LIVRE V — LOUIS XII
des Borgia , la tiare était décernée à un Italien, au courageux et indépendant Jules II. Ainsi était tombée une seconde fois la royauté française de Naples, et, avec elle, cet échafaudage de puissance en Italie reposant sur une mauvaise armée et sur des alliés criminels. Le Milanais même n'était plus en sûreté ; pour le sauver, Louis XII se hâta de signer la paix , laissant les Deux-Siciles aux Espagnols et promettant au petit- fils de Ferdinand le Catholique et de Maximilien, au futur Charles-Quint, la main de sa fdle Claude avec le Milanais, la Bourgogne et la Bretagne en dot. Heureusement ces enfants étaient si jeunes qu'il ne coûtait rien pour le moment de promettre ses plus belles provinces.
XXV. Pendant que Ferdinand conservait Naples, et Louis XII Milan, Jules II , non content de voir le saint- siège délivré de l'ignominie des Borgia , roulait dans sa tète de vastes projets pour la gloire de son
règne , l'agrandissement de ses États et l'indépendance de l'Italie. En un clin d'œil, cet ami des arts se montrait un profond politique et un ardent guerrier. Négligeant les rêves surannés de monarchie universelle, il ne songea qu'à opposer l'une à l'autre les puissances qui le menaçaient et à établir entre elles un sage équilibre, où le saint-siège régnerait par la seule force de ses conseils. La première chose était de reconstituer l'ancien domaine de Saint- Pierre, morcelé par César Borgia et par les Vénitiens. Les places de la Romagne furent reprises l'une après l'autre , et l'allié des Français , le duc de Romagne et de Valentinois, alla finir ses jours dans les \ prisons de l'Espagne.