‹ Histoire de FranceChapitre 161 sur 339 · LIVRE IV — LOUIS XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV — LOUIS XI

le lâche eut le cœur d'applaudir. Il revint à Paris au milieu des risées, des quolibets, des chansons de ses sujets; les perroquets mêmes avaient appris à se moquer de lui. Chacun le croyait si bas que ses intimes l'abandonnèrent. Les d'Armagnac le trahirent une seconde fois ; Saint -Pol , comblé de biens et l'ait connétable, traita avec les Bourguignons; enfin Balue, valet devenu cardinal, noua des relations secrètes avec l'ennemi de son maître, et se fit enfermer dans une de ces fameuses cages de fer que lui-même avait fait construire (1469). Contre tant de traîtres il ne resta au roi que son fidèle barbier Olivier le Dain et son féroce prévôt Tristan l'Ermite, ignobles courtisans d'un pouvoir couvert d'opprobres. Au moment où il avait cru se relever, il était tombé plus bas que jamais.

CLXXXVIII. Pourtant, alors que la foule applaudissait au triomphe de Charles le Téméraire , et que les gens avides de fortune passaient de son côté, quelques esprits plus lins prévoyaient déjà que celte tète aventureuse se perdait par le succès, et se repentirait un jour de n'avoir pas fait périr son rusé captif. Le spirituel Philippe de Comines quittait la folle cour de Bruges pour devenir le conseiller et l'historien de Louis XL II pressentait que, malgré ses vices, ce monarque répondait à un besoin général de paix, d'ordre et de soumission; qu'instrument des vengeances divines, il serait le fléau d'une aristocratie brutale , débauchée , incestueuse , vivant de guerre civile et s'engraissant des "malheurs publics. Si quelquefois sa conscience lui reprochait néanmoins d'être l'ami d'un pareil homme, il se tranquillisait en songeant que les princes méritent plus d'indulgence que les autres; que, entraînés par le courant des choses, ils deviennent presque fatalement l'écho des vertus ou des vices de leur temps, toujours dignes des peuples qui les reçoivent pour leur récompense, ou les subissent pour leur châtiment.

CLXXXIX. Quant à Louis XI, instruit par le malheur, infatigable, fidèle à son but, il attendait avec patience des jours plus fortunés, apprenait à mieux ourdir ses ruses, et ne désespérait pas avec le temps de se dé-

barrasser de ses ennemis. Ayant auprès d'eux des espions bien payés, il était au courant de leurs moindres actions , leur faisait donner de perfides conseils, tenait, pour ainsi dire, entre ses mains, tous les fils de leur vie. Pour hâter la marche de sa correspondance, il pourvut à la sûreté des routes, les remit en état, et, à l'imitation des anciens Bomains, prépara à ses courriers de distance en dislance des montures de rechange. De là l'origine de la poste aux lettres et de la poste aux chevaux, qui, d'abord réservées à l'usage du roi, devaient peu à peu remplacer les messagers à pied et les carrioles à petites journées du moyen âge. Par ces moyens nouveaux, Louis XI déroutait, prévenait les complots, el était toujours le premier averti des événements.

CXC. Avant tout, il surveillait son frère, dont il avait eu le talent de s'aliéner l'affection , et qui servait de point de ralliement à la noblesse. Louis XI n'en dormait pas ; car plus un homme le touchait de près, plus il lui semblait dangereux. Ce fut bien pis quand le prince lui parla d'épouser la grande héritière de Bourgogne, la fille unique de Charles le Téméraire. Mieux valait à ses yeux la donner au plus grand ennemi de la France. Il n'épargna rien pour rompre ce projet, et fit dire à son frère, par des agents secrets, que la princesse était maladive, inépousable. Le prétendant mourut à propos pour calmer ses inquiétudes, et la voix publique ne craignit pas d'accuser le roi d'un fratricide. S'il ne le commit pas, il en était bien capable.

CXCI. Dans un manifeste menaçant, Charles le Téméraire annonça qu'il vengerait la victime, et que, pour mettre sa propre vie en sûreté, il réduirait l'empoisonneur à l'impossibilité de nuire. Ses troupes entrèrent en Picardie , et de là ravagèrent l'une après l'autre la Normandie et la Champagne. Mais la cruauté des destructeurs de Liège et de Dinant effraya les bourgeois des villes. Ils tinrent leurs portes closes, et ne cédèrent plus aux vaines promesses de bien public. D'ailleurs, le jeune duc roulait dans sa tête d'autres projets. Séduit par l'éclat de conquêtes plus faciles, il se laissa détourner de

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