‹ Histoire de FranceChapitre 121 sur 339 · LIVRE IV — PHILIPPE DE VALOIS · texte numérisé non relu

LIVRE IV — PHILIPPE DE VALOIS

prendre. Devenu véritable Anglais, il armait à côté de ses chevaliers une bonne et solide infanterie, vieille race saxonne, tirée des villes et des campagnes, et, pour compléter son armée, il faisait, le premier, usage d'une arme formidable, dédaignée par l'aveugle bravoure des princes français, de la poudre à canon. Soit que les missionnaires envoyés aux Tartares aient rapporté ce- secret depuis longtemps connu en Chine, soit que les Maures d'Espagne l'aient à leur tour inventé , Edouard III fondit les premiers canons. Pendant qu'il préparait la guerre, il développait l'industrie nationale, défendait l'exportation des laines, qui jusqu'alors allaient toutes se faire lisser en Flandre, et attirait par de gros avantages les ouvriers du dehors. Excitant d'une main les viles trop crédules qu'il ruinait de l'autre, il se fit nommer vicaire de l'Empire, promit une flotte et une armée, et parvint encore une fois à faire prendre les armes aux Flamands.

XLIV. Malheureusement, si ces riches et populeuses cités rivalisaient de puissance avec celles d'Italie , elles n'en avaient que trop les funestes défauts , les jalousies , l'égoïsme , le sot orgueil du bourgeois qui ne voit rien au delà de ses murs. Dix ans plus tôt, Gand aurait pu rendre Bruges invincible, et avait pris plaisir à la voir écraser. Cette fois Bruges se vengea en regardant faire les Gantais. Commandés par le brasseur Arteveld, ils chassèrent les gens et les soldats du comte , mirent une armée sur pied , et tinrent victorieusement la campagne. Mais , le premier enthousiasme passé , ils se divisèrent entre eux ; les petits ouvriers se soulevèrent contre les gros ; bientôt il fallut des exécutions pour maintenir la paix. Arteveld devint odieux à ses amis. N'était-ce pas un bourgeois comme eux? Comment souffrir qu'il fit le maître, et qu'il traitât en souverain avec le roi d'Angleterre? Il fut tué dans une émeute; l'anarchie fit le reste, et Gand, comme Bruges, reçut à son tour le comte triomphant.

XLV. Cependant Edouard III avait débarqué en Flandre. Peu fidèle à ses promesses et faisant la guerre de son côté, il était entré

en France, avait bloqué Cambrai, et de là il marchait sur l'Oise. Philippe de Valois vint au-devant de lui avec toute sa chevalerie. C'était une belle occasion d'humilier encore une fois ces vassaux anglais, déjà chassés de Normandie, d'Anjou, de Poitou, et bien déchus de leur ancienne puissance, tandis que le royaume de France avait triplé d'étendue. Mais l'astrologue que le superstitieux monarque traînait à sa suite annonçait une défaite si on livrait bataille , et une crainte puérile enchaînait ces cœurs si fiers que n'animaient plus la foi ni l'enthousiasme des croisades. Quoique supérieur en forces, Philippe passa l'été à observer son adversaire et à éviter tout engagement. L'année suivante, enhardis par celle inaction, les Anglais prennent et brûlent la flotte française dans le port de l'Ecluse (1340). Maître de la mer, Edouard abandonne les Flamands à leur malheureux sort, et tourne les yeux vers les vieilles possessions de ses ancêtres. XLVI. La succession de Bretagne venait de s'ouvrir (1341); le frère et la nièce du dernier duc se la disputaient. Le frère soutenait bravement le drapeau de ses devanciers, qui avaient refusé à Philippe le Bel les biens de leurs templiers , et qui défendaient contre les rois la liberté de leurs élections ecclésiastiques. L'intérêt s'inquiète peu d'être logique : Philippe de Valois , roi par le droit des mâles, soutint la nièce mariée à son cousin Charles de Blois ; et Edouard , qui prétendait à la couronne de France du chef de sa mère, se déclara pour le frère courageux et indépendant que préféraient les Bretons, espérant qu'à ce prix il rétablirait l'ancienne suzeraineté des Normands sur la Bretagne. Le candidat de l'Angleterre fut d'abord malheureux. Assiégé à Nantes, il se rendit, et fut envoyé prisonnier à la tour du Louvre. Mais sa femme, Jeanne de Montfort, avait du cœur : elle continua la guerre. Assiégée dans Hennebon par l'armée française, elle fit, à la tête d'une poignée de braves, une sortie audacieuse, et brûàa les tentes des Français (1342). Les ennemis accoururent en nombre pour se venger et pour lui couper le chemin de la place; mais elle se fit jour

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