‹ Histoire de FranceChapitre 174 sur 339 · LIVRE V — LOUIS XII · texte numérisé non relu

LIVRE V — LOUIS XII

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irait la trompeuse image d'un pouvoir absolu, aimable et paternel.

XVII. Au dehors, l'Italie restait le but de toutes les convoitises. Aux prétentions de Charles VIII sur Naples Louis XII joignait ses droits sur Milan. Le lâche et versatile Ludovic Sforza, odieux par son usurpation et par le meurtre de son neveu, n'était guère en état de se défendre, et n'avait que quelques milliers de Suisses enrôlés à prix d'argent; car, sauf les Vénitiens, il n'y avait plus de soldats au delà des Alpes. Le pape, qui s'était montré si facile pour le divorce du roi, ne demandait pas mieux que de rester son allié. En échange, ce pontife dépravé, qui, en abdiquant la chasteté, avait perdu le plus solide rempart de son indépendance , ne réclamait que l'agrandissement de son fds, le trop célèbre César Borgia, qui, de cardinal , aspirait à devenir prince temporel. Flattant adroitement l'ambition de ce jeune scélérat, Louis XII lui donna au bord du Rhône en Dauphiné le duché de Valentinois , et lui promit des troupes pour conquérir la Romagne. Réunis après deux siècles de guerre, le pape et le roi de France se flattaient de décider encore à eux seuls les affaires de l'Italie et du inonde.

XVIII. Malheureusement, si d'un côté le caractère d'Alexandre VI ôtait au saint-siège sa force morale, de l'autre la France manquait d'organisation militaire. Redoutant ses sujets plus que ses ennemis, Louis XI n'avait travaillé qu'à les désarmer , et avait laissé

' tomber les francs archers institués par son père. Quelques troupes mercenaires suffisaient à la garde de ce prince méfiant, qui préférait la ruse et la corruption à la guerre ouverte. Par le payement de la taille , les bourgeois s'étaient vus avec plaisir dispensés des expéditions lointaines et chargés seulement de défendre leurs remparts. Et quant aux gentilshommes toujours avides de combats, ils auraient cru se déshonorer en combattant à pied ; ni les défaites de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, ni les victoires des Suisses sur les Bourguignons n'avaient pu les désabuser des vieux préjugés de la chevalerie et leur faire comprendre le rôle nou-

veau de l'infanterie. Pour avoir les gens de pied qui manquaient à Charles VIII, Louis XII fut donc réduit, comme Ludovic le More, à acheter des Suisses. C'était perdre les avantages de la bravoure française et faire de la guerre une sorte d'encan, où quelques mercenaires marchanderaient la victoire, et se donneraient au plus offrant.

XIX. Avec cinq mille Suisses, le roi emporta Milan, et fut maître de la Lombardie. Ludovic en ramena huit mille et rentra dans sa capitale. Enfin, surenchérissant à son tour, Louis XII en réunit quinze mille, et vint offrir la bataille à son adversaire dans les plaines de Novare. Inférieurs en nombre et gagnés par de belles promesses, les Suisses de Sforza jugèrent inutile de se faire massacrer par leurs compatriotes; ils passèrent aux Français avec armes et bagages, et livrèrent Ludovic lui-même, qui alla finir ses jours aux bords de l'Indre, enfermé dans le château de Loches. Vainqueur, le roi fit une seconde entrée triomphale dans Milan aux applaudissements d'un peuple inconstant. Il y laissa un doux et pacifique gouverneur, grand ami des arts, le cardinal Georges d'Amboise ; puis il partit pour soumettre le reste de l'Italie. Grâce à son aide, César Rorgia s'empara d'Imola, de Fornoue, de Faenza, de Rimini; les derniers châteaux indépendants furent réduits; le poignard et le poison firent le reste, et débarrassèrent de ses ennemis le nouveau duc de Romagne. Un pas de plus, et le royaume de Naples était reconquis. La prépondérance du pape et du roi semblait assurée plus solidement qu'au temps de Philippe le Bel et de Boniface VIII. Seulement les rôles étaient intervertis, et au lieu d'un roi faisant servir le pape à l'agrandissement de sa famille, cette fuis, chose plus triste, c'était le pape employant les Français à la fortune de son propre fils , et se flattant de lui laisser ses États et sa tiare. Mais l'homme coupable a beau s'assurer du succès, une fatalité vengeresse s'attache à ses entreprises, déjoue ses calculs, et tôt ou tard il périt dans ses propres filets.

XX. Au lieu de conquérir le royaume de Naples, Alexandre VI et Louis XII voulurent,

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