‹ Histoire de FranceChapitre 150 sur 339 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

CHARLES VII

CLIII. Ainsi se continuait par la main des manants et des bourgeois la délivrance commencée par la bergère de Domremy. Quant aux grands, vivant de brigandage, ils avaient pris la triste habitude de ne plus craindre ni Dieu ni le roi. Ce n'étaient qu'incestes, meurtres, parricides. La paix leur déplaisait. Pour les soumettre, il fallait des exemples. Le roi se montra sans pitié. Un fils du duc de Bourbon fut cousu" dans un sac et jeté à la rivière ; à Nantes fut brûlé ce maréchal de Retz, sorcier, égorgeur d'enfants, que la postérité a nommé Barbe-Bleue. Il y avait encore bien d'autres coupables.

Jean d'Armagnac s'appelait comte par la grâce de Dieu, faisait pendre les huissiers du parlement, et épousait sa propre sœur ; mais Charles VII était l'obligé de cette famille , qui l'avait jadis défendu contre les Bourguignons. François de Bretagne enfermait son frère, le

condamnait à périr de faim, et, comme une pauvre femme avait trouvé moyen de glisser du pain à travers les barreaux du cachot, au bout de trois ans le prisonnier, qui ne mourait pas, fut étranglé. Or il fallait ménager le duc de Bretagne, dont le père avait ouvert la France aux Anglais, et qui promettait son alliance pour les en chasser.

CLIV. Bemettant à d'autres temps le châtiment de ces grands criminels, Charles VII reprit la guerre contre l'étranger. La Normandie l'attendait comme un libérateur.

Entrée de Jeanne d'Arc à Orléans. (P. 17:;. j

Mantes, Verneuil, Évreux, Lisieux, lui ouvrent leurs portes, et vainqueur il se sent assez fort pour investir Bouen. A la vue de cette grande cité frémissante, toute française de cœur et comme consacrée par le bûcher de Jeanne d'Arc, les Anglais ont peur; ils se retirent dans le château ; peu de jours après, ils capitulent honteusement. L'hiver même

n'interrompit pas une guerre si bien commencée. Les deux gardiennes de la Seine, Harfleur et Honfleur, sont forcées. L'année suivante , Falaise et Cherbourg ouvrent leurs portes.

La Normandie était reconquise; ce fut le tour de la Gascogne. En une campagne, elle fut soumise avec sa capitale. Les Anglais y tentèrent un dernier effort; ils comptaient de nombreux partisans dans cette ville de Bordeaux, à eux depuis trois siècles ; ils y jetèrent une armée , et tinrent encore un instant la fortune suspendue. Couvrant la Gironde de leurs flottes, ils bravaient les Français, qui n'avaient pas un vaisseau. Heureusement les bourgeois de la Bochelle, les ducs de Bretagne et de Bourgogne en envoyèrent, et le fleuve fut intercepté. Affamé, Bordeaux se rendit, et pour peine de sa trahison perdit ses privilèges (1453).

CLV. Les Anglais ne possédaient plus en France que Calais, et avaient chez eux assez d'embarras et de guerres civiles pour les occuper longtemps. Tandis que leurs conquêtes et le sentiment du péril commun avaient ré-

Page 1