‹ Histoire de FranceChapitre 156 sur 339 · LIVRE IV — LOUIS XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV — LOUIS XI

le jour sous la protection de ce nouveau système , et à subir, au lieu de les diriger , les vicissitudes de l'histoire.

CLXXI. D'abord le duc de Bourgogne s'était bercé du fol espoir que l'ingrat Louis XI lui payerait ses services. Il n'avait pas vu, comme disait Charles VII, qu'il nourrissait un renard qui mangerait ses poules. Tandis que le feu roi s'en était allé à Saint- Denis, aux frais d'un simple chevalier, Philippe le Bon n'avait cru pouvoir trouver assez bel équipage pour mener sacrer son protégé à Beims. Cent quarante chariots, pavoises des bannières de Bourgogne, apportèrent la vaisselle d'or et d'argent , les vins et les viandes pour le banquet, et les deniers à jeter à la foule. Hommes et chevaux étaient couverts de velours, de broderies. Le duc venait ensuite : on eût dit l'Empereur en personne. Ce fut lui qui reçut Louis XI chevalier , lui qui vint l'installer dans sa capitale, et qui voulut encore régaler tout le peuple de Paris. Louis XI ne parut pas même aux tournois donnés en son honneur; il lui tardait d'être débarrassé de ces fêtes bruyantes, de ces joyeux convives, de cet hôte et de ce protecteur incommode. Quand il fut seul, il se sentit à l'aise, et ne songea plus qu'à assouvir son ambition cachée.

CL XX II. Appauvrie, isolée par ses malheurs, inférieure à l'Espagne, à l'Italie et même à la Bourgogne , la France était retombée depuis deux siècles dans une sorte de barbarie, et était prête à tout accepter de la main qui promettait de l'en tirer. Louis XI, méprisant le luxe lourd et sensuel du vieux duc de Bourgogne, la fiévreuse et chevaleresque activité de son fils Charles le Téméraire et l'amour des arts du bon Bené d'Anjou, se flattait de venir facilement à bout de ces vassaux devant qui tremblait son père. Avec son œil d'épervier, il avait cru discerner au delà des Alpes le génie qui convenait à sa politique; il avait adopté ce système, bon pour les pays vieux, qui consiste à écraser les grands en flattant les petits, à humilier et à soumettre tout ce qui est indépendant et à plier habilement les hommes sous une main de fer. Aussi vivait-il entouré de conseillers

vénitiens, et avait-il sans cesse à la bouche l'éloge de François Sforza, de cet obscur parvenu qui avait soumis tout le nord de l'Italie. Toutefois la bravoure de l'un , la magnificence des autres, étaient des qualités de luxe qui l'auraient distrait de son but. Il se contentait d'admirer chez ces méridionaux la finesse, l'adresse à tromper , l'art d'assassiner et le génie du despotisme. Sa vie devait se passer à jouer parents, sujets et voisins, et à guetter leurs héritages, hâtant la mort quand elle viendrait trop lentement. A la vue de ce méchant et taciturne visage, les joyeux amis du roi défunt se sauvèrent en criant : « Que cha- « cun prenne garde à sa tète. »

CLXXIII. Louis XI commença par le saintsiège , fort mécontent de lui au sujet de la croisade. Pour l'apaiser il abolit avec grand éclat la pragmatique sanction de Bourges, déplora hautement l'impiété de son père, et fit des pèlerinages pour le rachat de cette âme compromise. Le pape, qui l'avait d'abord félicité, et qui avait cru rentrer dans ses anciens droits, vit bientôt que, sous un pieux prétexte , l'hypocrite avait tout bonnement voulu se débarrasser des élections ecclésiastiques rétablies par Charles VII , et qu'à lui seul il distribuerait évêchés et abbayes, non plus à des gradués universitaires ou à des fils de grandes familles, mais à des créatures dévouées, telles que l'évèque-ministre Balue.

CLXXIV. En Espagne, le puissant Jean II d'Aragon, excité par une cruelle marâtre, dépouillait et persécutait sans pitié les enfants de sa première femme, Blanche de Navarre. Les Catalans s'étaient soulevés, et avaient appelé les Français à leur aide. Mais d'instinct Louis XI était l'ami du père dénaturé qui n'hésitait pas à faire périr son fils et sa fille. Tout en promettait du secours aux rebelles, il les vendit chèrement au roi meurtrier, se fit livrer une partie de leurs dépouilles, et, content d'occuper le Boussillon, n'alla pas plus loin. Furieux d'être ses dupes, Jean et ses sujets se réunirent contre lui et le chassèrent honteusement.

CL XXV. Du côté de l'Italie, son premier voisin était ce petit duc de Savoie, campé dans les campagnes, dont, il avait épousé la

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