LIVRE I — BRUMillAI'T
Chilpéric devant le corps de son fils Mérovée. (P. 38. ]
femme. La guerre continue ; les soldats de Chilpéric fuient sans se battre, ou pillent de leur côté; pour lui il s'enferme avec Frédégonde dans les murs de Tournay , faible asile contre la fougue de l'ennemi. Déjà Sigebert, porté en triomphe sur un bouclier, était proclamé roi de Neustrie. Soudain il tombe sous le couteau de deux assassins, dignes satellites de Frédégonde (575). La mort du chef dissipa son armée ; Chilpéric sortit de Tournay, reprit son royaume ; un surcroit de bonheur fit tomber entre ses mains le petit Childebert, fils unique de son frère. C'en était fait de l'enfant sans un serviteur fidèle, qui l'enleva dans un panier, le transporta en Austrasie, et le laissa en sûreté aux amis de son père. Brunehaut était restée captive à Rouen ; Frédégonde jouissait de la laisser vivre et dévorer l'humiliation de sa défaite. XXI. Chilpéric triomphait à son tour. En touré de juifs, instruments de son avidité,
et de courtisans qui l'égalaient aux dieux, il dépouillait les amis de Sigebert, inventait des impôts, distribuait les évèchés à ses délateurs, bâtissait des cirques, donnait des spectacles, et se croyait un empereur romain. Dans ses loisirs il faisait des vers comme Néron, donnait deux lettres de plus à l'alphabet, et expliquait à sa manière le mystère de la sainte Trinité. Mais, à ce dernier point, il fut arrêté net par un petit évêque de Tours, maladif et débile, mais plein de courage et d'énergie. Grégoire, c'était son nom, tenait par ses parents aux vieilles familles de l'Auvergne. Il avait recueilli tout ce qui restait de science et de nobles pensées dans ce siècle barbare , et tandis que , d'une plume naïve et vigoureuse, il traçait le portrait des hommes de son temps, il opposait à Chilpéric et à Frédégonde la fermeté d'un Anibroise.