‹ Histoire de FranceChapitre 172 sur 339 · LIVRE V — LOUIS XII · texte numérisé non relu

LIVRE V — LOUIS XII

Louis XII proclamé Père du peuple. (P. 204/

Épouvantés, les Italiens se débandèrent, et laissèrent la route libre (1495). Après ce succès, il ne fallait qu'un peu d'audace pour marcher sur le Pô , donner la main au duc d'Orléans et emporter Milan. Charles VIII ne se crut pas assez fort : longeant le pied des montagnes par des chemins affreux, il regagna péniblement Asti et les débouchés de la Savoie. De là il fit la paix avec Ludovic pour dégager sa réserve fort compromise à Novare. En quelques mois le reste de ses conquêtes fut perdu, et les garnisons de Naples et de Toscane mirent bas les armes. Ainsi se termina cette expédition , comparable à celle du Franc Théodebert ou aux malheureuses équipées des ducs d'Anjou. Assez braves pour parcourir impunément l'Italie d'un bout à l'autre , les Français avaient compté sans les ruses de princes perfides. Si, pour durer, toute conquête demande sa-

gesse et persévérance, pourquoi, oubliant les leçons de Louis XI, son fils imitait-il l'étourderie de Charles le Téméraire aux prises avec les Suisses? Ne fallait-il pas encore plus d'esprit pour dompter des Italiens ?

XIII. Pendant que Charles VIII faisait à Lyon les préparatifs d'une nouvelle expédition , au delà des Alpes luxe et plaisir avaient repris leur cours. Remède suprême des peuples guérissables, l'invasion étrangère n'avait corrigé ni le pape, ni les Sforza, ni les misérables princes de Naples. Florence seule persistait à vouloir se régénérer à la voix de Savonarole. Inspirés par cet apôtre, de pieux artistes avaient retrouvé les secrets du pinceau chrétien, et quelques âmes d'élite renonçaient courageusement à toutes les jouissances profanes. La multitude suivait cet exemple dans une de ces fièvres, hélas! trop courtes, de généreux entraînement. Tableaux

Page 1