‹ Histoire de FranceChapitre 154 sur 339 · LIVRE IV — CHARLES VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV — CHARLES VII

triche. On se le rappelle, la dureté des Habsbourg avait révolté leurs vieux serviteurs des bords de la Reuss. Ces montagnards avaient secoué leur joug, et s'étaient successivement agrandis jusqu'au Jura, au Rhin et au Tyrol. Les voyant invincibles tant qu'ils étaient unis, l'empereur Frédéric III flatta l'orgueil de la riche cité de Zurich , excita contre elle le ressentiment des campagnes, puis provoqua au secours de la ville assiégée l'intervention de Charles VII. Avec trente mille hommes, le dauphin Louis traversa la Champagne et la Franche-Comté , et s'avança aux portes de Râle. Sur le bord de la -Rirse, un corps de quatre mille Suisses vint imprudemment se heurter contre lui. Après avoir repoussé l'avant-garde française au delà de la rivière, ils la passèrent à leur tour. Ecrasés par le nombre, ils se retranchèrent dans le cimetière et dans la tour de Saint -Jacques, et s'y firent tuer jusqu'au dernier. C'était leur première défaite. Découragés, les montagnards levèrent le siège de Zurich, et se retirèrent dans leurs vallées. Les compagnies françaises, venues surtout pour piller, se répandirent dans la plaine, et delà se rabattirent sur la Souabe, sur l'Alsace et sur la Lorraine. Les plus disciplinés revinrent seuls et entrèrent dans l'armée régulière que Charles VII s'efforçait de créer.

CLXIV. Alors que cette bravoure s'usait en pure perte, quelques pauvres fugitifs, débarqués aux rivages d'Italie, y apportaient la fatale nouvelle que tout homme sage attendait, et à laquelle les insensés voulaient en vain fermer l'oreille. Constantinople était prise ; le dernier des Constantin était mort en combattant sur ses remparts , et le croissant planait sur Sainte-Sophie. Lâche et perfide, cet empire avait sans doute mérité son sort ; mais il léguait à la jeune Russie ses ruses, son orgueil et son schisme, et, en attendant qu'eût grandi ce funeste héritier, les Turcs, au cœur de l'Europe, menaçaient l'Autriche et l'Italie.

CLXV. A l'annonce de cette grande ruine et d'un péril imminent , ce qui restait de sang chrétien chez les fils des croisés se réveilla et frémit. La guerre sainte fut prêchée par-

tout. Le duc de Rourgogne rassembla à Lille la noblesse de ses États, et , après un grand repas, l'Église, sous les traits d'une captive éplorée, suivie d'un cortège mythologique, vint raconter ses malheurs et réclamer du secours. Ce n'était plus la voix de Pierre l'Ermite ni de saint Eernard ; pourtant il y eut encore un élan d'enthousiasme. Dans leur ardeur, les chevaliers jurèrent, l'un de porter un défi au Grand -Turc dans son propre palais, l'autre de jeûner le vendredi jusqu'à ce qu'il eût tué un infidèle, un troisième de ne plus séjourner dans une ville : antiques et naïfs serments , que le siècle n'était plus capable de tenir, et que le vent allait bientôt emporter. Puis le duc prit la parole, et promit d'accompagner à la guerre sainte le roi de France, le Dauphin ou tout prince qui prendrait la croix.

CLXVI. Charles VII ne bougeait pas. Vainement le pape lui envoyait une rose d'or, et le pressait, en lui disant que les Français seuls étaient de force à détruire les musulmans. L'insouciant et voluptueux monarque n'était pas plus sensible aux infortunes de l'Église que jadis à celles de Jeanne d'Arc. A son instigation, l'université et le clergé refusèrent même les décimes demandés pour la croisade, pendant que trésors, fêtes, châteaux étaient prodigués à la trop belle Agnès Sorel. Le châtiment ne tarda guère. Saisissant ce prétexte pour quitter le roi, son fils aîné, Louis , qui depuis longtemps l'abreuvait de peines, et qui s'était remarié en Savoie contre son gré, prit la croix comme un étendard de révolte, et se réfugia à la cour du duc de Rourgogne. La dame de Reauté, Agnès, mourut subitement dans son élégante demeure de Reauté-sur-Marne, ancienne résidence du premier duc d'Orléans. Le Dauphin fut soupçonné de lui avoir fait verser du poison ; accusé d'être son complice , le fidèle Jacques Cœur vit ses biens confisqués, et n'eut que le temps de s'évader de sa prison. Plus grand que son maître , il alla se mettre au service du pape, qui le nomma capitaine d'une flotte chrétienne, et il alla mourir en combattant les Turcs dans les eaux de l'Archipel.

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