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LIVRE IV

CHARLES VII

ment du clergé ni l'élévation des courtisans. Le fils de Jacques Cœur devint archevêque de Bourges ; les vieilles abbayes enrichirent les cadets de grande famille ; un bâtard de Bourbon devint abbé de Cluny. Protégé par ce rempart schismatique, l'incestueux comte d'Armagnac et le duc fratricide de Bretagne bravaient impunément les foudres du Vatican ; le fils des ducs de Bourgogne distribuait à ses parents et amis les riches évèchés de Flandre.

CLVII. Ainsi la France renonçait définitivement à ses vieilles libertés spirituelles au profit du pouvoir monarchique. Deux crises épouvantables n'avaient pu l'arrêter sur cette pente fatale, et elle restait livrée non plus aux folles espérances de l'absolutisme naissant , mais aux lois savantes et régulières d'un despotisme organisé, envahissant, progressif. Le souverain qui mettait le concile au-dessus du pape eût été forcé, à moins de se contredire , de reconnaître l'autorité des états généraux comme supérieure à la sienne. 11 était plus simple de s'en passer et de ne plus les convoquer. La force morale de l'ex-, communication, le jugement par ses pairs et toutes les garanties du droit féodal furent rejetés ; d'un côté , les grands vassaux invoquaient la raison du plus fort et l'appui de l'étranger ; de l'autre, le roi leur opposait son armée permanente et son parlement de légistes, instruments dévoués à sa puissance. Les grandes villes perdirent leurs privilèges, qui menaçaient de tourner à l'anarchie. L'université elle-même, si longtemps fière de son indépendance, n'enseigna plus que de par le roi. Les petites communes, les paroisses de campagne, la noblesse moyenne conservèrent seules leur vieux caractère , et, dans les hauts rangs de la société, la liberté amoindrie ne put reprendre son ancien niveau : triste et irrésistible conséquence de l'infériorité morale et de l'asservissement de l'esprit à la matière.

CLVIII. Toutefois la centralisation, qui semblait seule devoir porter remède au désordre , était loin d'être complète. La Bretagne s'isolait de plus en plus, refusait d'admettre la pragmatique sanction de Bourges

et ouvrait l'université de Bennes. Le duc d'Anjou employait les ressources de l'Anjou et de la Provence en éternelles tentatives sur le royaume de Naples. Enfin, puissant du Rhin à la Somme, le duc de Bourgogne négociait avec le pape et avec l'Empereur pour rétablir à son profit un royaume de Bourgogne ou de Gaule-Belgique. Les princesses de sa maison , avidement recherchées, étendaient au loin son influence ; sa sœur épousait le duc de Bourbon, sa nièce le duc d'Orléans, prisonnier d'Azincourt, jusqu'alors retenu en Angleterre. Pour les grands qui briguaient son alliance ou son amitié, et qui accouraient en foule aux tournois et aux festins de Bruges, Philippe le Bon instituait l'ordre fameux et envié de la Toison d'or. En tous points, sa cour éclipsait celle de son cousin Charles VII.

CL IX. Si la France cherchait à recouvrer son unité intérieure au prix de grands sacrifices, au dehors, isolée de l'Eglise par une politique égoïste, elle n'avait pas moins de peine à reprendre l'antique prestige de son nom. Jamais peut-être, depuis Philippe le Bel, son action n'avait été si faible. Le roi d'Angleterre, jadis son vassal, était devenu un souverain indépendant et un rival dangereux. L'Espagne, que la France avait si longtemps aidée contre les musulmans , et où Philippe le Hardi et du Guesclin étaient encore intervenus avec honneur, se suffisait fièrement à elle-même, et acculait au rivage de la mer les Maures expirant de Grenade. Ennemi- né de la France, le roi d'Aragon avait épousé la petite-fille de Charles le Mauvais; maître par elle de la Navarre, il était à la veille de marier son fils à l'héritière de Castille. En attendant qu'il réunît l'Espagne entière sous un seul sceptre, et que la boussole récemment inventée lui ouvrît l'Océan, il possédait la Sicile, la Sardaigne, et une seconde Jeanne de Naples, bien digne de la première, l'installait dans sa capitale au préjudice de son mari Jacques de Bourbon et de son fils adoptif le duc René d'Anjou.

CLX. Menacée de tous côtés par cette redoutable puissance, mais complètement fermée aux Français, l'Italie, depuis le retour

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