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VUE

CLOTAIRK

passé sur ce malheureux pays. Jusqu'à la Seine, ce n'était plus qu'un désert , des villes en cendres, des campagnes en friche, des ! forêts envahissantes. A peine quelques maisons relevées, quelques champs labourés, qu'un nouvel ennemi venait tout détruire. Maintenant comme avant Tolbiac, de nouvelles bandes germaniques menaçaient la frontière : c'étaient les Saxons , habitant les bords de l'Elbe, aussi braves sur mer que sur terre. Montés sur de petits bateaux, ils suivaient les côtes, remontaient les fleuves, débarquaient pour piller et disparaissaient comme la foudre. Une bande vint s'établir jusqu'en Normandie et y fonda Bayeux. Une autre plus nombreuse remonta la Meuse, menaçant de ses ravages le cœur même de la Gaule. Averti à temps, Thierry lança sur eux son fils Théodebert, qui en fit un affreux carnage et tua leur roi de sa main; puis, pénétrant dans leur pays, il leur imposa un tribut annuel de cinq cents vaches. Effrayés par cette leçon, les autres aimèrent mieux passer la mer et s'établir dans la Grande-Bretagne, où leurs compatriotes venaient de fonder plusieurs petits royaumes. Us achevèrent la ruine de ce pays , auquel la tribu des Angles donna le nom d'Angleterre. Désertant leur patrie redevenue païenne, les Bretons, de leur côté, se réfugièrent en Armorique, qui prit dès lors le nom de Bretagne. Us y fondèrent plusieurs évèchés et un grand nombre de monastères : Saint-Gildas-de-Buys, Saint- Pol-de-Léon, Saint -Bneuc, Saint- Malo, doivent leurs noms à d'illustres fugitifs, moines ou évèques, qui achevèrent d'évangéliser ce pays. Ce lurent eux qui apportèrent le poétique souvenir du roi Arthur, redouté des Saxons, mort en les combattant, et de ses compagnons, les douze chevaliers de la Table ronde, derniers et braves champions du monde romain contre les barbares.

XI. Les fils de Clovis ne se contentaient pas de donner asile à des proscrits ou de repousser les Saxons. 11 fallait, pour satisfaire leurs compagnons, de riches provinces, des villes à piller : de là cette pente qui entraînait sans cesse les barbares au midi. Gondebaud était mort, laissant ses Etats à son fils Sigismond.

Sous prétexte de venger les parents de leur mère, les trois fils de Clotilde l'attaquèrent. Thierry, né d'un autre mariage, et lui-même gendre de Sigismond, refusa de marcher as ec eux et continua ses conquêtes en Allemagne. Sigismond fut vaincu et fait prisonnier avec sa femme et ses enfants. Les Bourguignons n'ayant pas déposé les armes, Clodomir, avant d'entrer en campagne, fit jeter dans un puits, près d'Orléans, le roi captif et sa famille, triste vengeance qu'il allait chèrement expier. Parvenu jusqu'à Vézeronce, à deux lieues de Vienne, il livra bataille; dans une charge téméraire, il se trouva entouré d'ennemis et fut percé de coups (524). Sa tète fut coupée, mise au bout d'une lance et promenée en trophée. Sa veuve, Gondeuque , épousa le débauché Clotaire, qui déjà plus d'une fois avait changé de femme. Ses trois fils, en bas âge, trouvèrent un refuge auprès de leur grand'mère Clotilde, qui reporta toute sa tendresse sur ces douces et innocentes créatures.

XII. Jaloux de cette affection et avides de l'héritage de ces orphelins , Clotaire et Childebert se réunirent à Paris pour comploter leur mort. Ils font demander les deux aînés à Clotilde, sous prétexte de les élever sur le trône, et la pauvre mère les envoie avec hâte, voyant déjà revivre en eux son cher Clodomir. Mais, au lieu de les lui ramener couronnés, ses fils lui envoient une épée nue et des ciseaux : ils seront tondus ou égorgés, c'est à elle de prononcer sur leur sort. « Je « les aime mieux morts que tondus, » tel fut le premier cri de ce cœur de reine, qui ne pouvait croire à tant de cruauté. Satisfait de cette réponse, Clotaire prend un couteau . et saisissant par le bras l'aîné de ses neveux, l'égorgé sans pitié. Le second se jette au cou de Childebert : « Au secours, mon père. « ne me laisse pas tuer comme mon frère. » Ému jusqu'aux larmes, Childebert demande sa vie; mais Clotaire le raille, le menace, lui rappelle l'héritage, si bien que Childebert repousse l'enfant loin de lui ; il eut le même sort que son frère (526). Clotilde ne revit que les corps de ses petits-enfants, et, après les avoir une dernière fois couverts

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