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LIVRE IV

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fille, et, derrière lui, le terrible François Sforza, dont le nom seul le saisissait d'admiralion et d'effroi. Avant de rien entreprendre, Louis XI voulut se bien mettre avec ce rude capitaine, le reconnut duc de Milan au détriment de son propre cousin le duc d'Orléans , lui céda Asti, véritable clef des Alpes, le beau port de Savone, les droits de la France sur Gènes ; en échange , il lui demanda des spldats formés par lui, et pour les commander son fils Galéas. Rassuré par cette alliance intime, il attisa la discorde dans la famille de son beau-père. Le duc de Savoie, chassé par son fils, vint se jeter dans les bras de son gendre; celui-ci l'accueillit et le choya, mit la main sur le fils rebelle, l'enferma au château de Loches, et, le vieux duc mort, s'empara de l'héritage sous prétexte de régence. La Savoie tenait à l'antique famille de ses souverains. Elle repoussa la protection du roi de France, et devint son implacable ennemie. Ainsi se ferma devant lui cetle seconde porte de l'Italie, pour laquelle il avait vendu la première.

CLXXVI. Au midi tout était donc fini, et pour longtemps. Par ses intrigues en Italie, notre habile politique avait eu fart de mécontenter jusqu'au bon roi René, pacifique seigneur de l'Anjou et de la Provence, dont il avait contrarié les projets sur Naples. Au nord restait l'ami et le protecteur dangereux, le puissant cousin, le riche duc de Bourgogne. Que ne pouvait-il se décider à tenir ses „ serments et à partir pour la croisade ! Pour l'aider à payer les frais de l'expédition, Louis XI offrait de lui racheter au prix convenu les villes de la Somme. Mais Philippe .'.e Bon, devenu méfiant, alléguait son grand âge pour ne plus sortir de ses États, et, n'ayant pas besoin d'argent , refusait de rendre les places de Picardie, chaque jour plus précieuses contre un voisin suspect. Pendant qu'il était malade, le roi gagna ses serviteurs, lui fit signer le rachat à son insu, lui envoya les quatre cent mille écus d'or, et se mit en possession des villes. Le duc était furieux. Louis XI , se rappelant comment en Savoie il avait détruit le père et le fils, comment lui-même naguère avait ruiné le pou-

voir de Charles VII, voulut opposer à Philippe le Bon son fils unique, Charles le Téméraire, et fit à ce riche héritier les plus séduisantes avances. Cela fut bien tant qu'il s'agit de plaisirs et de banquets ; mais le jeune comte était trop fin pour se laisser mener plus loin. Repoussé, éconduil, le roi voulut se venger , et paya des gens pour faire enlever son ami. La tentative ayant échoué , ils étaient à jamais brouillés.

CLXXVI I. Une pareille audace acheva d'irriter la noblesse. Les ducs d'Anjou , de Bourbon, de Bretagne et de Bourgogne s'entendirent par députés à Paris même , en l'église Notre-Dame, offrirent au frère du roi de se mettre à leur tète, et jurèrent de prendre les armes. En même temps les bourgeois des villes se soulevaient , mécontents d'un droit d'entrée sur les vins. L'université de Paris avait reçu à contre-cœur la défense de se mêler de politique et de jamais suspendre ses cours ; l'ouverture d'une rivale à Bourges acheva de l'indisposer; le parlement était furieux de son démembrement au profit des parlements de Grenoble et de Bordeaux.

C'était un toile général ; après avoir voulu ruser avec son peuple comme avec ses voisins, le roi, partout pris dans ses propres filets, se trouvait cerné par une vaste insurrection (1465).

CLXXVIII. Esclave de celte Italie qu'un autre à sa place eût voulu conquérir, Louis XI mendia à son ami Sforza huit cents chevaux, quelques mille fantassins et des armures de Milan ; Venise lui loua des galères ; les Médicis lui prêtèrent de l'argent. Pendant ces préparatifs, son frère se sauva de Paris , et alla se réfugier dans les rangs des rebelles ; du nord au sud, les nobles s'armèrent au nom du bien public ; les Armagnacs euxmêmes, comblés malgré leurs crimes de faveurs et de bienfaits , se joignirent ouvertement à la ligue. Tandis que le roi promenait ses Italiens dans le Bourbonnais, essayant d'y réprimer la révolte, Charles le Téméraire arrivait avec sa brillante armée , sa grosse cavalerie et ses beaux canons. Vrai chef de la ligue , il représentait bien le moyen âge luttant contre le despotisme nouveau. Point

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