‹ Histoire de FranceChapitre 110 sur 339 · LIVRE IV — PHILIPPE LE HARDI · texte numérisé non relu

LIVRE IV — PHILIPPE LE HARDI

belle-fille, Philippe avait un pied au delà des Pyrénées. Une fois en Espagne, à droite de l'Aragon, s'étendait devant lui, des montagnes des Asturies au royaume de Grenade , la vaste Castille, que, de son vivant encore, Alphonse le Sage avait cédée à son fils. Ce jeune prince, on le sait, avait épousé la fille de saint Louis, et, avec l'appui de ce puissant beau-frère, Philippe se flattait de venir facilement à bout de l'Aragon, et de reporter, comme Charlemagne, la frontière française aux bords de l'Èbre. Malheureusement le prince castillan mourut à la fleur de l'âge , laissant des enfants au berceau , un frère avide et sans conscience et un père tout occupé de prétentions chimériques à l'empire d'Allemagne. Secrètement soutenu par l'Aragon, l'usurpateur Sanche détrôna son vieux père , chassa ses neveux, et fit essuyer une défaite aux Français accourus à leur secours.

III. En même temps survenait un affreux désastre en Sicile. La brutalité des Provençaux avait poussé à bout les habitants. Secrètement excités par les promesses et l'argent du roi d'Aragon, ils se soulevèrent en masse, et massacrèrent tous les Français (1282). L'explosion commença un dimanche , à la sortie des vêpres; de là le nom de Vêpres siciliennes. L'île entière se donna aux Espagnols. Vainement Charles d'Anjou essaya d'y rentrer; sa flotte ne put aborder, et il mourut peu après de chagrin et de honte , laissant en face de Naples une dynastie rivale et entreprenante, qui à la Sicile devait bientôt joindre la Sardaigne.

i IV. Toujours prêt à le soutenir, Philippe le Hardi avait reporté ses armes sur l'Aragon et assiégé Pampelune. Le pape, bénissant cette entreprise comme une guerre sainte , avait excommunié le roi d'Aragon , prononcé sa déchéance et donné sa couronne au second fils du: roi de France, à Charles de Valois, gendre de . Charles d'Anjou. Mais il fallait exécuter la sentence.; La dysenterie se mit 4ans l'armée française. Le roi lui-même en mourut saris avoir rien accompli, laissant ses neveux dépouillés de la Castille et son fils chassé d'Aragon. Le nouveau roi, Philippe le ,BeL, pressé. d'en finir,.continua la guerre juste

assez pour faire avec l'Espagne une paix acceptable.

V. Enfants d'un honnête homme, mais non plus d'un saint, les fils de Philippe le Hardi étaient bien déchus des vertus de leur aïeul. Quoique jeune encore, le roi Philippe le Bel (1285) était déjà plein de ruse, d'avidité, d'avarice. Non content d'avoir marié son fils à l'héritière de France-Comté, il profita des troubles de l'Empire pour s'emparer de la grande et commerçante ville de Lyon, et, sa convoitise croissant avec le succès, il trama de dépouiller son propre vassal le comte de Flandre.

VI. Pendant ce temps, son frère Charles de Valois, chassé d'Espagne, mais digne gendre de Charles d'Anjou, se faisait nommer vicaire du saint-siège en Italie, ne désespérait pas de s'y faire une couronne à la faveur des guerres civiles, et poussait, lui aussi, ses prétentions jusqu'à la pourpre impériale. Un de ses neveux avait hérité de la Provence et de Naples , l'autre allait recevoir du pape le trône vacant de Hongrie. Que ne fût pas devenue celte maison , si l'un de ses membres eût possédé l'Empire? L'occasion était belle. Après d'affreux malheurs , l'Allemagne cherchait une famille sous qui elle pût enfin se reposer. Rodolphe de Habsbourg, en qui elle avait espéré, venait de mourir excommunié, plus occupé d'amasser des écus et d'établir les siens en Autriche que de se dévouer aux affaires de l'Empire et de la chrétienté. Son fils, Albert d'Autriche, était détesté, pour sa cruauté et sa tyrannie, des Suisses eux-mêmes, vieux sujets de ses aïeux; après avoir excité la révolte de ces courageux montagnards et perdu les trônes de Bohème et de Hongrie , il allait périr assassiné. Où trouver mieux que la race de saint Louis? L'aveugle Charles de Valois crut tout enlever par la force, saccagea Florence, souleva l'Italie , se mit à dos le pape, et se perdit sans retour. Les peuples repoussèrent en les maudissant ces princes qui, au lieu d'une douce fraternité , ne leur promettaient qu'une unité de fer sous des mains cruelles et intéressées.

Page 1