‹ Histoire de FranceChapitre 187 sur 339 · LIVRE V — FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

LIVRE V — FRANÇOIS I

torité des prélats et des docteurs, comme jadis la puissance européenne du souverain pontife , s'évanouit entre les mains de ces despotes, du jour où ils voulurent la détourner à leur profit. Non moins funeste aux mœurs qu'au génie , leur patronage inocula au clergé et à l'art chrétien une honteuse dépravation. Des papes trop préoccupés des jouissances et des gloires de la terre accrurent le mal au lieu de l'arrêter. Ce fut en cette extrémité que les peuples, ayant perdu le respect et l'amour de leurs pasteurs, firent appel pour la réforme de la chrétienté , non plus à l'autorité des conciles, mais à celle de prêtres et de moines rebelles, et voulurent comme les rois façonner la religion à leur fantaisie. Ainsi se livrèrent-ils pieds et poings liés aux caprices de quelques hérésiarques, aristocratie intellectuelle pire que la féodale. De même que les violences des grands seigneurs avaient produit la monarchie absolue, de même ce nouveau genre d'excès allait rendre nécessaire le désarmement des esprits et leur soumission complète à l'État. C'était se punir soi-même et accomplir le mal que l'on se flattait d'éviter. Mais, en réalité , l'épouse de Jésus-Christ, l'Eglise catholique, apostolique et romaine ne pouvait rester plus longtemps l'alliée des vices païens; il fallait à ce siècle perverti ou une doctrine plus relâchée en harmonie avec ses mœurs, ou une doctrine plus sévère exigeant par la force les vertus que la liberté ne produisait plus. Ainsi de l'hérésie des cœurs naissait forcément l'hérésie des esprits.

LU. La révolution commença en Allemagne, au milieu de jeunes et florissantes universités, auxquelles l'imprimerie prêtait sa puissance merveilleuse. Charles- Quint avait aigri ce fier Empire en y introduisant , comme en pays conquis , ses Flamands et ses Espagnols; la cour de Rome n'y apparaissait plus aux esprits que comme l'instrument de la domination étrangère. Une querelle de moines fut la goutte d'eau qui fit déborder l'indignation générale. Léon X ayant fait réclamer des offrandes et promettre des indulgences pour la construction de Saint-Pierre, les augustins en voulurent aux dominicains favorisés de

cette mission ; un des leurs , Martin Luther, fut chargé de satisfaire leur jalousie, et leva sous ce prétexte le drapeau de l'hérésie. Jeté dans le cloître par la terreur de Dieu plus que par son amour, cet orgueilleux n'avait pas trouvé la paix dans les jeûnes et les macérations où son zèle inquiet aimait à surpasser les autres. Après avoir essayé de vaincre Dieu par sa vertu, il osa se vanter d'y être parvenu, reconnut le vide de ses œuvres que la charité ne vivifiait point, et y renonça comme superflues. Puis , appliquant aux autres cet argument auquel les misères du temps ne donnaient que trop de prise , il attaqua successivement les dominicains, les indulgences, la confession, le saint sacrifice de la messe, l'autorité des évêques et le célibat des prêtres (1517).

LUI. Flattant toutes les passions et leur lâchant la bride, l'audacieux apostat eut bientôt pour lui Charles -Quint, bien aise de l'opposer au pape , les grands avides des biens de l'Église et ennemis de son inflexible morale, la multitude entraînée en partie par l'appât d'abbayes et de trésors à piller, en partie par les vagues espérances que donne la nouveauté. De là étaient sorties ces deux hordes furibondes , déchaînées l'une contre la France, l'autre contre Rome. Rientôt les hérétiques s'en prirent aux châteaux , aux seigneurs, à l'Empereur lui-même. Il fallut s'arrêter sur cette pente dangereuse. Luther, qui avait encouragé les soulèvements populaires, n'eut pas honte d'approuver le massacre des paysans rebelles. Pour mettre un frein à l'anarchie des opinions, il ne recula point devant la plus criante inconséquence, et imposa aux consciences, que la veille il prétendait affranchir de toute autorité , le joug d'une confession, rédigée à Augsbourg en compagnie de quelques disciples fidèles. L'infaillibilité du moine renégat ne pouvait séduire que les âmes aveuglées par la passion ou par l'intérêt. Mais leur nombre grossissait tous les jours. Charles-Quint, qui avait longtemps dédaigné le péril, fut obligé d'abandonner la conquête de la France et de tourner ses armes contre l'hérésie. Déjà il n'était plus de force à l'étouffer. Transigeant avec elle ,

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