‹ Histoire de FranceChapitre 106 sur 339 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

SAINT LOUIS

ferme au milieu des larmes de tous, saint Louis fit son testament , laissa quatre mille livres à sa femme Marguerite, dix à sa fille Agnès, confia les rênes de l'État à l'abbé de Saint-Denis; puis, d'un pas courageux , il sortit de son palais , pieds nus , avec le bourdon de pèlerin , alla entendre .une dernière messe à Notre- Dame, et reprit cette fatale route d'Aiguës - Mortes qui l'avait déjà mené à de si grands malheurs (1270).

CLV.Nulne savait où se dirigerait l'expédition. Tremblants au seul renom de bravoure de saint Louis, les souverains musulmans lui avaient tous envoyé des ambassadeurs pour détourner sa colère.

Plus adroits , lesïurcsdePalestine adressèrent des pré- •

sents à Charles d'Anjou , et s'assurèrent de ses bonnes dispositions. Ce prince égoïste , désireux de se venger des pirates barbaresques, qui ravageaient les rivages de Provence et de Sicile, représenta à son frère que le grand tort était d'avoir jusqu'alors négligé la côte d'Afrique , que le prince de Tunis serait facile à convertir, sinon à renverser, et que ses Etats étaient la vraie route, la clef de

Saint Thomas d'Aquin enseignant la théologie à l'écule de Paris. (P. 120.)

l'Egypte. Peu habile à soupçonner les ruses dont il était incapable , le roi se laissa persuader, et mit à la voile pour Tunis. Le jeudi avant la fête de sainte Madeleine, au plus fort des chaleurs de juillet, les Français débarquèrent sur les ruines de l'antique Carthage, à cinq lieues de Tunis. Le prince musulman annonça qu'il viendrait leur demander un baptême de sang à la tête de cent mille hommes. En attendant, il les fit harceler par des bandes avides et infatigables,et acheva de ravager cette terre brûlante, si déchue de son ancienne splendeur.

CLVI. Manquant d'eau et nourris de viande salée, lescroisés souffraient cruellement. La peste recommença. Malgré les soins qu'il leur prodiguait, saint Louis vit les plus braves succomber l'un après l'autre, et parmi eux son cher fils Jean-Tristan, souvenir de Damiette. Puis il tomba à son tour, atteint d'une fièvre mortelle. Couché dans sa tente et paisible en face de la mort, il reçut encore les ambassadeurs de Conslantinople , vit tous ses soldats, et fit à chacun de ses enfants de touchants et solennels adieux.

Page 1