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LIVRE IV

LOUIS XI

vant; ils trouvèrent un mur de piques, des bataillons impénétrables. La peur les saisit; ils tournèrent bride, se débandèrent et se sauvèrent de toute la vitesse de leurs chevaux. Le duc fut obligé de s'esquiver, laissant aux Suisses son camp riche de butin , sa tente de velours, sa chapelle, ses diamants et jusqu'à son chapeau (1476).

CXCVII. Pendant que ces paysans victorieux vendaient à vil prix des trésors dont ils ignoraient la valeur et que de Lyon Louis XI savourait en secret leur triomphe , Charles , réfugié à Lausanne, ,y rongeait son cœur et n'épargnait rien pour réparer sa honte. Il tira des volontaires d'Italie, de Savoie, du Comté, de Flandre et même d'Angleterre.

Son armée refaite, il rentra en campagne, marcha droit sur Berne et vint assiéger Morat. Cette petite place, qu'il croyait emporter du coup, tint dix jours et donna aux Suisses le temps d'arriver en force. Dans leurs rangs marchait le jeune duc René de Lorraine, que Louis XI avait gardé jusque-là à sa cour; et qu'il envoyait maintenant bel et bien équipé faire ses premières armes contre les Bourguignons. Cette fois ce ne fut pas une panique, mais un désastre. Charles avait maladroitement adossé sa cavalerie au petit lac de Morat; les Suisses la culbutèrent, en criant : « Granson! Granson! » en jetèrent une partie à l'eau , percèrent les autres de leurs piques. Sous leurs coups périrent huit à dix mille hommes, dont les ossements entassés après la bataille formèrent longtemps une funèbre pyramide (1476). Le duc échappa à grand'peine au carnage et alla cacher sa douleur au fort de Joux, en Franche-Comté. La duchesse de Savoie, le duc de Milan et le duc d'Anjou tournèrent le dos au vaincu. Le jeune prince qu'il avait dépouillé de ses États, René II, rentra en Lorraine et reprit Nancy.

CXCVIII. Sans doute Louis XI avait été plus bas à Péronne et à Montlhéry; à la place de son rival, il se fût sauvé par le mensonge et par la ruse; mais, pour l'impétueux Charles, impossible de reculer sur cette pente fatale; il ne lui restait qu'à achever sa destinée et à mourir en brave. Au lieu de gagner du temps en traitant avec ses ennemis, il lui faut

sur-le-champ de l'argent et une troisième armée, au risque de soulever la Flandre déjà trop pressurée. Ces troupes, encore plus mauvaises que les premières, et où l'or français a déjà semé la trahison, partent au milieu de l'hiver pour surprendre Nancy. La ville résiste et attend René, qui amène des renforts. Quand il arrive, le froid, la fatigue et la désertion ont déjà décimé les Bourguignons. Mais Charles-, s'il le fallait, combattrait tout seul. Par une neige épaisse, il marche audevant de l'ennemi. Cerné par des forces supérieures, il est bientôt entraîné dans la déroute des siens; son cheval s'abat sur la glace; il tombe, et ceux qui le suivent le percent de leurs piques. Pour que Louis XI eût sa part du meurtre , un traître vendu y mit , dit-on , la main (1477).

GXCIX. Ainsi finit cette brillante maison de Bourgogne , qui aurait dû grandir en restant française , et qui se perdit en voulant fonder à elle seule un empire. Ainsi furent vengés, par une justice tardive, mais impitoyable, le duc d'Orléans assassiné, la France livrée aux Anglais, Jeanne d'Arc vendue et brûlée. De ce jour une jeune fille, Marie de Bourgogne, promise à l'archiduc Maximilien, tenait seule dans sa main ces vastes domaines que la France et l'Autriche allaient se disputer avec un archarnement séculaire , pomme de discorde que , pour se venger, Charles le Téméraire léguait à l'avenir.

CC. A cette heure la fortune souriait à Louis XI, et sans qu'il eût tiré l'épée, sans autre peine qu'un peu d'argent donné aux Suisses, elle l'avait débarrassé d'un terrible ennemi. Comment allait-il profiter de ses faveurs? Suivant la loi féodale, il était le tuteur légitime de la princesse Marie; elle avait besoin de son consentement pour choisir un époux. Française de cœur et de goûts , elle eût volontiers accepté de sa main un prince de la famille royale, et, s'il avait eu moins peur de l'agrandissement des siens, il aurait pu la marier à son cousin le comte d'Angoulème, frère du duc d'Orléans. Mais, dans son désir de tout écraser et dépouiller autour de lui, jugeant les autres d'après lui-même, leur attribuant le même inslinct de nuire, ce qu'il

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