‹ Histoire de FranceChapitre 184 sur 339 · LIVRE V — FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

LIVRE V — FRANÇOIS I

les conquérir, et les Espagnols, arrêtés sous les murs de Pavie, lui offraient enfin l'occasion d'une grande et décisive bataille. Les Français avaient l'avantage de la position et d'une puissante artillerie qui battait en brèche les rangs opposés. Le roi perdit tout par son aveugle bravoure. Trouvant qu'il n'était pas digne de vaincre à coups de canon , il paralysa ses pièces en se précipitant devant elles avec sa gendarmerie. Comme à Nicopolis, comme à Poitiers , cette pesante cavalerie ne put entamer des bataillons encore frais. Pendant qu'elle s'épuisait en vains efforts, le reste de l'armée se débanda; de désespoir, la Trémoille et Bonnivet se firent tuer, et, entouré d'ennemis, François I luimême fut contraint de rendre son épée. Du moins voulut-il que ce fût à un Espagnol, et non au traître Bourbon. Le héros vaincu partit prisonnier pour Madrid, nomma sa mère régente du royaume, et lui écrivit que tout était perdu fors l'honneur (1525).

XLIV. En effet, la France était aussi menacée qu'au temps du roi Jean. Les Anglais l'attaquaient au nord, les Allemands à l'est, les Espagnols aux débouchés des Alpes et des Pyrénées. Plus de roi, plus d'armée, et pour souveraine une femme connue par sa funeste légèreté. Au contraire, la puissance de Charles-Quint était alors, dans cet éblouissant éclat dont la fortune se plaît quelquefois à entourer les jeunes souverains. En Amérique, aux intéressantes découvertes de Christophe Colomb succédaient les conquêtes féeriques de Fernand Cortez et de Pizarre ; une poignée d'Espagnols donnaient à leur patrie le Mexique et le Pérou , avec leurs inépuisables mines d'or et d'argent. En Europe , tout courbait la tête devant la nouvelle idole, et Borne même , cet antique sanctuaire de liberté , avait remplacé Léon X par le précepteur de Charles- Quint. Dominateur du monde à la tète d'une armée sans pareille , politique consommé , tenant dans ses mains les fils des événements, l'Empereur touchait au seuil de la monarchie universelle. Mais, à ce moment suprême, quelle tête résiste au vertige? quel homme ne se perd pas par sa propre grandeur? Le Ciel ne laissa pas long-

temps à Charles-Quint le pape de son choix ; un Médicis lui succéda , héritier de la politique indépendante de Jules II et de Léon X. Étonné de le trouver moins docile, le successeur de Charlemagne lui laissa entendre que l'Italie n'était qu'une province de son empire, et, promenant ses troupes de Naples à Milan , il le menaça d'occuper Borne au premier sujet de mécontentement. Evidemment son orgueil devenait plus fort que sa sagesse.

XLV. S'il est des fortunes qui tuent, il y a des adversités qui relèvent. Pendant que l'Italie , toujours prompte à détester l'oppresseur du moment , s'aigrissait contre les Espagnols, qu'elle trouvait durs, méchants et barbares, la France, compromise par son roi, trouvait heureusement assez d'énergie pour se garder elle-même. A côté des Lautrec et des Bonnivet, parvenus luttant de maladresse et d'incapacité ; à côté du fils des Bourbons trahissant son pays , il y avait des familles encore dignes de la confiance publique. A leur tète brillait la maison de Lorraine, qui avait jadis payé de son sang à Crécy et à Poitiers , et à l'ombre de laquelle s'était formé l'honnête Bayard. Bené II , le vainqueur de Charles le Téméraire , avait laissé en mourant sous la tutelle de sa femme douze enfants, encore jeunes, mais pleins d'espérance. La pieuse veuve avait noblement accompli sa mission de mère , et n'était entrée chez les clarisses de Pont-à-Mousson qu'après avoir donné à ses fils et à ses filles une grande et forte éducation. L'aîné devint le duc de Lorraine ; trois autres moururent en Italie au service de François I; un quatrième échappa comme par miracle : c'était Claude de Guise , qui commandait les lansquenets à Marignan. Illustré sur-le-champ par sa bravoure, mais peu aimé de la reine mère, il combattit modestement aux frontières d'Espagne et de Picardie jusqu'au jour où le roi fut prisonnier. Alors, tandis que, jaloux d'imiter Marseille, les habitants des villes préparaient partout une vigoureuse résistance, les gentilshommes accoururent autour de ce jeune capitaine , et le proclamèrent seul capable de sauver la patrie. Ainsi, bien qu'à la veille de tromper Charles-

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