LIVRE IV — CHAHLKS VI
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de plaisirs et de salons plus-que de batailles, époux d'une gracieuse et bonne Italienne, Valentine Visconti. Moins prodigue que Jean le Bon, Charles le Sage ne lui avait accordé que la ville d'Orléans et la perspective de donner un jour des rois à la France. Ce n'était guère pour lutter contre un duc de Bourgogne. Afin de rétablir l'équilibre, d'Orléans parvint à se faire céder la garde de la Normandie, écarta du conseil du roi Jean Sans- Peur et ses frères, redoubla de protestations à la cour d'Avignon, et distribua bientôt, à lui tout seul, emplois, bénéfices et gouvernements. De son côté, Jean Sans -Peur, ne se tenant pas pour battu, poussa les provinces à la révolte et au refus de l'impôt. Il revint à Paris avec six mille hommes d'armes, força le duc d'Orléans à se sauver, et s'empara du roi et des affaires. Pour gagner les bourgeois, il leur rendit armes, chaînes des rues, élections et tous les privilèges perdus depuis vingt ans.
CXI. Pendant que l'enthousiasme populaire le proclamait le restaurateur de la liberté, il se ménageait habilement les suffrages de l'université. Par ses ordres fut démoli à son de trompe l'hôtel d'un ami du duc d'Orléans , pour avoir, à une procession, maltraité des étudiants; et le prévôt des marchands, qui avait fait pendre deux écoliers voleurs, fut obligé d'aller baiser leurs corps et de fonder pour eux deux chapelles. Chacun de ces triomphes augmentait l'insolent orgueil de l'université ; elle se crut permis de se mêler de tout ; à la moindre résistance, elle suspendait ses cours et vomissait sur Paris ses vingt mille turbulents. Bien aise d'être sans chef, elle exigeait plus haut que jamais l'abdication des deux papes, et, pour les y contraindre, proclamait l'indépendance complète de l'Église de France. Même outrecuidance en politique. En son nom, des députés sermonnaient le duc d'Orléans sur les bienfaits de la paix, et le sommaient de se réconcilier avec son ennemi. Le prince renvoya à leurs écoles ces docteurs de toutes nations, n'ayant rien à voir aux affaires de la France. De quoi se mêlaient-ils? Apparemment ils ne consulteraient pas des soldats sur une question de
théologie. Après tout, le roi étant malade et le Dauphin mineur, c'était à lui de gouverner le royaume et de sauver la couronne que ses descendants porteraient un jour.
CXII. Tandis que ces fières réponses aigrissaient les docteurs et ameutaient de plus en plus les bourgeois de Paris, le duc d'Orléans, retiré dans son château de Beautc-sur- Marne , regardait de loin les hommes et les choses. La solitude est bonne conseillère. Triste et malade, à la fleur de l'âge, ce roi des fêtes fit un retour sur lui-même. Pressentant le déclin de sa vie, il voulut en expier les égarements : dans un testament écrit de sa main, il distribua de riches dons aux églises, aux pauvres, aux hôpitaux ; il recommanda ses enfants à son propre ennemi le duc de Bourgogne, et, en échange de son amitié pour les célestins, il demanda à être enterré avec l'habit de leur ordre sur une claie couverte de cendres. Il n'eut pas le temps d'achever ces paisibles préparatifs. Trouvant qu'il ne mourait pas assez vite, Jean Sans- Peur résolut de s'en défaire, et, pour être plus sûr de son coup, feignit une réconciliation. Ils communièrent tous deux de la même hostie, l'un plein de calme et de confiance, l'autre la haine et le meurtre dans l'âme. Trois jours après, le duc d'Orléans revenait le soir en fredonnant de chez la reine, par la vieille rue du Temple. Sept ou huit hommes se jetèrent sur lui en criant : « A mort! à mort! » et le mirent en pièces (1407). Le lendemain matin son pauvre corps mutilé, sa main coupée et sa cervelle répandue furent portés à l'église des Blancs-Manteaux, et de là aux Célestins, dans une chapelle bâtie par lui. Le roi, les princes, la foule, suivaient en pleurant la victime, et oubliaient ses fautes pour ne se rappeler que son bon cœur. Le duc de Bourgogne lui-même y vint, essayant de dissimuler son crime. Mais il ne put se contenir, devint pâle, et dit à son oncle le duc de Berri : « C'est moi : le diable m'a tenté. — En un jour j'ai perdu mes deux neveux, » répondit le vieillard, fondant en larmes.
CXI II. Aux remords succédèrent bientôt l'effronterie et l'endurcissement du crime. La porte du conseil s'étant fermée pour lui, les