‹ Histoire de FranceChapitre 189 sur 339 · LV. Ces défections consommées, il ne resta · texte numérisé non relu

LV. Ces défections consommées, il ne resta

au saint -siège que l'Espagne et l'Autriche qui menaçaient son indépendance, l'Italie envahie, opprimée par l'étranger, enfin la France tout occupée de plaisir et se jouant des choses les plus saintes. Ainsi, en quelques années, deux pontifes de la famille des Médicis virent la plus jeune partie de l'Europe secouer leur autorité, tandis que l'autre restait gangrenée par des vices élégants et raffinés. La chasteté des prêtres et la sainteté du mariage, fruit de plusieurs siècles de combats, étaient d'un côté hautement abolies, de l'autre secrètement foulées aux pieds. Tant il est vrai que pour la défense de l' Et; lise l'éclat des lettres et des arts ne remplace pas l'éloquence de la vertu !

LVI. Au milieu de cette tempête, François I, ne croyant pas qu'elle pût l'atteindre, jouissait des embarras suscités à Charles- Quint et à son allié Clément VII. Par ses ambassadeurs, il félicitait les princes protestants d'Allemagne; par ses universités, il faisait approuver la rébellion du roi d'Angleterre; pour lui, moins sérieux et moins féroce dans ses passions que le sauvage Henri VIII , incapable de soutenir dans ses Etats le rôle de grand pontife et ne cherchant pas à abriter ses faiblesses sous le voile du mariage , il restait catholique à condition que l'Église fermât les yeux sur sa conduite. Le concordat lui suffisait. Autour de lui un clergé facile et dévoué conciliait également un reste de devoir avec le luxe et les plaisirs du jour. Évêques et abbés dépensaient leurs revenus en châteaux , jardins , équipages, passaient à la cour les trois quarts de l'année , et se disputaient humblement les faveurs du roi.

Tandis que l'Allemagne proscrivait jusqu'aux arts en haine de l'Italie, la France, au contraire, se sentait de plus en plus attirée par les charmes de ce beau pays. François I faisait venir de Florence le peintre André del Sarto et le sculpteur Benvenuto Cellini : Bologne lui envoyait le Primatice pour embellir les galeries et les jardins de Fontainebleau , et pour construire, non loin de la Loire, le château de Chambord. Ce dernier édifice, délicieuse forêt de tours et de tourelles, surpassait encore les merveilles que le nouveau con-

Page 1