbe ai^ grand mim^/edoi^t il /d^lor/^ la pierre : Capjapg n'^âait plus. Des .Qrages^'auQoiiçjûeut^x.d^ux extréoijl^s 4^ l'Europe. L'^pip^er/eur AiefajQCjIre ia^Vj^^^ /se^ de v^yije eu 1826, let Veffifu^^t ^pcfi^, ^^ ff^, #pp^ ^u trào^ par la x/eno^w^aUo^ i^ i^ frè^e a)^ ffflstaiUjn, ji> ét^t^QM^g^'ap^ # iBaog^^tSiQ9Wto^9 W^ £waa>i#t Troubles pressciitir un règne agité. Vers le lojia^ I^J^9 ^ P/9f- 'îwtSïtoà* tiMgft* , aprè? lifli f»<Vt/î^ roij/eaa^ yi, ^on PeiJ^9, Ti^né d(m^pedro 4e s^ fili^^ ri^Ujp^çsuxt ^ la Gquro^]|^ d^ ^ortu^ e;^ 1^- Je^a^m^ veux de sa fille 4<waMjaxjia, avait doipé .UAe confiltitnj^iaft usar^ation' ^ ce royi^axi^, ^u§ jies a,uspiQe^.d6 i^^jogleter^e • les aqf«s '^'^"istef'^' ^1^ ^ Migi^el, p^rtisfga^^V |^.uyoir fitUfQ^^f se i^sffisaii^t ji icvurir aux arme^ : /déjà 1^ gi^re 4vUe ^'aliumait jp^J^i le^ Portugais, tandis que ^o^ Jie ii^aui^ie yoAsj;?, en JEspagne, Je peujO^ %tW ^rç ^'>^ar(^e ef ^^ ,^esp9tisme. jLe reste de TËurope fai^ ^l^i^ioe. La
^ LIYBB Vf* qiAPIT|l|l IV. ^99
France enltrait alors, m9^ |trop t^r4» dap$ ui^e vo^ pju^ constitutionnelle : le p^inistère qu'elle of^jtint i^arji^ comprenjdre la aitu^tton , et s'eilforça de r/épondre a^s vçeux du paya.
Ce nmiyem pon«eU jtut farjipé le 4 ia^v^er I824. Ses ATénem«nt n^en^bres étaient MM. de MarUgnAC, Portails, de la ^er- liîaTngn!^ roni^ay», da Caux, de Saint-C^riq et Çyde 4^ Meuyille, auxquels le roi adjoignit ensuite |if M. de Yatimespi), et Feutrier, évéque de 3eauvais. U p'y eut p^ de président duconsieil; mais M- de i^artig^^c, esprit fin, judicieux» doué d^une parole facile et pleii^ie d^ispjQvenance, donpta çon nom isiu i^^uyeau ica^ii^^. La ch^bre des Dé- session pj9téSy pnésMée par, M. Royier-û41af d , qij^'ayalent .éli^ isssism. sept allèges, blâma d*atM)^d , dan$ Sion ad^reççe au roi, les acjtes d^ dernier ministèfe, lejt fut.ensuil^ ^^jp le point de le tri94nire en acejuaation. La âUuation du niouv/eau C9t>ini^t était doublepn^nt d^f ftc^je : la pljapaft ,d|B Sfis m^bres avaient donné jtrjop peu de g^ges juaqu*alnrs ^ lii cause libéraie i^our rassurer c^ofiplétiem^ )>plnion pi^blique , e|t n'^n offraient p^ /issez an 99^^^ royalist;iB extrême pour contenter i^ cour : de là p^nvii^f^l^ 1^ défiances du monarque et les Ul^^sH^nf^ e^ij^ce» M*.W^ double ofi^o^^n* Cle minîatère cepeudf^, ioyai? bfbile et sage /et appuyé ^ur le oeutre droit, ^t de gr^ds et honorables efforts ponr snrni<»9t^r le$ /^i£l}c]ui)utés de la sUïuatpnn, ejtsnr sa proposition les ebmbrs^ f^ptè«re»gi^ Aet» q^eJqne^ Igjs tapontantes conç\^e« dans ufi .c»prit Jj^- **«****"*•• rai : Tuna d'.elles abolissait la oen^re^ fïaxif^e» admettaient ja spéci^Uté dans le^ firai^des .di.yi^na 4f^ bttdget, la fiermanence Aas liste» étectoirates eji le .contitnôle dos noesure^ admini$tratlyes en ^aoiatière 4'^action;jeinfiin> le droit d'interpréter les loi$ ét^ reconnu oomne ^q^pc^nUnanit aux troto ^anches dn pouvnJr législatif.
Oana 4e$» raliMnns .e^tériainres Je n^niaiière s'ii^u^qoMuyt
^{rlUtS!- ^^^ ^^ qainze mille hommes en Morée, sous le général sèment Maisoii : Ibrahim se relira devant eux, la Grèce fut
600 QUATBIÈIIB iPOQtlI.
aux vœux de la France pour le salut des Grecs par Ten-
Affrancbls
sèment
de la Grèce.
1818. affranchie, et Gapo d'I stria y fonda un gouvernement régulier. A Tintérieur^ les obstacles se multipliaient chaque Jour sous les pas des membres du cabinet; ils pour- ' suivaient néanmoins leur pénible tâche avec courage. Leur succès le plus difficile fut Tinterdiction faites aux ordoimanoei jésuites, par deux ordonnances , du droit d'instruire la les )ésuitea jeunessc : Tune ramenait sous le droit commun les écoles
et les petits •'
témiaaires. sccondaircs ccclésiastlques ; l'autre écartait de leur direction où de leur enseignement toute personne appartenant à une congrégation non autorisée. Ces ordonnances furent la plus pénible concession de Charles X aux exigences de répoque; aucun sacrifice ne lui coûta davantage. La congrégation se sentit par elles blessée au cœur; et de toutes parts retentirent autour du roi des cris de réprobation et de colère. Le souvenir des concessions forcées que le monarque avait faites à ses ministres changea bientôt en aversion la défiance qu'ils lui inspiraient, et dès lors il ne vit point sans une secrète satisfaction la conduite imprudente du côté gauche : celui-ci, alarmé de la présence dans la chambre d'une minorité nombreuse et imbue de doctrines peu conciliables avec les vœux des classes moyennes, convaincu d'ailleurs des liens indissolubles qui unissaient à cette minorité la dynastie régnante, demandait plus encore de fortes garanties contre le retour de ses adversaires au pouvoir que de sages lois pour la France. Voilà ce qui tendit principalement à donner, en 1828 et 1829, un caractère malheureux d'impatience et d'irritation à cette partie de la Dissidence chambrc élective. Le ministère désirait vivement accrotenître le roi trc SCS forces cu attirant dans son sein quelques-uns des lemioLtère. hommcs émlueuts du ceutrc gauche; mais tout ce qu'il tenta dans ce but échoua devant l'invincible répugnance
LIVBE IV. CHAPITBB IV. 601
du roi poor toutes lès fractions du parti libéral (l). Charles X regardait les prérogatives de sa couronne comme supérieures à la Charte ; il s'indignait à la seule pensée que son droit à choisir ses ministres fût entravé et limité par les circonstances, et, selon lui, fléchir sur ce point c'était abdiquer. Déjà il s'était fait violence pour prendre hors de Textrème droite un ministère dont l'opinion n'était pas l'expression pure de ses sentiments personnels. Il était résolu à ne pas faire un pas de plus vers la gauche. A ses yeux, enfin, un cabinet appartenant au centre droit et composé d'hommes en qui se confondaient le dévouement au roi et l'attachement à la Charte passait pour être le représentant véritable de l'opinion constitutionnelle; le roi s'étonnait donc de l'opposition que son 'gouvernement rencontrait encore , et il affectait de répéter qu'au- . eune concession de la couronne ne serait capable de satisfaire les libéraux : il espéra que le moment viendrait où des ministres qu'il croyait lui avoir été imposés par l'opinion publique seraient condamnés par elle, et il pensa qu'il trouverait dans leur chute populaire un motif ou un prétexte pour revenir aux hommes de son choix.
Charles X fit à cette époque un voyage dans les départements de l'est ; l'accueil favorable de la foule, avide en tout temps de voir un roi, l'abusa sur les dispositions de l'esprit public, et un échec du ministère le confirma dans l'intention d'exécuter ses desseins funestes. Deux importants projets de loi, l'un sur l'organisation des con-
(1) Les mîDistres remirent au roi un mémoire dans lequel ils lui exposaient leur situation et la nécessité de s^assurer l'appui de la majorité en se coticiliant les libéraux modérés et royalistes et en présentant des lois qui obtiendraient leurs suffrages. Ce mémoire se terminait par des paroles tristes et prophétiques sur les dangers imminents d'une politique difiérente pour la couronne de Saiut- Louis. Ciiarles X laissa ce mémoire sans réponse. Voyez de Barante, Vie de Eoijer-CoUard, t. II, p. 377.
603 QUATBiàMB BPOQUE.
seils municipaux, Tautre sur celle dés conseils de département et d'arrondissement» avaient été portés à la chamcoatition bre des députés. Uextréme droite refusa de les soutenir^
pour * ,
ic'roinîîtèrc P^** oppositiou Systématique aux ministres qui les présentaient, oubliant ses doctrines de 1815 sur les franchises locales : une partie des libéraux modérés , d'autre part, fit cause commune dans cette circonstance avec les libéraux révolutionnaires , non moins dangereux que les ultra-royalistes pour la monarchie constitutionnelle. Ils firent en cela une grande faute, et ne tinrent pas suffisamment compte de la situation difficile et des louables efforts d^un ministère à tous égards digne d'estime et ]^us libéral encore qu'il n'osait le paraître. Gelui-ei, tenu de se conformer aux ordres formels du roi, avait annoncé qu'aucune modification aux projets présentés ne serait admise , et une faible majorité s'étant prononcée en faveur d'un amendement, les deux projets furent immédîar chote tement retirés par le ministère. La cour triompha de
**Ma^£iiic? cette disgrâce du cabinet; Charles X arrêta dès lors dans sa pensée la dissolution de son conseil» et le 8 août 1829, après le vote du budget de 1830 et la clôture de la session, parut l'ordonnance qui créait le nouveau ministère.
Formation Trois hommes marquants, le prince de Polignac,
"pSîiSnacT^ MM. de la Bourdonnaye et de Bourmont. furent inscrits sur la liste ministérielle comme un défi jeté a 1 opinion. Le premier, doué d'ailleurs des plus estimables qualités, était l'expression vivante du parti congréganiste; le second représentait, en ce qu'elle avait de plus violent, la chambre impopulaire de 1816; le troisième, ancien chef de chouans , n'était connu du peuple et de l'armée que comme transfuge du camp français à Waterloo. MM. de Blacas et de Damas avaient eu la plus grande part à la formation du nouveau cabinet : ce dernier, connu par des opinions fort peu constitutionnelles, venait d'être
Août 1829.
L{VXB lY. GHAPXTAE lY. 603
nommé gouverneur du due de Bordeaux : la contre-révolution était ainsi ouvertement annoncée. Mais les classes les plus attachées à la constitution avaient pris des forces ; elles avaient obtenu du ministère Martignac, dans la loi sur la presse et dans la loi électorale, deux armes puissantes; elles étaient en mesure de résister , et elles résistèrent. Le 8 août la monarchie fut lancée sur une pente rapide et poussée vers l'abîme.
Aussitôt que les noms des nouveaux ministres furent connus 4 la presse passa tour à tour de la colère à une insultante pitié, du dédain à la menace ; la société Aidetoiy le ciel V aidera préparait, en cas de dii^soiutlon de la chambre, la résistance par les^ élections; et sur tous les points du royaume une vaste association se forma pour prévenir et combattre rétablissement redouté des taxes illégales. La cour ne vit dans ces grands et formidables mouvements que les symptômes d'une conspiration dont le but était le renversement du trône. S*ll y eut alors conspiration, il faut dire que c'était une grande partie de la France qui, croyant la charte en péril, conspirait ouvertement pour la sauver. En butte à une telle défiance, à des attaques aussi violentes, le conseil protestait toujours de son respect pour nos institutions; M. de ta Boordonnaye fut même sacrifié par ses collègues à Topinion publique; M. de Montbel le remplaça, et le ministère, présidé par M. de Polignac, parut enfin devant les chambres.
Charles X, en déployant pour la dernière fois, le 2 mars, toutes les pompes de la royauté, déclara, en présence des députes et des pairs réunis, sa ferme intention de maintenir également intactes nos institutions et les prérogatives de la couronne. La rédaction de l'adresse des députés en réponse au discours du trône donna lieu à une discussion très-animée, où deux hommes déjà célèbres, MM. Guizot et Berryer, débutèrent, sur des
DlMOlOliOD
604 QUATAIÈME SPOQUB.
bancs opposés / avec éclat dans la vie parlementaire. L« projet d^adresse signalait au roi la composition de son nouveau cabinet comme dangereuse et menaçante pour les libertés publiques ; il exposait, en termes d'ailleurs très-respectueux, que le concours nécessaire entre les vues politiques du gouvernement et les vœux de la nation n'existait pas, et le roi était supplié de le rétablir. Deux cent vingt et un membres, contre cent quatrevingt-un , votèrent cette adresse mémorable. Charies X, après en avoir entendu la lecture, se montra ofTensé, et annonça que ses résolutions étaient connues et seraient immuables. La chambre fut prorogée, et ensuite dis- J^"^' soute. Le roi rendit l'ordonnance qui convoquait de nou-
cnambrei ^
^néra?eVr ^^^^ 1^ coUégcs clectoraux : les deux cent vmgt et un 1830. signataires de l'adresse furent presque tous réélus, et Topposition fut renforcée d'un grand nombre de H^^mbres nouveaux.
Cependant le cabinet avait cherché à acquérir quelque popularité au moyen d'un grand succès militaire, et un affront fait au consul de France par le dey d'Alger offrit aux ministres une heureuse occasion de purger la mer des pirates barbaresques. Une expédition contre Alger fut ordonnée; M. de Bourmont eut le commandement de Tarmée, Tamlral Duperré celui de la flotte. La
^ ^,, ville fut prise; le cabinet et la cour accueillirent avec
Conquête r » , .,■ ^ a* •
**'i8Îo'.'' transport la nouvelle de cette brillante conquête; mais Paris s'associa faiblement à leur joie : il comprit que cette victoire les rendrait plus téméraires, et craignit qu'elle n'ôtât plus aux libertés de la nation qu'elle n'ajouterait à sa gloire.
La lutte politique approchait enfin de son terme : déjà; le résultat général des élections était connu ; le ministère allait se trouver en face d'une majorité plus compacte, plus impatiente et plus hostile, La pFupart des membres de cette majorité ne voulaient pourtant pas la
LIYRB IV. CHAPITBB IV. 605
chute du trône : ils étaient sincèrement constitutionnels; mais alors, comme en 1791, la cour, pour sou malheur, ne sut point distinguer les constitutionnels des révolutionnaires; elle s'obstinait à voir le fléau de la France dans la Charte^ qui était le bouclier de la dynastie; être dévoué à la constitution, c'était, aux yeux, de lacour, être ennemi du prince : c'est ainsi que, refusant son appui aux hommes qui voulaient la Charte avec les Bourbons, la cour les disposa à s'appuyer contre elle sur ceux qui la voulaient sans les Bourbons , dont cette prévention déplorable et invincible précipita la chute.
La dynastie penchait sur l'abîme ; elle était arrivée, sans Ai«nMnts le savoir, à ce point fatal où se manifestent les symptômes p'*"*'*' les plus infaillibles de la chute des gouvernements. Presque tous les hommes éminents en science et en talent étaient passés dans les rangs de l'opposition, et ceux même qui avaient le plus énergiquement soutenu cette dynastie dans Torigine, ceux qui auraient eu le plus grand intérêt personnel à la maintenir dans les voles constitutionnelles qu'ils lui avaient tracées» étaient la plupart devenus les chefs de la majorité hostile à son gouvernement; enfiu^ inspirant une invincible défiance à la bourgeoisie par le succès même qui en d'autres temps aurait affermi son autorité, elle voyait le pays repousser la gloire qu'elle lui présentait et l'opinion d'un grand nombre lui imputer à crime non-iseulement ses fautes, mais encore les calamités qu'elle s'efforçait de conjurer. Plusieurs départements furent en effet, à cette époque, désolés par de nombreux incendies, et la rumeur publique s'égara jusqu'à reprocher au gouvernement d'être l'auteur de ces crimes.
L'époque de la réunion des Chambres approchait, et l'esprit de vertige, avant- coureur de la ruine des empires, , Aveugicpénétrait dans le palais du roi de France, à Saint-Cloud, de ulcour. où circulaient d'étranges rumeurs. Il fallait en finir, avec les révolutionnaires, disaient les. courtisans; il fallait, i
606 QUATBIÈMS ÉPOQUE."
comme hii 1 8 brumaire, user de force et d'audace, et Ton pouvait compter sur la multitude. Quelques charbonniers et forts de la halle étaient venus en procession à Saint- Cloud; ils avaient dit au roi ce mot, répété par la cour avec complaisance : Maître charbonnier est maître chez lui. D'après cela pouvait-on douter que le peuple ne f&t royaliste et qu'il ne prit fait et cause pour la couronne? Tels étaient les discours de quelques-uns, de ceux que le roi admettait dans son intimité : tout contribuait à abu- DisposittoDs ser ce malheureux prince, dont Tesprit obéissait à une in--
personnelles
du roi. fluence plus haute et encore plus irrésistible. Charles X, et en cela son premier ministre lui était semblable^ Charles X croyait avoir une grande mission à remplir : il regardait comme un devoir sacré d'étouffer le libéralisme, d'établir son gouvernement sur des bases exclusivement religieuses et monarchiques^ et il se laissa persuader que l'article 14 4e la Charte, qui ^ autorisait le roi à rendre des ordonnances pour le salut de PÉtat, l'autorisait au$si à sortir des voies légales si l'État en périt ne pouvait être saavé par la légalité. A ses yeux le salut de la monarcbie dépendait du maintien de son ministère et du triomphe du trône sur une Chambre qu'il accusait de vouloir le renverser, et il ne crut point déchirer la Charte, il ne fat point sciemment parjure çn recourant à cet article pour la violer. L'image sanglante de son frère s'offrait sans cesse à ses regards : « LouîsXVI, disait-il, avait été conduit à l'échafaud pour avoir cédé toujours ; » et Charles X, oubliant que le grand art de gouverner consiste à savoir employer à propos la concession et la résistance, crut sauver sa couronne et sa tête en ne cédant jamais.
Dans les derniers jours de juillet le roi était invariablement résolu ; son ministère délibérait encore, et,' soit qu'il hésitât, soit qu'il voulût donner le change à l'opinion, des lettres closes, portant convocation pour le 3 août, furent envoyées aux membres des deux Chambres.