‹ Histoire de FranceChapitre 146 sur 339 · LIVRE IV — JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

LIVRE IV — JEANNE D'ARC

besoin de soldats. — Ah! mon Dieu! réponditelle, les gens d'armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. »

CXXXIX. Quel péril y avait- il à la laisser combattre et mourir ? Le Dauphin lui donne un beau cheval noir, un écuyer d'âge mûr et quelques valets. Toute vêtue de blanc . elle avait à la ceinture une petite hache, vieille arme des Francs , et une épée miraculeusement trouvée dans une église dédiée à sainte Catherine. Sa main tenait un étendard blanc , avec l'image du Sauveur, deux anges portant des fleurs de lis et ces mots : Jksus, Marie. En la voyant monter à cheval, quiconque avait du cœur le sentit frémir, et plus d'un chevalier, oubliant les jouissances de la cour, partit avec elle. Elle fit promettre à ces ribauds de renoncer aux plaisirs, aux blasphèmes, de ne jurer que par leur bâton, et leur fit recevoir l'absolution. Puis, avec eux, elle traversa l'armée anglaise, et se jeta dans Orléans.

CXL. Depuis plus de six mois durait le siège de cette ville, dont le premier duc était mort assassiné, et dont le second était prisonnier en Angleterre. Maîtres de la France jusqu'à la Loire, les Anglais avaient investi la place avec leur ténacité ordinaire. Comme à Calais, ils avaient non campé, mais bâti autour des assiégés, et, l'enceinte étant trop grande pour l'entourer tout entière, ils s'étaient mis à construire sur les deux rives de la Loire des bastilles ou forts détachés. 11 y en eut d'abord trois, puis six, puis douze, qui, se resserrant de plus en plus, devaient finir par étouffer la ville. Dans les premiers mois, les bourgeois résistèrent joyeusement. Suivant l'usage du temps, ils ne cédèrent à personne l'honneur de défendre leurs remparts, et c'est à peine si, vu ce grand péril, ils consentirent à recevoir de Charles VII un secours de quatre mille hommes. Ils brûlèrent eux-mêmes leurs faubourgs, en rasèrent les couvents et les églises, où l'ennemi aurait pu se loger, fondirent des canons, et ripostèrent vigoureusement à l'artillerie ennemie. A la fin , leurs pointeurs visaient si bien qu'un boulet emporta la tète du général anglais. Au milieu de l'hiver, les vivres commencèrent à

manquer; les assiégés jeûnaient, tandis que de zélés Parisiens amenaient aux Anglais des convois de vivres et des harengs pour le carême. Vainement Tours, Angers, Bourges, Poitiers, la Rochelle, se montraient plus français et trouvaient moyen de faire passer dans la ville de l'argent et de la poudre. C'était le pain qui faisait défaut. Moins braves contre la faim que contre l'ennemi, les grands seigneurs avaient furtivement quitté la place, renoncé à cette guerre de privations et rejoint Charles VII. Le désespoir était si grand à la cour qu'il était maintenant question de s'aller réfugier derrière les montagnes d'Auvergne, au fond du Dauphiné.

CXLI. Jeanne ramena avec elle dans Orléans des hommes et des vivres. Annoncée depuis plusieurs jours, elle fut reçue comme un envoyé du ciel. Avant d'engager le combat, elle ordonna des prières publiques, des processions à la barbe des Anglais. Son héraut les somma de se retirer, ou , s'ils en avaient le cœur, de venir avec les Français reconquérir le saint sépulcre. Mais ils se moquèrent du message, et menacèrent le héraut de le brûler à la place de sa maîtresse. Il ne restait qu'à se battre, et Jeanne en attendait impatiemment l'occasion. Un matin qu'elle reposait encore, elle s'éveilla en sursaut, s'écriant : « Ah! mon Dieu! pourquoi ne m'a-t-on pas « éveillée? le sang de nos gens coule! » En un moment elle fut armée, à cheval , et partit au galop. Sur sa route elle rencontra des blessés; à la vue du sang français, ses cheveux se dressèrent. Un peu plus loin c'étaient des fuyards qui revenaient en désordre. Elle les rallie, se met à leur tête, suit les Anglais jusque dans leurs retranchements, et plante son étendard sur une première bastille. Les Anglais, pétrifiés, sont massacrés ou prisonniers. Victorieuse sans avoir tiré l'épée ni versé de sang ennemi , Jeanne pleura sur tant d'hommes morts sans confession, et sauva la vie des captifs.

CXL II. Peu importait de poursuivre ces succès au nord de la place ; c'était du midi que les vivres pouvaient venir, et les Anglais, couverts par la Loire, y occupaient deux fortes bastilles. Un pont de bateaux est jeté

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