‹ Histoire de FranceChapitre 120 sur 339 · LIVRE IV - PHILIPPE DE VALOIS · texte numérisé non relu

LIVRE IV - PHILIPPE DE VALOIS

sacre, Louis et ses successeurs se contenteraient dorénavant d'être élus en Allemagne ; puis, voulant avoir son pape à lui, il s'empara de l'Italie, et donna la tiare au franciscain Nicolas V. La piété des peuples fit échouer celte tentative prématurée, qui né devait bientôt que trop réussir en France, et le nouveau pontife, chassé de Rome, vint humblement à Avignon demander pardon , la corde au cou. Louis de Bavière fut excommunié , et Philippe de Valois, soutien de Jean XXII, crut enfin le moment venu d'assurer à l'un des siens la pourpre impériale , convoitée par ses aïeux. 11 choisit le plus fougueux et le plus brillant de ses compagnons, son beau-frère Jean de Luxembourg, déjà roi de Bohême. Sacré à Avignon, le nouvel empereur dit adieu aux fêtes et aux tournois, et partit pour conquérir son trône à la pointe de l'épée.

XL. Dans le même tourbillon de plaisirs vivait le comte de Flandre, tète faible et légère, qui avait préféré aux vieux palais de Bruges le frivole Paris, où son père était resté prisonnier. 11 y prit des leçons d'orgueil, de tyrannie, de mépris des petits, et, de leur côté , ses fidèles sujets apprirent à vivre sans lui et à ne plus l'aimer. Bientôt les esprits s'aigrirent ; la révolte éclata. Le rival et l'ennemi de Philippe de Valois, le roi d'Angleterre Edouard III, et l'empereur Louis de Bavière, avaient jeté les yeux sur ce pays pour y faire naître la guerre , et soutenaient secrètement les rebelles. Toute la 'noblesse de France prit fait et cause pour le comte de Flandre ; c'était un gras pays à piller, de fiers bourgeois à humilier, qui montraient à tout venant leurs éperons de Courtray. Les hommes de Bruges vinrent attendre à Cassel l'armée du comte et du roi , et leurs drapeaux, surmontés d'un coq, portaient cette devise : « Quand ce coq chantera, le roi ici « entrera. » L'affaire tourna comme à Mons ; les chevaliers français se tinrent sur leurs

L gardes; les bourgeois voulurent les forcer dans leur camp , furent surpris en désordre et taillés en pièces (1328). Cettefois les Flamands avaient des cuirasses, qui rendaient

terrain. Pendant que le comte rentrait dans ses États comme en pays conquis, frappant des impôts, ordonnant des supplices, faisant tout préparer pour une nouvelle révolte, le roi s'en revint au château de Vincennes, enivré de sa victoire et brûlant de la célébrer par de nouvelles fêtes.

XLI. Tout marchait au gré de ses désirs. Vainqueur au nord, il s'agrandissait au midi sans tirer l'épée , et l'honnête dauphin du Viennois , Humbert II , partant pour la croisade, lui cédait les bords de l'Isère et de la Drome, à la seule condition qu'à l'avenir le fils aîné du roi de France prendrait le nom de Dauphin. Mais , si quelques bonnes âmes croyaient encore à la guerre sainte, Philippe de Valois se souciait peu de les imiter. Vainement le frère d'André d'Anlioche arrêta son cheval par la bride , lui demanda si ce n'était pas lui qui avait juré de délivrer la Terre- Sainte, et menaça sa famille et son royaume de la colère du Ciel. Vainement la patiente main de Dieu retenait encore suspendus les châtiments de la France, donnant à la famille des Valois le temps de réparer les fautes de Philippe le Bel. Un instant troublé, le roi noya ses remords dans le plaisir.

XLII. Les revers commencèrent. Son empereur Jean revint d'Allemagne battu, ruiné, avec un œil de moins. Sous prétexte de le guérir, un médecin juif de Montpellier lui fit perdre l'autre, et, surnommé l'Aveugle, Jean resta fixé à la cour de Paris, dont il ne pouvait plus guère goûter les fêtes, et dont il devait pourtant partager les malheurs. Désormais l'Empire était indépendant du saint-siège et de la France.

XL1II. Une plus grande humiliation se préparait du côté de l'Angleterre. Successeur de Richard Gœur-de-Lion et de Jean Sans-Terre, rois charnels et voluptueux, campés dans un pays à peine conquis , vassaux châtiés de Louis le Jeune et de Philippe- Auguste, Edouard III développait sagement les forces de son pays , effaçait les traces de la conquête des Normands, et défendait de parler à sa cour la langue française , qui était restée celle des vainqueurs, et que, sous saint Louis, l'Europe entière était fière de com-

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