LIVRE III — SAINT LOUIS
moindre clocheton jusqu'à l'audacieuse flèche qui se perd dans les nuages. A d'autres le marbre précieux, les bois parfumés, l'or et les pierreries: les églises gothiques ont seules cette inimitable vie que l'amour donne à la pierre.
CXLIV. Sous ces voûtes sonores coulent à flot la musique et la poésie. Aux vieux chants ambrosiens ou grégoriens se mêlent les proses d'Innocent III , les hymnes de saint Thomas d'Aquin, les chants d'amour des franciscains, mélodies fraîches et pures, qui, toujours en harmonie avec le sujet, emploient les richesses variées de l'art grec. Tantôt le lugubre Dies irœ évoque sur le cercueil des morts l'appareil du jugement dernier ; tantôt la complainte du Stabat révèle les douleurs de Marie, debout au pied de la croix; tantôt, enfin, dans le majesteux office du saint Sacrement, les fidèles rassurés adorent et chantent le fils de la Vierge, le pain des voyageurs, compagnon et soutien de leurs misères avant d'être leur juge. Ainsi l'art chrétien était complet, et, à leur berceau, les peuples du Nord, portés sur les ailes de la foi et de l'amour de Dieu, pouvaient hardiment défier les palais enchanteurs et les délicieux jardins des Arabes.