‹ Histoire de FranceChapitre 144 sur 339 · JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC

versité avait proscrit l'illustre Gerson, trop honnête pour voir sa patrie aux mains des Anglais, et, au sortir du concile de Constance, l'illustre chancelier avait pris la route de l'exil. Ainsi le récompensaient les hommes, instruments sans le savoir d'un maître moins rigoureux. Retiré en Bavière et plus tard à Lyon, il rencontra des religieuses et des moines, héritiers de sainte Catherine de Sienne et du frère Jacques de Todi, qui, sans autre lumière que Dieu, trahis par les pasteurs des âmes, trouvaient dans la vertu et dans la contemplation un adoucissement à tant de misères. Instruit par eux et par la solitude, il finit dans la vie contemplative unie aux œuvres de charité , écrivant des traités mystiques , élevant de pauvres petits garçons. Soit qu'il ait copié ou remanié l'œuvre d'un inconnu, soit qu'il ait lui-même résumé les pensées du cloître, sa plume traça Y Imitation de Jésus- Christ ou livre de la •Consolation intérieure, guide immortel des âmes abandonnées qui cherchent tout en Dieu. La tentative n'était pas nouvelle : c'était celle de tous les grands saints du moyen âge , non plus avec le naît enthousiasme d'un siècle de foi, mais avec la douce et ferme résignation d'un temps de douleur.

CXXXV. Pendant que ce grand homme reposait sa vieillesse chez les célestins de Lyon, les ordres mendiants, fidèles à leur mission d'amour et de liberté, travaillaient dans l'ombre à guérir la France. L'œuvre du dominicain Vincent Ferrier s'achevait avec moins

Visions de Jeanne d'Arc. (P. 171.)

d'éclat par une pauvre franciscaine. Fille d'un charpentier de Corbie, sœur Colette prit de bonne heure le voile des clarisses, rétablit dans son ancienne rigueur la règle adoucie par le temps , fonda ou réforma près de quatre cents couvents à Paris, à Noyon, à Bauvais, en Lorraine, en Savoie, et surtout dans les vastes Etats du duc de Bourgogne. A sa voix

un des plus fiers seigneurs du temps, Jacques de Bourbon, roi de Naples, à grand'peine échappé desprisons de sa femme, se fit cordelier du tiers ordre à Besançon. Les cloîtres abandonnés se repeuplèrent, et, à l'exemple des moines, les hommes revinrent en foule aux paisibles travaux des champs.

CX XX VI. Tandis que Paris se prostituait aux Anglais, que l'indolent CharlesVII simulait encore à Bourges des fêtes et un reste de cour, au fond des campagnes plus d'une bonne âme pleurait amèrement les hontes et les misères de sa patrie.

Les femmes ne se bornaient pas à bâtir des couvents. Aux confins de la Champagne et de la Lorraine, à Domremy près Vaucouleurs, une pauvre petite paysanne, Jeanne d'Arc , aimait la France et priait le bon Dieu de la sauver. C'était une douce et simple jeune fille, ne sachant ni lire ni écrire, jouant peu et pourtant aimée de ses compagnes, ne quittant sa mère que pour l'église ou pour les pauvres malades, sans autre science qu'un grand cœur. Ce fut à cette humble vierge que le patron des guerriers, l'archange saint Michel, s'adressa pour sauver la France. D'abord il lui dit d'être bonne

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