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LIVRE V

HENRI II

posant des places, des honneurs, des biens de la couronne et des bénéfices ecclésiastiques. Faible et indolent, absorbé par ses jouissances, où il surpassait, s'il était possible, le cynisme de son père, Henri II ne demandait pas mieux que de se laisser mener par ses amis entreprenants, et leur abandonnait tout le soin des affaires. L'entraînement des fêtes , le cumul des dignités et des richesses, et les dangers d'une faveur sans limites, les eussent bientôt amollis comme tant d'autres , si Charles-Quint ne s'était chargé d'occuper leur courage et d'exercer leur vigueur.

LXXIX. Tandis qu'en France la paix se passait en plaisirs de jeunes gens, et laissait aux calvinistes la liberté de propager à l'aise leurs doctrines, le vieil Empereur l'avait employée à étouffer en Allemagne les progrès audacieux de la Réforme, et à dompter les princes du Nord devenus assez forts pour mettre sa souveraineté en péril. La victoire décisive de Mùhlberg lui avait permis de frapper un grand coup et de dépouiller l'électeur de Saxe , chef des rebelles. Menacés dans leurs rêves d'ambition et d'indépendance, les vaincus s'adressèrent à la France ; ils proposèrent à Henri II le titre de vicaire de l'Empire avec la possession de Strasbourg, de Cambrai et des Trois-Évèchés, Metz, Toul et Verdun. En vain le connétable de Montmorency, auquel son âge faisait désirer le repos, rappela au roi que les protestants avaient plus d'une fois abusé son père par de semblables promesses, uniquement pour décharger sur lui la colère de Charles-Quint et pour faire à ses dépens une paix avantageuse. Par tempérament et par amour de la gloire, les jeunes Guises désiraient la guerre. Comment rejeter l'occasion de se venger d'un ennemi perfide et insatiable, et d'immortaliser ce règne par la conquête de la ligne du Rhin ? Entraîné par cette perspective, Henri II traita avec les princes d'Allemagne, et renoua les relations de François I avec le sultan Soliman.

LXXX. Le rendez-vous de l'armée française fut fixé à Joinville même, pour le printemps suivant. La campagne commença par

l'occupation de Toul et de Metz, qui ouvrirent leurs portes sans résistance. En quelques jours, Henri II arriva sur le Rhin. Après un peu d'hésitation, Haguenau et Wissembourg se rendirent aussi; Spire et Strasbourg furent moins confiants pour le prétendu vicaire de l'Empire, et lui montrèrent les dents. En même temps, fidèles à leur politique, les princes protestants lui annoncèrent que, l'Empereur leur ayant accordé la liberté religieuse , ils venaient de traiter avec lui à Passau. Rien plus, le fondateur de la Prusse, le grand maître des chevaliers teutoniques, Albert de Rr.indebourg, espérait des conditions encore meilleures en trahissant ouvertement, et rôdait en Lorraine, épiant le moment de regagner les faveurs de l'Empereur en accablant ses propres alliés. Apprenant ainsi ce que coûte de se fier à des gens sans foi, les Français se virent réduits à s'en tirer comme ils le pourraient, et précisément exposés au péril qu'ils avaient cru éviter, celui d'avoir seuls sur les bras les forces de Charles- Quint. Pendant que l'Empereur lâchait tout en Allemagne pour écraser la France, et accourait furieux reprendre les Trois- Evêchés, Henri II, maudissant ses alliés infidèles, quittait prudemment l'Alsace, laissait François de Guise pour défendre Metz, et retournait à ses plaisirs de Paris.

LXXXI. Metz va être investi par cent mille fantassins , vingt-trois mille chevaux , sept mille pionniers et cent vingt pièces de canon, force inouïe pour l'époque. A la hauteur de sa tâche, Guise ne perd pas un jour. Pendant que les hommes achèvent la moisson et les vendanges, il emploie femmes et enfants à réparer les vieilles murailles, achète à ses frais du blé, des vins, des bestiaux, dresse l'inventaire des vivres et des munitions, ravage les environs de la place, rase les faubourgs, renvoie les bouches inutiles, prépare des hôpitaux, et instruit ses recrues. De toutes parts accourent des gentilshommes, prêts, sous un tel chef, à servir comme simples volontaires. Les Impériaux paraissent enfin, mais assez tard, vers la fin d'octobre. A leur approche, Albert de Brandebourg enlève un détachement français , et passe sous

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