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IVRE IV — LOUIS XI

Naples, la Sicile et Jérusalem. Quelques mois plus tard , ce fut le tour de Marie de Bourgogne, morte d'une chute de cheval, à la fleur de l'âge. Elle laissait à Maximilien et aux Flamands deux enfants au berceau. Pressés d'en finir avec une guerre ruineuse, les bourgeois vinrent trouver dans sa tanière le roi affaibli et paralysé, et lui cédèrent définitivement l'Artois et la Bourgogne, à condition que Charles VIII épouserait leur petite Marguerite.

CCV. Voilà l'héritage incomplet et gâté par ses fautes que Louis XI transmettait à son fils. Pour lui , il emportait dans la tombe la méfiance et la haine de quiconque l'avait connu, et le sangdebeaucoupd'innocen ts. La conscience oppressée de ce fardeau, il se débattait contre le moment fatal. La médecine ne pouvant plus rien, il eut recours aux reliques, aux prières, aux pèlerinages , et du fond de l'Italie il fit venir un moine célèbre par ses dons merveilleux, saint François de Paule, le fondateur des Minimes. Vains efforts : les miracles ne sont pas faits pour guérir de tels hommes. Il mourut, et nul ne le pleura (1483).

CCVI. Ici se termine une longue et lamentable époque. Elle s'ouvre, au lendemain des croisades, par les crimes de Philippe le Bel, qui outrage, en la personne du souverain pontife , le plus haut représentant de la liberté sur la terre, et qui proclame le réveil du paganisme politique , successivement appliqué au clergé, aux templiers, à ses voisins, à ses vassaux et à ses sujets. Puis vien-

Mort de Marie de Bourgogne. (P. 194.)

nent les folies de Charles le Sage, voulant avoir son pape à lui , et ressuscitant dans sa propre maison tous les abus de la féodalité. Cette révolte contre l'Eglise, faite au nom de l'indépendance nationale, n'aboutit qu'au libre déchaînement de toutes les violences , c'est-à-dire à la ruine du droit des gens et du droit public par celui du plus fort. Deux

fois les Anglais arrivent pour châtier les coupables, et deux fois princes , bourgeois , paysans, oubliant que l'esprit de famille est le nœud de la force, l'esprit national la base de toute liberté, bouleversent l'État par leurs dissensions , et assurent le triomphe de l'étranger. Au moment où tout semble perdu, la chevalerie renaît en Jeanne d'Arc , qui sauve la France et sa dynastie, qui réveille l'amour de Dieu et de la patrie. Son œuvre accomplie, elle est brûlée comme les templiers. Enfin , après tant de vicissitudes , la lutte se termine par une sorte de trêve du bien et du mal et par la soumission définitive de chacun à la monarchie absolue.

CCVII. Louis XI apparaît au terme de ces calamités comme Minos aux portes de l'enfer, juge sans miséricorde, instrument des vengeances célestes, appelé pour condamner et pour sévir. A ses pieds s'éteint la hiérarchie militaire du moyen âge : ici sur les champs de bataille ou sur l'échafaud, là. par la seule stérilité de son sang. L'Angleterre reste livrée aux guerres civiles ; les maisons de Bourgogne et d'Anjou ne sont plus ; celle de Bretagne est réduite à une fille unique, et

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