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CXLV. Même contraste dans les sciences

Tandis que, sous la main de fer de leurs soudans , les Orientaux brillaient surtout dans les choses positives et matérielles, mathématiques , géographie , astronomie , chimie , médecine, saint Thomas d'Aquin mettait la dernière pierre au magnifique édifice de la théologie chrétienne, science maîtresse, qui, commandant à tous et n'obéissant à personne, sûre d'elle-même et paisiblement assise au sommet des choses, pouvait de là, plus tard, explorer librement le monde des esprits et le monde des corps, fidèles miroirs du monde moral. Dans ses décrets immuables, nulle faiblesse pour les souverains de la terre. Les rois sont les serviteurs des peuples , les premiers soumis aux lois de leur pays, ne percevant que des impôts librement consentis, respectant les libertés et privilèges de chacun. S'ils abusent de leur pouvoir, il est permis, il est juste de se défaire d'un tyran, droit suprême, de tout temps exercé, souvent

exploité par la haine ou par l'ambition, mais sans danger pour les peuples qui, soumis au jugement de l'Église, attendent que le père des fidèles, les déliant de leur serment, ail rayé leur souverain du nombre des chrétiens. Maudites par ce cynique Frédéric II dans ses harems de Naples et de Sicile, ces doctrines se publiaient sans obstacles à l'université de Paris, sous ce roi passionné pour le bonheur de son peuple, « qui eût mieux aimé, disait-il « à son fils, laisser le royaume à un étranger, « à un Écossais , que de le voir dépérir aux « mains de sa famille. »

CXLVI. C'était à Paris, aux collèges Saint- Jacques et de l'Observance, que le Sicilien saint Thomas d'Aquin et le Toscan saint Bonaventure avaient fait leurs études sous Albert le Grand et sous Alexandre de Haies, venus de Cologne et de Glocester. A peu près en même temps, ces deux glorieux émules avaient pris le bonnet de docteur et succédé à leurs maîtres. L'un , véritable puits de science , faisait des commentaires sur Aristote, sur Pierre Lombard et sur l'Écriture sainte ; l'autre, brûlant d'un amour séraphique, écrivait la Pauvreté du Seigneur Jésus, le Chemin de l'âme vers Dieu , le Miroir de la Vierge Marie. Tous deux venaient souvent s'asseoir à la table de saint Louis. Bonaventure y était gai, candide, simple comme un enfant. Thomas, distrait et rêveur, y poursuivait encore le fil de ses arguments; un jour, ébranlant d'un grand coup de poing la table royale, il s'écria : « En voici un fameux contre les ma- « nichéens ! » Et son prieur de se morfondre en excuses pour lui. Le roi ne fit qu'en rire, et, sur l'heure, une plume fut apportée pour ne pas laisser perdre l'argument.

CXLVII. Toutefois saint Louis n'aimait pas à table les efforts et la contention d'esprit, et, bien que ne buvant jamais de vin pur, il donnait l'exemple de la gaieté, encourageant les joyeux propos, les plaisanteries et les naïfs ébats de l'esprit français. A ses yeux déjà la France était le pays du bon sens et non des subtiles controverses, et il citait volontiers le trait d'un vieux chevalier qui, pour confondre des rabbins prêts à pérorer en public, avait dégainé son sabre, et les avait menacés de les

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