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LIVRE IV

CHARLES VII

veillé chez un peuple avili le courage et l'esprit national, eux s'étaient habitués à une vie d'oisiveté et de pillage ; ils avaient contracté les vices des grands seigneurs et des gens de guerre français ; fléaux de Dieu , ils allaient être punis à leur tour. La France, au contraire, était dans l'élan d'une jeunesse nouvelle. Plus féconde que l'œuvre de Charles le Sage et de du Guesclin, celle de saint Vincent Ferrier, de la petite sœur Colette et de Jeanne d'Arc portait ses fruits bienfaisants.

De nouvelles familles, élevées par leur travail et leur bravoure, occupaient les manoirs déserts, apportant à la noblesse dégénérée un sang plus pur et plus vigoureux.

Appauvries par la guerre, les villes étaient moins opulentes, mais plus sages et plus braves qu'en Flandre ou en Italie.

Les routes étaient sûres; le commerce renaissait; troubadours et poètes avaient de nouveaux exploits à chanter. Quel sujet plus touchant , plus merveilleux, plus populaire, que les longs malheurs et la délivrance récente de la patrie ? Les grandes familles de Bourgogne, d'Anjou et de Bretagne s'étaient soumises et réconciliées ; les bourgeois de Paris et les docteurs de l'université avaient subi de salutaires et saisissantes épreuves. Le grand schisme fini , la France n'allait-elle pas reprendre ses glorieuses traditions , sa place en Europe et son rôle en Orient ?

CL VI. Hélas ! pourquoi les leçons du malheur sont-elles si peu durables? pourquoi,

Supplice de Jeanne d'Are; (P. 176.)

toujours vivaces au lendemain de son châtiment, l'orgueil vient-il gâter les plus beaux succès et les plus douces espérances ? Pendant que la multitude ne songeait qu'à remercier Dieu de ses bienfaits, un vieux levain d'indépendance couvait chez les professeurs, chez les évèques , élevés dans le schisme et pétris dïllusions. En face'du nouveau pape,

qui travaillait courageusement à l'ordre et à la réforme de l'Église, et qui tenait en I talie de sages assemblées, un concile rebelle, tout inspiré des doctrines de Constance , s'assemblait tumultueusement à Bàle, et proclamait son pouvoir souverain. Dissous, mais non séparé, il déposa Eugène IV, et couronna à sa place, sous le nom de Félix V, le duc Aimé de Savoie, qui venait de quitter le trône pour le froc.

Charles VII eut la faiblesse d'écouter ces rancunes , héritage suranné de ses devanciers. Begrettant encore son pape d'Avignon, il prêta son appui à Félix V, qui n'en tomba pas moins victime d'un ridicule général, et, pour se consoler, il publia à Bourges, sous le nom de pragmatique sanction, les principaux décrets du concile de Bàle. Non seulement l'infaillibilité du pape était niée, et son intervention pour la paix avec l'Angleterre repoussée , mais tout envoi d'argent en Italie fut défendu ; sous prétexte de liberté, le saint-siège n'eut plus aucune part à la collation des bénéfices ; les élections ecclésiastiques ne furent rétablies qu'en apparence, comme une arme de guerre contre Borne, et n'arrêtèrent ni l'asservisse-

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