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LIVRE III

SAINT LOUIS

côtes; dix-huit gros vaisseaux périrent, quatre mille personnes furent noyées. Pendant que l'avide Charles ne songeait qu'à recueillir et à confisquer les débris du naufrage, et à relenir les croisés pour conquérir la Grèce, la peste continuait à faire des victimes. A peine débarqué, le roi de Navarre expirait avec sa femme et son enfant. Philippe le Hardi, malade aussi et pressé de rapporter en France les ossements de son frère et de son père , put y joindre bientôt ceux de sa jeune épouse , morte en Calabre d'une chute de cheval. Un peu plus loin , Alphonse de Poitiers et sa femme succombaient en Toscane. Enfin, à travers cette route semée de morts, Philippe arriva aux Alpes, passa le mont Cenis, et revint à Paris par la Bourgogne et la Champagne. Lui-même porta à Saint-Denis les restes de son père, au milieu d'une multitude en larmes.

CLX. Ce n'était pas seulement un homme qui était mort. Avec lui finissait toute une

époque de foi vigoureuse et de généreux amour; avec lui s'éteignaient l'esprit de la chevalerie, les libertés du moyen âge, le génie des croisades. Si la croix resta le signe de l'honneur sur la poitrine des braves, si la guerre sainte, mille fois plus riche en poésie que le siège de Troie, retrouva un écho lointain dans les chants des poètes chrétiens , les Turcs n'en reprirent pas moins le cours de leurs désastreuses conquêtes ; les calamités retenues par saint Louis déchaînèrent leurs ravages, et il fallut six siècles pour que la France finît de châtier les pirates barbaresques. Tandis que Saint-Denis recevait les reliques de saint Louis , Toulouse allait posséder celles de saint Thomas d'Aquin , Lyon celles de saint Bonaventure. Les peuples, pour se consoler, entourèrent d'un tendre culte ces restes bien-aimés, et leur longue reconnaissance les fit jouir encore en souvenir des beaux jours qu'ils ne devaient plus revoir.

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