PHILIPPE LE BEL - GUERRES DES ANGLAIS
I. Par ses vertus et par son désintéressement, saint Louis avait fait de la France le pays le plus heureux , fe plus uni , le plus peuplé de la terre. Alors que la vaste succession de Frédéric II , ouverte par ses crimes aux ambitieux de toute l'Europe, livrait l'Allemagne anx interminables secousses du régime électif, saint Louis laissait à ses enfants et à ses neveux un nom vénéré , captivant la confiance et l'amour non seulement des Français, mais encore des nations les plus lointaines. Nulle part la force héréditaire de la famille chrétienne n'avait jeté de si fortes racines. Aussi la France avait-elle repris dans le monde une prépondérance incontestée, dangereux privilège, dont elle allait user pour le bien ou pour le malheur de tous. De plus , la mort sans enfants d'Alphonse de Poitiers venait de réunir définitivement à la couronne les vastes domaines des comtes de Poitiers et de Toulouse (1272). Enfin Philippe le Hardi mariait son fils aîné , Philippe le Bel, à Jeanne, l'unique héritière de la Champagne et de la Navarre. Ainsi se complétait l'unité de ce beau royaume, dont deux siè-
cles de croisades n'avaient pu tarir les armées, et qui semblait capable de tout entreprendre.
IL Philippe le Hardi était honnête, brave, respectueux pour la mémoire de son père , mais nullement à la hauteur du rôle qui lui était confié; il n'avait ni le génie d'un grand homme , ni le dévouement d'un saint. Le mariage de son second fils fut malheureux : Charles de Valois épousa la fille de Charles d'Anjou ; elle lui apportait en dot l'Anjou et le Maine, mais aussi les funestes instincts et l'ambition démesurée de son père. Cet homme, déjà fatal à saint Louis, devait être le mauvais génie de ses enfants. Sa seule pensée était de faire servir à ses propres conquêtes les forces et le prestige de la France. Sot instrument de cette égoïste politique, Philippe le Hardi se laissa aller à la tentation de jouer en Espagne le rôle dominateur de Charles en Italie, et attaqua le roi d'Aragon, ennemi du pape, vieil ami des Albigeois, mais dont le véritable grief était de prétendre secrètement au trône des Deux- Siciles. Par la Navarre, patrimoine de sa