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LIVRE V

LOUIS XII

cette victoire fut le tombeau du jeune héros. Il se jeta au milieu d'une colonne espagnole qui se retirait en bon ordre, et tomba percé de coups (1512). Ainsi, bien différente de l'armée française du Garigliano, cette tenace infanterie triomphait jusque dans ses défaites, et rendait stérile la plus éclatante bravoure. Gaston laissait des soldats sans chef, habitués au pillage et détestés des Italiens. Gènes et Milan fermentaient à la vue de continuels supplices; Brescia venait d'être saccagée pendant sept jours ; quinze mille habitants avaient été massacrés, les autres traités avec une violence inouïe, et l'honnête Bayard avait eu peine à sauver les filles de son hôte. Bien faible est le maître réduit à de tels moyens pour se défendre; les peuples se soulevèrent en masse, et, toujours seul, Bayard se retrouva bientôt à l'arrière- garde d'une armée en fuite.

XXVIII. Pendant ces échecs, Louis XII, méconnaissant le péril, tenait à Pise un concile de prélats français, et parlait de faire déposer Jules II. Son illusion ne fut pas longue : quelques bataillons espagnols, ramenant les Médicis à Florence, dispersèrent ces docteurs schismatiques, et leur apprirent qu'ils ne feraient plus la loi au inonde. Déjà les Suisses descendaient de leurs montagnes, rétablissaient à Milan un fils de Ludovic, et remportaient un brillant succès à Novare (1513). Le pape en personne prenait d'assaut la Mirandole. Gênes se soulevait avec enthousiasme, et, se piquant de manier la lance aussi bien que l'aune, chassait ceux qui naguère avaient insulté son courage , pendu son doge et brûlé ses chartes. La Savoie jurait' de venger ses vieux affronts, et fermait de nouveau ses montagnes. L'Italie était perdue. Le roi n'eut que le temps de rentrer furtivement dans ses États. Ce n'était pas assez de désastres : Ferdinand le Catholique reprit aux d'Albret la Navarre, héritage de sa sœur, et envahit le Languedoc; les Suisses, entrant en Bourgogne, menacèrent Dijon; enfin, voulant prendre part à la curée, Henri VIII débarqua ses Anglais en Picardie , et vint chercher la victoire sur le fatal terrain de Guinegate. La France aux

abois demanda la paix ; il fallut payer les Suisses et les Anglais, laisser Florence aux Médicis, la Mirandole à Jules II, Milan aux Sforza, la moitié de la Navarre aux Espagnols, et renoncer pour longtemps à mettre le pied en Italie : leçon plus sévère encore que celle de Charles VIII.

XXIX. Venise était bien vengée. Jules II était au comble de ses désirs. Par ses soins le saint-siège avait recouvré un domaine temporel indépendant et une puissante influence. L'Italie semblait délivrée des barbares; ses princes déchus étaient relevés. A Naples seulement, Ferdinand le Catholique remplaçait la branche cadette d'Aragon , changement qui pouvait sembler de peu d'importance. En effet, formés par une croisade séculaire, les Espagnols se disaient hautement fils de l'Église et ennemis des infidèles. S'ils prenaient possession de rivages inconnus, c'était en y plantant la croix; et, leur puissance dût-elle croître encore, ne valaient-ils pas mieux que les Français , toujours enclins à opprimer la papauté? Se flattant de contenir et de diriger ces pieux conquérants, le pontife triomphant donnait un élan nouveau aux arts et aux lettres, et faisait de sa cour le lieu le plus brillant de la terre. La chasse, la musique, la lecture occupaient ses loisirs. Arioste, le chantre de la brave et galante chevalerie, était son hôte; Machiavel écrivait pour lui des traités de politique. Le jeune Raphaël , appelé à Rome par le Bramante son oncle , surpassait à quinze ans son maître le Pérugin, et devenait l'architecte, le décorateur, l'immortel peintre du Vatican. Nul dans le passé, nul dans le présent ne lui disputait le premier rang, sinon le Florentin Michel-Ange, l'égal des anciens par ses statues fièrement campées, l'émule de Raphaël dans ses fresques audacieuses et digne continuateur des plans du Bramante.

XXX. Avec de pareils hommes, Jules II voulut laisser à la postérité une œuvre mémorable. Malgré le respect des âmes saintes pour la vieille et vénérable basilique de Saint- Pierre , il résolut de la renverser pour élever à sa place une église dépassant les proportions connues , renfermant avec les reliques

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