LIVRE IV — CHARLES VII
irtW»ttf:
Jeanne d'Arc au château de Chinon. (P. 172.)
tenue en France , et que lui-même un an plus tôt ne pouvait guère espérer, Jeanne lui embrassa les genoux. « Gentil roi, lui dit -elle, « maintenant est fait le bon plaisir de Dieu , « qui voulait que je fisse lever le siège ■< d'Orléans, et que je vous amenasse sacrer « en votre ville de Reims. » Elle le sentait, sa mission était accomplie, la maison royale relevée, l'esprit français réveillé, et, heureuse de revoir ses parents accourus au sacre, elle ne demandait qu'à retourner à son village avec sa sœur et ses frères. Moins désintéressés, ce furent eux cette fois qui l'engagèrent à continuer pour sa famille une si belle fortune; et, quant au roi, ravi de posséder cette invincible jeune fille, qui à elle seule valait une armée, prenait les places, gagnait les batailles , il ne pouvait consentir à s'en séparer. Elle le suivit triste et inquiète, prévoyant une mort prochaine. Avec elle, il
entra à Soissons, à Laon, à Château-Thierry, à Provins, à Saint-Denis; malgré elle, il voulut enlever Paris, dont les habitants, compromis par tant de crimes, étaient décidés à se défendre avec rage. Ne sachant plus que se sacrifier, elle voulut, comme à Troyes, faire combler le fossé , et vint s'y établir sous une grêle de traits. L'un d'eux lui perça la jambe, et, après avoir vainement essayé de rallier les Français, épuisée par la perte de son sang, elle fut obligée de se faire emporter. L'année suivante, le roi se reposant de ses faciles exploits, Jeanne se jeta dans Compiègne, que le duc de Bourgogne assiégeait en personne. Le jour même, elle fit une sortie, resta la dernière pour couvrir la retraite, fut entourée par l'ennemi, saisie, tirée à bas de cheval. L'invincible Pucelle était prise et aux mains de ses mortels ennemis. A l'éclat de ses hauts faits manquait la gloire suprême