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LIVRE IV

CHARLES LE SAGE

heurs do la France se réparent à l'envi. Son unité renaît. Pour fêler son heureux monarque, l'Empereur lui-même vient à Paris, et le Soudan de Bagdad y envoie ses ambassadeurs et ses présents.

LXXXII. La capitale reprend son éclat si longtemps troublé; ses murs et ses tours sont réparés ; à l'est s'élève la bastille Saint-Antoine, à l'ouest le Louvre agrandi et restauré ; ici le pont Saint-Michel , là l'église Saint- Antoine; Dans son bel hôtel Saint-Paul, tout entouré de jardins, Charles le Sage mène une vie paisible et magnifique, partage son temps entre l'église, ses affaires, la promenade et le soin d'une vaste bibliothèque. A Melun , à Saint-Germain s'élèvent pour lui d'élégantes résidences, rivales du vieux Vincennes. Même prospérité dans les provinces. Comme l'invasion des Normands, la guerre des Anglais avait réveillé le courage et l'amour de la patrie. Si plus d'un paysan s'était joint aux brigands et aux Jacques, les autres s'étaient bien battus, avaient ainsi affermi leur indépendance, et formaient désormais une classe respectable , fière d'avoir sauvé son pays et réparé les désastres de la noblesse. Pour repeupler les campagnes désertes, il fallut accorder partout liberté et franchises aux nouveaux venus ; le servage acheva de disparaître, pendant que des bourgeois anoblis s'installaient dans de vieux donjons féodaux. C'était l'accomplissement gratuit de la réforme tentée par Louis le Hutin : la nation, dont le glaive avait moissonné la fleur, se "renouvelait et se rajeunissait par en bas.

LXXXIII. lien était de même dans l'Église. Tandis que les pontifes se succédaient servilement à Avignon, que les dignités les plus saintes étaient mises à l'enchère ou distribuées aux favoris du roi , et qu'avide de bénéfices l'université flattait l'un et l'autre pouvoir, approuvait les crimes de Philippe le Bel, encourageait les folies d'Etienne Marcel, et puis chantait les vertus de Charles le Sage et d'Urbain V, quelques âmes cachées pleuraient les malheurs de l'Église, et en préparaient la guérison. A la honte des grands et des sages, c'étaient d'humbles femmes vivant à l'ombre de la pauvreté. Une princesse de

Suède, sainte Brigitte, après avoir élevé huit enfants et fondé une magnifique abbaye, quittait tous ses Liens à soixante-neuf ans, passait les mers pour visiter les lieux saints, et revenait à Borne verser des torrents de larmes sur les nouvelles douleurs de Jésus crucifié. Sainte Angèlede Foligno, vouée à la virginité dès l'âge de douze ans , allait régénérer en Bomagne, en Toscane et en Ombrie, la sève languissante de l'ordre de Saint -François. Enfin, la digne fille de saint Dominique, sainte Catherine de Sienne, fiancée à Jésus- Christ dans une vision de son enfance, poursuivait avec l'ardeur d'un cœur épris la gloire de cet Epoux divin, et le suppliait de « rendre <i à son Église bien-aimée cette beauté qui « naît non de la guerre ou de la violence, « mais des humbles et douces prières de ses « serviteurs et des larmes répandues dans la « ferveur de leurs' désirs ». L'amour lui donna du courage. Elle vint à Avignon, aborda le souverain pontife, lui rappela son vœu secret de reporter son siège sur le tombeau de saint Pierre, le conjura de tenir sa promesse, et, de retour à Sienne, lui écrivit lettre sur lettre pour le presser de rompre ses chaînes. Le pape finit par céder, et quand, enfin sorti de cette captivité de Babylone , il revint à Borne (1377) , ce fut encore l'infatigable Catherine qui lui ramena les esprits habitués par cette longue absence au désordre et à la rébellion, et qui apaisa les troubles de la grande cité de Florence.

LXXXIV. En Italie, les vertus des ordres religieux allaient ranimer les traditions poétiques de Dante et de Giotto; en France, les bonnes villes reprenaient avec un nouveau zèle les travaux de leurs cathédrales ; les artistes, s'ils ne pouvaient surpasser les pures inspirations de leurs devanciers, essayaient du moins de les éclipser par la légèreté merveilleuse des sculptures ou l'éblouissante richesse des vitraux. N'allait-on pas revenir au temps du bon saint Louis ? N'allait-on pas voir l'Église et la royauté, réconciliées par l'adversité, unir leurs efforts pour assurer enfin le bonheur et la liberté des peuples? Par malheur, Charles le Sage ne voyait point de puissance en dehors de la sienne , et se

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