‹ Histoire de FranceChapitre 159 sur 339 · LIVRE IV — LOUIS XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV — LOUIS XI

Le Plessis-lez-Tours.

à la faveur du schisme et de la guerre étrangère , jeté de nouvelles racines chez les fils de Jean le Bon. En attendant que la stérilité vînt de nouveau trahir le sang dégénéré, ces princes ambitieux n'étaient occupés que de leur agrandissement, et de leur intérêt personnel. Leur récente victoire avait donné un nouvel essor à leurs rivalités et à leurs convoitises. Or la liberté des grands , comme celle des petits, ne vivant que de modération .et de sacrifices réciproques , cet égoïsme aveugle les condamnait à subir le joug du premier roi, fût- il lâche et méchant, qui saurait exploiter leurs divisions. Si misérable que fût Louis XI , il était destiné à les dompter.

CL XXX II. Le plus puissant d'entre eux était assurément le duc de Bourgogne. Pendant que les Valois entassaient faute sur faute, et luttaient sans succès contre les Anglais, leurs cousins de Bourgogne, oubliant qu'ils étaient Français et usurpant la politique réservée à leur patrie, avaient acquis successivement les comtés de Flandre , de Hainaut, de Namur, d'Artois, de Hollande et de Zélande, les duchés de Brabant, de

Limbourg et de Luxembourg, Anvers, Malines et la Franche-Comté. En un mot, sauf l'Alsace et la Lorraine , ils avaient atteint cette limite du Rhin et du Jura qui a toujours été la légitime ambition de la France. En même temps , grâce à la guerre qui désolait les autres provinces, les marchands de Gand , de Bruges et de Liège avaient vu croître sans mesure la vente de leurs toiles , de leurs draps , de leurs fers et de leurs cuivres. Nul pays n'était plus riche, mieux cultivé, plus heureux. Les villes s'étaient embellies de nombreux hôtels de ville , de superbes cathédrales. Par l'invention de la peinture à l'huile, l'ingénieux Jean de Bruges avait assuré à ses tableaux une immortelle fraîcheur, et dans ces chefs-d'œuvre de patience revit encore aujourd'hui la Flandre du xive siècle. L'outrecuidance de ces opulents bourgeois avait grandi avec leur fortune ; chacun, méprisant ses voisins, voulait faire de sa cité une république sans égale.

CLXXXIII. L'orgueil de Philippe le Bon avait aussi doublé dans son prodigue et aventureux fils, Charles le Téméraire. Depuis sa victoire de Montlhéry, il ne rêvait que guerres

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