LIVRE V — FRANÇOIS II
tion par leurs femmes , moins timides et plus entreprenantes qu'eux. Avec cet appui, les réformés devinrent hardis , se réunirent au Pré-aux-Clercs par milliers, et traversèrent en procession le faubourg Saint-Germain.
XCII. Une seconde fois la royauté se voyait provoquée par des novateurs qui aspiraient non seulement à la liberté de leur culte, mais au gouvernement même de l'État. Comme son père, Henri II s'irrita de cette audace, et somma le parlement d'exécuter les vieilles lois du royaume contre les hérétiques. Destinée jadis aux sectaires farouches qui foulaient aux pieds toute morale, dans un temps où l'Eglise, gouvernée par des saints, soutenait la société de ses vertus, cette procédure dangereuse s'était de bonne heure discréditée en immolant à ses haines criminelles Boniface VIII, les templiers, Jeanne d'Arc et une foule d'innocents moins illustres. Le même bûcher était-il applicable aux nombreux et puissants partisans de la Réforme, alors que le clergé s'avilissait par le luxe ou l'ambition de ses membres, et que le roi ne cherchait, sous le voile de la piété , que l'impunité de ses désordres? Secrètement touché de ces raisons, le parlement hésitait à ordonner des supplices. Henri II passa outre, fit arrêter cinq conseillers suspects d'hérésie et instruire leur procès. Non content d'adopter ouvertement le système espagnol, il cimenta sa paix avec Philippe II en lui donnant la main de sa propre fille. A l'occasion de ce mariage , des fêtes brillantes réjouirent les Parisiens. Pendant que quelques huguenots étaient solennellement brûlés sur la place de l'Estrapade , le- roi, malgré de sinistres pressentiments, s'obstina à prendre part au tournoi. Une lance se brisa sur sa cuirasse, et vint lui crever l'œil. La blessure fut mortelle. Ainsi chaque fois que les rois entraient dans la voie des rigueurs, une sorte de fatalité brisait leur vie, comme si la Providence eût voulu, dans ce grand débat, laisser la France livrée à elle-même et empêcher que le pouvoir absolu ne décidât de son sort.
XCIII. Cette mort avait plus d'une analogie avec celle de Philippe le Bel. Comme lui. Henri II laissait trois fils, maigres et chétifs,
portant la peine de ses fautes et destinés, après de misérables règnes, à céder le trône à une autre race. Sa femme , Catherine de Médicis, devait surpasser la cruelle Jeanne de Navarre ; sa fille Marguerite était un type de légèreté. En présence de cette famille usée s'élevait une vaste révolte non plus contre les papes , mais contre la foi et la hiérarchie chrétiennes tout entières, mises en péril par les vices des grands. Librement déchaîné, un pareil orage menaçait la société d'une profonde anarchie.
XCIV. Henri II mort, le duc de Guise et le cardinal son frère, qui se tenaient à l'écart depuis la paix, reparurent à la cour, se proclamèrent envers et contre tous les défenseurs du jeune François II , et amenèrent euxmêmes au Louvre le roi, dont leur nièce, Marie Stuart, possédait le cœur (1559). Le pouvoir de ces deux hommes, qui avaient fait leurs preuves, l'un contre les ennemis du dehors, l'autre dans les luttes théologiques et dans la réforme de son diocèse, semblait promettre au pays la direction ferme et clairvoyante que réclamaient les circonstances. En effet, la vieille Diane de Poitiers fut chassée de la cour, dont elle rappelait les hontes ; les donations du prodigue Henri II furent révoquées , l'armée réduite : mesures nécessaires pour ramener l'ordre dans les finances. Mais il est des jours où les choses les plus sages aigrissent les esprits, et où la modération impuissante et décriée succombe sans éviter le choc des partis. Par leur économie , les Guises ne firent que des mécontents, et grossirent à vue d'œil le parti calviniste des princes du sang et de Coligny. Vainement leur cœur, inaccessible à la crainte, répugnait à embrasser le système et l'alliance espagnols, et à se jeter dans les bras d'un ennemi perfide. Ils allaient y être fatalement conduits par la force des événements et par la violence de leurs adversaires.
XCV. Au milieu d'une grêle d'affiches , de libelles, de pamphlets, que, dans son dédain, le pouvoir laissait se propager avec une liberté sans limites, le procès commencé contre les conseillers du parlement continuait son cours. Les huguenots assassinèrent un de?