LIVRE IV — PHILIPPE DE VALOIS
qu'on se vantait d'affranchir , furent traités avec une rigueur inconnue ; comme au temps des Francs, les nobles seuls purent porter des armes. Les choses n'en allèrent pas mieux, et Philippe le Long mourut à son tour. Charles le Bel (1322) ne dura guère davantage. Il n'eut que des fdles, dont l'aînée hérita de la Navarre, depuis quarante ans unie à la France, et fut mère du perfide Charles le Mauvais. Ainsi, en quatorze ans, les trois fils de Philippe le Bel avaient passé sur son trône maudit. Ils ne laissaient qu'un neveu, Edouard III, roi d'Angleterre, et un cousin, Philippe de Valois, fils du fameux et turbulent Charles de Valois, mort sans avoir obtenu de couronne. Pour la première fois, le sang de Hugues Capet s'était tari dans la branche directe. Le trône, suivant les usages féodaux, se transmettrait-il par les femmes, ou, d'après les traditions des Francs, resterait-il le privilège des mâles? C'était une question qui allait se trancher, non plus par la paisible décision des états généraux et du saint-siège , mais par le glaive d'une affreuse guerre.
XXXVII. Pour le moment, Philippe de Valois, qui était à Paris, mit le premier la main sur la couronne (1328). Vrai fils de son père, chef et représentant de la noblesse féodale , c'était un franc despote , peu soucieux de consulter les députés des bonnes villes ou de ménager les finances du pays. Les institutions, dont Philippe le Bel s'était servi contre le pape et les templiers, reposaient comme des armes inutiles ou dangereuses. Plus d'états généraux, plus de légistes, également odieux par leur cruelle servilité. A leur place revivent les combats judiciaires, le droit du plus fort, le pouvoir sans contrepoids des hommes d'épée. Appui des petits et frein des grands , la vieille autorité de l'Eglise a disparu sous les coups de Philippe le Bel, et le premier fruit de cette anarchie, décorée du nom d'indépendance, est le règne d'une aristocratie féodale , plus fière, plus insolente, plus tyrannique que jamais. Les nobles prétextent les révoltes de la Flandre, les excès des pastoureaux, et se réservent de porter les armes. Paris les at-
tire, s'agrandit sans mesure, signe toujours fatal, et devient le lieu le plus gai, le plus chevaleresque de la terre. De splendides hôtels, aux grands toits d'ardoise, aux tours élancées, se groupent auprès du royal palais des Tournelles, sur les tristes ruines du Temple. La rue Saint-Antoine retentit sans cesse de la trompette des hérauts d'armes, du choc des lances, du bruit des tournois, en attendant le jour des combats véritables.
XXXVIII. Bien qu'il eût peu d'estime pour le pape, Philippe de Valois n'avait pas négligé d'obtenir son suffrage , et avait solennellement juré de reprendre la guerre sainte, si longtemps interrompue. Au fond, l'amitié du saint-siège était encore un moyen vénéré d'accroître sa puissance , la croisade un prétexte populaire pour soutirer les revenus du clergé, et les bénéfices ecclésiastiques deriches places à distribuer à ses amis. De son côté, nommé par des cardinaux gagnés ou intimidés, et encore tout enlacé parles trames de Philippe le Bel, le successeur de Clément V, Gascon comme lui, Jean XXII, n'avait pu échapper à la servitude. La France, jadis l'asile, le refuge des souverains pontifes, était restée pour lui une prison. Méprisé de l'Europe entière comme la créature et l'esclave des Français, il ne trouvait de force que dans leur protection et dans des violences dignes d'eux. De là son alliance étroite avec Philippe de Valois. Une hostilité sourde couvait parmi quelques évèqucs ; celui de Cahors fut choisi pour être jugé et écorché vif, toujours sous prétexte de sorcellerie. Un mécontentement encore plus énergique éclatait dans les rangs des enfants de saint François, qui ne cessaient, depuis frère Jacques, de réclamer la réforme de leur ordre et son retour à la pauvreté primitive. Déjà menacés lors du concile de Vienne , ils finirent par partager le sort des templiers, leurs frères aînés dans la conquête de l'Orient. Les plus ardents furent saisis et brûlés, d'autres renfermés pour toujours ; d'autres cherchèrent un refuge dans la fuite : nouveau et dernier coup pour les missions d'Asie.
XXXIX. Sur ces entrefaites, l'empereur Louis de Bavière déclara que, se passant du