LIVRE IV — LOUIS XI
par leur ruine la France revient au même point d'unité qu'à l'avènement de Philippe le Bel. Détruites pour jamais, ces puissantes familles ne seront remplacées que par les rouages perfectionnés de l'administration royale.
CGVIII. Si les grands seigneurs ont justement péri, leurs vices ne meurent pas tout entiers avec eux, et le pouvoir qui succède à leur tyrannie multiple ne sera que le trop fidèle héritier de leur folle impiété ou de leur légèreté prodigue. Malgré les bienfaits de Jeanne d'Arc, la foi n'a pas repris son empire à la cour, et la dévotion, que la moindre teinte d'égoïsme suffit à rendre suspecte, y est pour longtemps discréditée par la cruelle et superstitieusehypocrisiede Louis XI. Quoique le saint- siège ait recouvré son unité et son indépendance, évêchés et abbayes restent à la merci du roi, inévitable source de
corruption pour le clergé, de révolte chez les fidèles. Complice de tant de fautes, la première tige des Valois n'en recueillera pas longtemps le fruit, et le sang de Louis XI, comme celui de Philippe le Bel , se tarira de bonne heure pour faire place à celui d'une autre branche.
CCIX. Toutefois, bien que le mal conserve ses racines, l'autorité nouvelle se sent du moins intéressée à maintenir partout l'ordre et la sécurité , et , par cette première centralisation, les inconvénients du despotisme,
Louis XI aux pieds de saint I-'rancois de I'aule. (P. 194.)
pesant de plus loin sur les provinces, sont en réalité diminués. Le règne de la force brutale et les rivalités qui déchiraient le pays font place aux combinaisons plus paisibles de la politique empruntées par Louis XI aux Italiens pour diviser ou détruire ses ennemis. L'aveugle bravoure du chevalier bardé de fer, déjà mise en péril par l'emploi de la
poudre à canon, l'est encore davantage par l'art des fortifications et des sièges, parla science des manœuvres et des retraites, enfin par les calculs de la diplomatie. La boussole transforme la navigation et ouvre au commerce des routes nouvelles.
Des bords du Rhin l'imprimerie arrive à Paris et à Venise,apportantaux idées, pour se répandre, une puissance illimitée.
CCX. Ainsi la force de l'esprit, longtemps étouffée par une nouvelle barbarie, reprend son essor et le premier rôle dans les luîtes de l'histoire.
Sur ses ailes s'élève la bourgeoisie, dont Louis XI a fini par sentir et par utiliser le génie. Éclairé par la ligue du Bien public, ce roi cherche son appui dans les habitants des villes, déclare que les fonctions municipales anobliront , tient régulièrement les états provinciaux , respecte les institutions locales, fonde l'inamovibilité de la magistrature , donne à chaque province parlement et université, et pour consoler Paris favorise son commerce et son industrie. Partout naissent des familles de robe, où le travail, la