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LIVRE III

SAINT LOUIS

percer d'outre en outre s'ils ne prenaient la clef des champs. Voilà, pensait saint Louis, l'honneur et la réponse que méritaient plus d'une fois les lâches et perfides séducteurs des peuples. Aussi, fort de sa sincérité et de son désintéressement , il réprimait sévèrement les outrages publics des hérétiques et des blasphémateurs, et protégeait par ses lois la puissance et la majesté du culte , sans se douter qu'aux mains de ses neveux ces armes dangereuses, retournées contre l'Église, serviraient à l'opprimer, et que, sous prétexte d'hérésie, quiconque aurait déplu, pape, religieux, chevalier, serait livré à la justice, aux tortures et au bûcher. Pour le moment, terrassés par l'éblouissante expansion de la vérité catholique, les derniers Albigeois se rétractaient ; si quelque obstiné essayait encore de soulever les passions de la multitude, il ne trouvait plus de partisans, et expiait seul sa mauvaise foi et sa révolte sans prétexte.

CXLVIII. Le voilà donc enfin venu ce moment quelquefois entrevu et toujours désiré, où la vertu sur le trône gouvernera le monde, dirigera la science et les arts, et exercera sur toutes choses un empire incontesté. L'éducation de la France est achevée. La pauvreté, la chasteté, l'obéissance, pénétrant dans ses mœurs, en ont fait la terre sacrée du travail libre, de la famille chrétienne , de la charité et de la fraternité volontaires. Tandis que docteurs et architectes, peintres et sculpteurs, évèques proscrits et papes fugitifs s'assemblent des quatre coins du monde sur ce sol , libre, l'épée de ses soldats a reconquis Jérusalem et Gonstantinople. Qui, des fils de saint Louis, des successeurs d'Innocent III, des enfants de saint Dominique et de saint François, osera le premier trahir sa mission? Réunis, qui pourra leur résister?

CXLIX. Tel n'est point pourtant le cours des choses humaines. La vie doit rester un combat, où le mal succombe en dépit de ses victoires, où le bien grandit au milieu de.ses défaites. Définitivement vaincu, le vice serait dépouillé de son attrait le plus puissant. Seule digne de régner, seule capable de rendre les peuples heureux, la vertu y perdrait son plus beau titre de gloire , qui est

d'être haïe, humiliée, opprimée, persécutée, et de triompher dans sa faiblesse. C'est en soutenant des luttes de géants que Grégoire le Grand et Innocent III, saint Colomban, saint Boniface et saint Bernard ont régné ; ils sont morts calomniés , exilés ou martyrs ; et maintenant, parvenus à l'âge mûr, les peuples auxquels l'Eglise a donné science, richesse, liberté, vont tourner cette vigueur contre leur mère et apprendre par une triste expérience ce que deviennent tous ces biens sans la sainteté qui en est l'âme.

CL. Qui le croirait ? le mal éclate partout à la fois. Domptés en apparence, les instincts païens qu'a ressuscites Mahomet reprennent une nouvelle force au cœur même de l'Occident. Sans parler des renégats traîtres à leur foi, le Prophète a exercé sur les croisés un charme fatal, et leur a inoculé une lèpre morale plus triste et plus contagieuse que celle des corps. Au moment de succomber devant la douce autorité du saint-siège, le despotisme des califes revit en des princes jaloux d'asservir le pouvoir spirituel ; la polygamie, qui n'ose se produire au grand jour, se cache dans le désordre des mœurs ; les esclaves reparaissent sur les bancs des galères , et ce paganisme renaissant sauve l'islamisme à son déclin. En une nuit, l'empire français de Gonstantinople, mal gardé par une faible garnison, retombe entre les mains des Grecs incapables de le défendre contre les musulmans, et le dernier empereur, Baudouin, fils de Pierre de Courtenay, revient en mendiant dans sa patrie. Tandis que templiers et hospitaliers ensanglantent l'Orient de leurs dissensions meurtrières , les Turcs reprennent la belle Antioche , tuent dix-sept mille habitants, en emmènent cent mille en esclavage. Les avides Tartares jettent le masque , chassent les missionnaires, envahissent la Russie, et menacent les bords mêmes du Danube.

Toujours alliés des Sarrasins, les enfants de Frédéric II accablent l'Italie de cruautés sans exemple, et le pape, épouvanté, offre au premier venu le royaume des Deux-Suiles.

CLI. Fils aînés de l'Église, les Français semblaient du moins destinés à la soutenir contre tant d'ennemis, et leur dévouement

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