‹ Histoire de FranceChapitre 185 sur 339 · LIVRE V - FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

LIVRE V - FRANÇOIS I

Quint par un mensonge , François I avait raison de dire que le vieil honneur français n'était pas perdu. Ressuscité par Jeanne d'Arc , il vivait encore , sinon à la cour, du moins chez plus d'un bourgeois et chez plus d'un noble de province.

XLVI. Le moment était critique. Profitant de la terreur causée par le désastre de Pavie , Charles-Quint venait de pousser au delà du Rhin quarante mille Allemands , hordes hérétiques qui, sur leur route, pillaient abbayes et châteaux, brûlaient les églises, tuaient les prêtres et soulevaient les paysans. Strasbourg leur ayant livré passage , ils s'étaient rués sur l'Alsace, occupaient Saverne à l'entrée des Vosges, et de là menaçaient la Lorraine, la Bourgogne et la Champagne. Chargé de défendre cette dernière province, le comte de Guise prit sur lui d'aller au-devant du danger. Avec les dix mille hommes qu'il avait sous la main, il rejoignit son frère de Lorraine le premier menacé, et, tous deux munis de la bénédiction de leur vieille mère, ils entrèrent en Alsace, taillèrent en pièces dans la plaine une partie des Allemands , et enlevèrent Saverne à la pointe de l'épée. Quelques débris à peine de cette formidable invasion se cachèrent dans les montagnes, ou repassèrent le Rhin; pour le moment, la France était délivrée. A son retour, Claude fut fêté comme un sauveur. Seule, l'envieuse Louise de Savoie le blâma d'avoir risqué les dernières troupes du royaume; mais, plus juste, François I devait le récompenser en érigeant son comté en duché-pairie et en le nommant définitivement gouverneur de Champagne. Déjà , par son mariage avec Antoinette de Bourbon , petite-fille de Louis XII, Guise était cousin du roi. Outre son duché, il possédait en France Aumale , Mayenne et Joinville , dont ses fils portaient les noms. Sa réputation d'humanité, de grandeur d'âme et de vaillance remplissait l'Europe, et si déjà, en secret , les princes du sang ne voyaient pas sans ombrage la gloire de ce héros, personne n'eût osé tout haut contester son mérite.

XLVII. Cependant le roi s'ennuyait en prison. Fatigué des lenteurs de Charles- Quint, qui mettait à sa liberté un prix exorbitant ,

il finit par tout lui promettre , sauf à ne pas tenir sa parole , et signa l'abandon de la Bourgogne, de l'Artois et de la Flandre (1526). Jadis, pour un reste de rançon , Jean le Bon s'était cru obligé de reprendre ses fers , et saint Louis avait refusé de tromper les Turcs. Les temps étaient changés : les Pyrénées passées , le roi convoqua une assemblée de notables à Cognac, leur fit annuler le traité de Madrid, et déclara , un peu tard, qu'il aimerait mieux abdiquer ou mourir prisonnier que d'amoindrir le royaume. On calma ses scrupules ; on lui fit entendre qu'il avait promis malgré lui, que sa présence était nécessaire. Il se résigna à rester libre , et fit dire à son ennemi que des provinces ne se conquéraient point par des paroles , qu'il n'avait qu'à les venir prendre. Charles-Quint s'attendait à cette réponse, et comptait sur la puissance de ses armes pour châtier son captif parjure. XLVIII. Mais le superbe empereur méritait aussi une leçon, et commençait à lasser la fortune par ses exigences. Jusqu'où n'eût pas été son orgueil le jour où la France, son seul ennemi, eût été accablée? L'Italie souffrant de plus en plus de sa domination , Venise et le saint -siège se déclarèrent ouvertement pour François I. L'hostilité du pape était celle qui froissait le plus Charles-Quint dans ses rêves de monarchie chrétienne universelle. Furieux, il jura de tirer de Clément VII une vengeance exemplaire, et lança sur Rome des bandes allemandes , sœurs , par leur féroce impiété, de celles qui avaient menacé la France. A leur tète marchaient un obscur et farouche aventurier, Frandsberg, et le connétable de Bourbon, ajoutant le sacrilège à la trahison. La foudre céleste les attendait tous deux aux portes de la ville sainte; ils tombèrent frappés, l'un d'un coup d'apoplexie, l'autre d'une pierre à la tête (1527). Privée de ses chefs, la sauvage armée se rua comme une troupe de bêtes affamées sur la vénérable capitale du monde chrétien , pilla sans pudeur ce sanctuaire des arts, si riche en merveilles, et en châtia tout à l'aise le peuple lâche et gangrené. Pendant sept mois, le pape fut le prisonnier et le jouet de ces barbares.

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