LIVRE V — FRANÇOIS I
hérétiques, prononce nettement leur condamnation , fixe tous les points mis en doute du dogme catholique et rappelle le clergé au zèle, à la chasteté, à la discipline austère du passé.
LXXII. Pendant que s'accomplissait, par les faits encore plus que par les paroles, cette sincère et pieuse réforme, en dépit de ses inquisiteurs ennemis de toute innovation, l'Espagne y prenait sa part. Sainte Thérèse et saint Jean de la Croix allaient lui donner ses carmélites et ses carmes, sublimes contemplatifs ; saint Jean de Dieu, ses frères pour le soin des malades. En attendant, elle produisait saint Ignace de Loyola. Blessé à la défense de Pampelune et converti par les souffrances, ce jeune et brave officier déposa ses armes aux pieds d'une madone, fit le pèlerinage de Jérusalem, et ne songea plus qu'au service de Dieu. Traqué, emprisonné par l'inquisition, il demanda asile à une terre moins soupçonneuse et plus hospitalière, et vint étudier la théologie à Paris dans une cellule du collège Sainte-Barbe. Dans la même cité où les hérétiques étalaient librement leurs audacieuses doctrines, il concevait contre eux le plan d'une milice religieuse , combattant par la parole et non par le glaive, et opposant aux ennemis de l'Eglise la charité plus forte encore que la science, la douceur mère de la persuasion , la pureté de mœurs et la pauvreté sources inépuisables de respect et d'amour. Conservant le génie de cette brave armée espagnole où il avait fait ses premières armes, il nomma son ordre la Compagnie de Jésus ; à la bravoure fougueuse des moines mendiants il substitua le courage persévérant et discipliné des. jésuites, et par lui l'Église, à côté de ses chevaliers, eut en quelque sorte son infanterie régulière. •
LXXIII. Formée d'abord de quelques amis intimes d'Espagne, de France et de Savoie, la petite compagnie alla un jour à Montmartre vouer à Dieu son sang et sa vie. De là elle se mit en route pour commencer la conquête des âmes, traversa les Alpes, servit en passant les pauvres malades dans les hôpitaux de Venise, déposa aux pieds du pape un vœu d'obéissance absolue, et, désormais consa-
crée, envahit le monde avec une merveilleuse rapidité. Seule la France , qui avait abrité l'ordre naissant, craignit qu'une fois puissants ces fils de l'Espagne ne servissent les intérêts et la domination de leur patrie ; elle ne les reçut qu'avec hésitation et méfiance. Cependant, tandis que les uns fondaient des collèges auprès des universités, et donnaient gratuitement à la 'jeunesse une forte et saine éducation, d'autres évangélisaient les campagnes, relevaient les vertus du clergé séculier, et disputaient vaillamment les peuples à l'hérésie ; d'autres enfin passaient les mers, et reprenaient auprès des infidèles la prédication longtemps interrompue de l'Évangile. A leur tète, saint François Xavier, de Pampelune, remuait de sa parole l'Inde portugaise, pénétrait jusque dans les îles perdues à l'extrémité du monde, convertissait la moitié du Japon, et, apôtre insatiable , mourait en rêvant la conquête de la Chine.
LXXIV. Ainsi , en face du réveil des instincts païens, décoré du nom pompeux de Benaissance, l'Église renaissait aussi sous les coups de l'adversité, plus vivace , plus active et plus brillante encore qu'au sortir du grand schisme d'Occident. Dépouillé de ses branches mortes par l'orage, l'arbre se parait de pousses fraîches et verdoyantes ; et, chose merveilleuse , la sève chrétienne jaillissait comme jadis, non chez les jeunes tribus de Germanie, mais sur le sol usé d'une vieille civilisation, au foyer corrompu et corrupteur de la fortune, de la science et des arts. Furieuses de cet éclat inattendu, les sectes réformées s'unirent contre l'ennemi commun , renièrent l'autorité du concile qu'elles avaient réclamé, et firent tout pour en venir à une guerre ouverte. La France, qui affectait de protéger impartialement les deux partis , allait leur servir de principal champ de bataille. En relations avec les hérétiques de Hollande et d'Allemagne, les calvinistes du royaume devenaient chaque jour plus audacieux , provoquaient la colère publique par des outrages aux églises ou au saint Sacrement ; les ingrats parlaient même de piller le Louvre. Lassé dans sa patience ,
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