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LIVRE IV

CHARLES LE SAGE

raient sur l'heure. Le pape dut les satisfaire et s'estimer trop heureux d'en être quitte à ce prix. Ce n'était pas la première fois qu'il lui fallait payer cher l'hospitalité de la France.

LXXVIII. De là nos braves passèrent les Pyrénées. A leur seule approche, le roi de Castille, aussi lâche que cruel, disparut de ses États, et vint à Bordeaux implorer l'aide des Anglais (1366). Or ceux-ci sentaient bien que les Français cherchaient à s'aguerrir pour se défaire d'eux plus tard. De même qu'ils avaient soutenu Montfort en Bretagne , ils ramenèrent Pierre le Cruel en Castille. Le prince de Galles était à leur tête. Il battit les Français à Rurgos et prit une seconde fois du Guesclin. « On dit que vous me craignez , et n'osez me mettre à rançon , lui dit le fier Breton. — Par saint Georges ! s'écria l'Anglais piqué d'amour -propre, payez cent mille livres, et vous serez libre. » Et du Guesclin le prenant au mot : « Le roi de France , dit-il, en payera bien la moitié, le roi de Castille l'autre; et si ce n'est assez, il n'y a fileuse en France qui ne file pour ma rançon. » L'Anglais ne fut pas longtemps à s'en repentir. Bentrant en Espagne, du Guesclin surprit Pierre le Cruel en Andalousie, et le livra à son frère, qui d'un coup de poignard acheva cette bêk féroce.

LXXIX. Befait et reposé par dix ans de combats au dehors, de tranquillité au dedans, Charles le Sage déclara la guerre aux Anglais (1370), sous prétexte que la France n'avait pas approuvé le traité de Bretigny : en effet, qui eût consenti de bon cœur à la durée d'une pareille paix ? L'Aquitaine, chargée d'impôts et traitée en pays conquis, se souleva tout entière. Soixante villes, dont Cahors et Limoges, chassèrent les Anglais; le prince de Galles se vit en quelques semaines resserré dans les murs de Bordeaux. Allant au plus près, les Anglais envoyèrent leurs premiers renforts en Picardie. L'armée française, commandée par le duc de Bourgogne et par du Guesclin , s'était avancée jusque sous les murs de Calais. Elle surpassait de beaucoup l'armée anglaise ; mais le malheur l'avait rendue sage et prudente

presque à l'excès. Malgré les huées de l'ennemi, elle se retira, livrant la Picardie et la Champagne aux ravages de l'ennemi. Les Anglais arrivèrent jusqu'aux portes de Paris, sans qu'un chevalier daignât rompre une lance avec eux. L'un d'eux vint même , pour les braver, heurter de son fer la porte Saint- Jacques. Il se retirait fier de ce haut fait, quand un manant lui courut après, et le renversa d'un coup de hache. Il en fut de même partout ; point de grande bataille ; l'hiver approchant, les Anglais se retirèrent harcelés par les paysans , et revinrent à Calais fort affaiblis.

LXXX. Dans le Midi , le prince de Galles avait juré que Limoges payerait sa trahison. Malade d'excès et presque mourant, il assiégea cette pauvre ville, en mina les murailles, se fit traîner par la brèche sur un chariot, et, impitoyable, laissa massacrer jusqu'aux femmes qui imploraient sa merci. Ce fut sa dernière victoire ; il alla mourir à Londres (1376). Son père devait le suivre de près dans la tombe. Cependant Limoges fut vengée ; tout le Midi se souleva indigné, et le premier port de l'Océan, la Rochelle, se donna aux Français. Les Anglais, accourus pour réprimer cette explosion, gagnent à grand'peine Bordeaux ; ces fiers soldats, qui ont traversé toute la France en conquérants , arrivent au bord de la mer à pieds , en vrais mendiants. Il ne leur reste que Calais au nord, Bordeaux et Bayonne au sud ; avec eux disparaissent les dernières de ces compagnies qui ravageaient le territoire à la faveur des guerres et de l'anarchie.

LXXXI. Abandonné à la vengeance de Charles V, le vieux traître de Navarre est enfin châtié; pour obtenir la paix, il cède Montpellier et le comté d'Evreux. Les Bretons chassent leur duc, ami des Anglais, jeune tyran qui s'est fait détester de tout le monde. Son ami d'enfance, Olivier de Clisson, abandonne sa cause, boit dans une coupe le sang de du Guesclin mêlé au sien, et se déclare à jamais frère d'armes du connétable et soldat du roi de France. En même temps , l'unique héritière du comte de Flandre épouse le duc de Bourgogne, frère du roi. Ainsi, les mal-

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