‹ Histoire de FranceChapitre 142 sur 339 · LIVRE IV — CHARLES VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV — CHARLES VI

adultère et son coupable chevalier. Pour fêter leur bienvenue, trois cents prisonniers qui restaient en vie furent égorgés, et les Anglais annoncèrent qu'ils étaient maîtres de Rouen.

CXXVI. N'ayant rien su faire pour sauver la France, Jean Sans-Peur, comme jadis Charles le Mauvais, ne prétendait pas moins en devenir le roi. Il avait encore l'impudence de se dire le défenseur de ses vieilles libertés et d'invoquer pour lui ce mot de l'Ecriture , cité naguère comme une menace par Gerson , que l'injustice fait passer la royauté d'une famille à une autre. Longtemps , pour parvenir au trône, il avait compté sur les Anglais; mais ces étrangers méprisaient trop le traître pour le servir, et s'ils avaient encouragé son crime, ce n'était que pour en profiter. Maîtres de Rouen , ils ne parlaient que de conquérir Paris, et d'en chasser Français et Rourguignons. Irrité, rebuté, Jean Sans- Peur songea enfin, il le fallait bien, à ce parti français qu'il avait opprimé , vendu , trahi, et offrit de se soumettre au Dauphin, retiré à Troyes avec quelques rares amis.

CXXVI I. L'offre d'un si perfide ennemi était- elle sincère? Il était permis d'en douter. Mais, quoi qu'il fît, pour l'avenir il était flétri par sa trahison et par les malheurs sans nombre qu'il venait d'attirer sur la France. Méprisé des Anglais et des Français, il n'était plus à craindre. Le Dauphin écouta d'autres conseils. Avides de vengeance, les amis du duc d'Orléans lui représentèrent que l'occa- •sion était bonne pour se défaire d'un homme dangereux, contre qui tout était permis. Jean , attiré au pont de Montereau , y fut assassiné. C'était, par une faute ordinaire à la peur, relever un parti perdu (1419). Avant la mort du Rourguignon, tout le monde était las de lui ; après, chacun le plaignit, et son fils, bien que n'aimant pas les Anglais, jura de le venger. Un de ses neveux donna le signal de la défection, livra aux étrangers Paris affamé, et reconnut Henri V pour son roi.

CXXVIII. Rientôt le Dauphin ne se trouva plus en sûreté à Troyes. Il fallut fuir plus loin et se mettre derrière la Loire. Pendant qu'il partait presque seul pour cet exil, sa

dure mère Isabeau, geôlière de Charles VI, recevait les Anglais, traitait avec eux, désavouait honteusement la naissance de son fils , et donnait à Henri V la main de sa fille et l'héritage delà couronne (1420). Henri V vient s'installer au Louvre; l'université couronne ses exploits en fêtant le nouveau roi; assez brave pour donner le coup de pied de l'âne , le parlement assigne à comparaître le prétendu dauphin Charles, et le condamne par défaut à la perte du trône et au bannissement perpétuel.

CXXIX. Sur ces entrefaites mourut le pauvre Charles VI , dont la folie avait sans doute prolongé les jours au milieu de telles catastrophes (1422). Il laissait son trône à l'Anglais Henri V, tandis que son fils Charles VII , sans soldats, sans argent, sans Etats, était appelé par dérision le roi de Rourges. Ainsi se réalisait par des mains perfides ou étrangères cette déchéance, jadis le privilège des papes et la terreur des mauvais rois, dont la seule pensée exaspérait Philippe le Rel et Charles le Sage. L'un avait voulu asservir le saint-siège, l'autre se faire un pape à lui; tous deux , ôtant aux cardinaux la liberté de leur choix , avaient soumis l'autorité spirituelle élective à leur propre pouvoir, et, logiques dans leur despotisme , ils avaient attaqué en même temps les libertés civiles et les institutions sociales modelées sur celles de l'Église. De là , l'anarchie et la guerre civile entre les princes, les seigneurs, les bourgeois, les paysans; une royauté justement punie par le démence et par le mépris; un pays en ruine deux fois livré aux Anglais.

CXXX. Complice de ses orgueilleux souverains, la France expiait la politique, tantôt hypocrite et impie, tantôt folle et voluptueuse, qu'elle avait toujours applaudie. Au lieu de la corriger, ses désastres ne lui avaient jusqu'alors inspiré qu'un système de réforme aussi dangereux en religion qu'en politique. Devenue la proie de l'étranger, elle avait voulu se sauver elle-même, et remplacer les rois par les états généraux ou par l'université, essai malheureux qui avait achevé de tout paralyser. Car la liberté ne s'improvise

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