‹ Histoire de FranceChapitre 9 sur 339 · CLOTAIRE · texte numérisé non relu

CLOTAIRE

vendre une tour à l'ennemi. Les coupables furent châtiés, et Césaire reconnu innocent. Cependant la ville résista, et, après un siège inutile, Francs et Bourguignons rentrèrent dans leurs foyers. Un grand nombre restèrent prisonniers; entassés dans les églises, ils attendaient tristement qu'ils fussent vendus suivant l'usage. Mais, bien que païens, ils touchèrent le cœur de Césaire. A l'exemple d'Eptadius, il se fit leur protecteur, leur distribua en abondance du pain et des vêtements, et dépensa à les racheter tout le trésor de son église. Nouvelles calomnies, et ordre à l'évèque de venir se justifier à Ravenne devant Théodoric. Ce voyage fut plutôt un triomphe, et lui fournit l'occasion de racheter encore en Italie une foule de captifs des bords de la Durance. Ainsi, en attendant des temps plus humains, les saints avaient déjà le secret d'adoucir les maux de la guerre et de tarir dans sa source l'esclavage antique.

VIII. La paix faite, Clovis avait plus de pays qu'il n'en pouvait garder : les trois quarts de la Gaule lui obéissaient, mais lui fournissaient peu de soldats, et sa petite armée commençait à diminuer de nombre et de vigueur. Que n'avait-il pour la recruter les autres tribus de Francs dispersés de la Somme au Rhin ! Leurs chefs sont ses parents ; mais ils le voient d'un œil jaloux. Il faut à tout prix s'en défaire : tel est le cri du vieil instinct païen, mal étouffé dans son cœur. A l'instigation de Clovis, le vieux roi de Cologne est assassiné par son propre fils , et, au moment où le parricide plonge la main dans les coffres de son père, une hache vengeresse lui brise la tête. Le roi de Thérouanne et son fils s'estiment heureux de n'être que tondus et emprisonnés dans un monastère; mais leurs cheveux pourraient repousser, et ils ont la tète tranchée. De sa propre main Clovis tue les deux rois de Cambrai. Ainsi mourut quiconque de près ou de loin appartenait à sa famille. Son royaume se grossit de ces sanglants héritages, terres maudites qu'à son exemple ses fils et ses petits-fils se disputeront bientôt le poignard à la main.

IX. Que n'eût pas été le cruel Clovis sans la douce Clotilde et sans le sage Rémi ! Grâce

à leur influence , ce cœur sauvage eut des jours de soumission et de bonté. A Orléans est réuni un concile dont les pieuses décisions deviennent des lois (511). Désormais, prévoyance admirable en ces temps de meurtre, le proscrit trouvera un asile inviolable sous les portiques des églises et sur les tombeaux des saints ; libre ou esclave, il n'en sortira que réconcilié avec ses ennemis, et, s'il est coupable de quelque crime, c'est l'Église qui réglera sa peine. Les esclaves, nombreux malgré les rachats, seront considérés, non plus comme des bêtes de somme, mais comme des chrétiens auxquels est assuré le repos du dimanche et des fêtes. Excepté quelques cuisiniers qui vendent fort cher le secret des sauces romaines , et qui demeurent au service des Francs, les autres auront leur maison, seront attachés à des champs ou à des vignes, qu'ils cultiveront paisiblement avec leurs femmes et leurs enfants ; et souvent, dans les [ testaments des princes et des évêques, ils recevront des preuves d'affection et de reconnaissance. Ainsi quelque bien venait se mêler aux crimes de Clovis et donner l'espoir d'un avenir meilleur. Partout les basiliques des martyrs étaient restaurées; sainte Geneviève. en construisait une sur le tombeau de saint Denis; à Paris, au-dessus du palais des Thermes, le roi des Francs lui-même, prenant sa framée , la lançait de toutes ses forces, et donnait ainsi la mesure d'une église à saint Pierre et à saint Paul. A peine terminé, l'édifice reçut les restes de la vierge de Nanterre, puis ceux du vainqueur de Tolbiac. La colline tout entière porte encore le nom de la patronne de Paris ; une petite rue obscure a gardé celui du roi conquérant.

X. Autour de ses quatre fils, dignes héritiers de sa fougue, se groupent les Francs, suivant leurs affections sauvages et l'espoir du butin. Thierry s'établit à Metz, Clodomir à Orléans, Childebert à Paris, Clotaire à Soissons, presque tous au nord, au milieu de leurs tribus. De là ils se distribuent villes et provinces au gré de leurs fantaisies. Chacun se soumit sans murmure : obéir aux fils de Clovis était un bienfait au prix de nouvelles invasions. Assez de hordes barbares avaient

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