I.IVRK IV — CHARLES VII
des papes, était rentrée dans une nouvelle ère de gloire et de prospérité. Pendant que l'antipape Félix était réduit à la Savoie, et que Charles VII faisait sa pragmatique , Rome réparait ses ruines ; le Forum , naguère livré aux vaches, le Capitole, brouté par les chèvres, redevenaient sous d'intelligents pontifes le foyer de la science et de l'art chrétiens. Les Médicis avaient fait de Florence la plus belle , la plus élégante cité du monde. Un instant le duc d'Orléans avait prétendu succéder du chef de sa mère aux Visconti de Milan, et avait fait au delà des Alpes une folle tentative ; mais un homme plus solide, François Sforza, courageux soldat de fortune , passé maître dans l'ait des sièges, lui ravit cet héritage, et assura à ce beau pays une sécurité depuis longtemps inconnue. Enfin, la rivale victorieuse de Pise et de Gènes, Venise, seule assez unie pour être encore libre, entassait dans ses lagunes et distribuait à l'Europe les marchandises de l'Orient et des Indes. Bien que, par le mauvais vouloir des souverains , la réforme de l'Eglise restât incomplète, une veuve charitable, sainte Françoise Romaine, et deux moines exemplaires, saint Bernardin de Sienne et saint Antonin de Florence, avaient ranimé dans toute la Péninsule l'esprit de saint François et de saint Dominique. Inspiré par ces élans d'amour, le céleste Fra Angelico à Florence et le naïf Jean Bellin à Venise renouvelaient et surpassaient les mer- . veilles de Giotlo et de ses élèves, et ouvraient à la peinture chrétienne une nouvelle et magnifique carrière. Les pures jouissances de la piété, de la science et de l'art consolaient l'Italie de ses libertés justement perdues.
CLXI. Au nord des Alpes, l'empire germanique suivait sa libre et pacifique destinée, avec sa noblesse indépendante, ses riches princes ecclésiastiques et ses villes commerçantes, maîtresses du Rhin, de l'Elbe, de la Vistule et de la lointaine Neva , unies entre elles par une ligue redoutable. De nombreux étudiants, fidèles au sol de leur patrie, peuplaient les jeunes universités de Vienne, de Cologne, d'Heidelberg et de Leipsick, que n'avaient point troublées les guerres
des Anglais, et celle de Mayence illustrait sa fondation par la découverte à jamais puissante de l'imprimerie. Aux amis des Valois, aux faibles et aux vieux empereurs de la maison de Luxembourg, venaient de succéder les princes de Habsbourg, issus comme eux des bords du Rhin, mais rejetons plus vigoureux de la vieille souche franque. Depuis cent cinquante ans, ces modestes descendants de l'empereur Rodolphe avaient travaillé à grossir leur patrimoine de la Suisse, de la Souabe, de l'Alsace, du Tyrol et de l'Autriche, ainsi nommée de la vieille Austrasie, qu'ils semblaient destinés à faire renaître aux bords du Danube. Forts dans leurs domaines , souvent élus rois de Bohème ou de Hongrie , ils avaient fini par obtenir la couronne impériale , qui ne devait plus sortir de leur famille, et qui, d'Aix-la-Chapelle et de Francfort , allait transporter son séjour dans la jeune capitale de Vienne.
GLXII. Au nord, les chevaliers teutoniques, braves successeurs des templiers , avaient conquis à l'Évangile les plaines de la Prusse et de la Livonie. A l'est, les rois de Hongrie et de Pologne s'illustraient contre les Turcs. Là se continuait encore la croisade, si oubliée en France et si vainement désirée par Jeanne d'Arc. Là s'élevait une dernière digue contre le flot montant des Turcs. En effet, comme au temps de saint Louis, l'invasion des Tartares n'avait été que passagère, et, cherchant des conquêtes plus faciles , ces hordes sauvages s'étaient encore ruées sur la Chine, qu'elles devaient être impuissantes à rajeunir. Alors le fils de Bajazet avait repris ses conquêtes. L'empire grec , que l'épée des chevaliers ne défendait plus, succombait à sa longue et honteuse décadence, et poussait de vains cris de détresse.
CLXIII. Le regard de Charles VII ne portait pas si loin. Pour se défaire des compagnies, qui, comme au temps de Charles le Sage, désolaient le royaume, il alla au plus court, et les jeta sur un inoffensif et utile voisin, sur les cantons suisses, ainsi nommés du gros village de Schwitz , république naissante , que la Providence venait de placer comme une barrière entre la France et l'An-