‹ Histoire de FranceChapitre 204 sur 339 · LIVRE V — FRANÇOIS II · texte numérisé non relu

LIVRE V — FRANÇOIS II

juges pour intimider les autres, et menacèrent de se soulever pour délivrer les accusés. Cette attitude était un arrêt de mort pour les prisonniers ; l'un d'eux fut condamné et exécuté. Pour le venger, les meurtres recommencent, se propagent en province; des complots se trament sur une vaste échelle ; excités par les prédicanls de Genève, les conjurés invoquent sans scrupule l'intervention des réformés allemands et anglais, et aspirent ouvertement à détruire le royaume s'ils ne peuvent s'en emparer. Une consultation de théologiens autorise les princes du sang à enlever le roi à main armée et à changer le gouvernement, sinon à morceler la France en cantons comme la Suisse. La mort de Marie d'Angleterre, remplacée par son hérétique sœur Elisabeth, donne en ce moment aux rebelles une puissante alliée. Plus vivace encore dans un cœur de femme, l'âpre orgueil de Calvin anime cette reine méchante et dominatrice. Née du divorce de Henri VIII, elle ne peut pardonner aux catholiques de lui reprocher sa naissance illégitime et de lui opposer les droits des Stuarts d'Ecosse , qui sont pourtant ses seuls héritiers. De là sa haine jalouse contre Marie Stuart et ses oncles les Guises. De là son dévouement aux entreprises des huguenots. Elle leur envoie de l'argent, des munitions, e.t leur promet une armée. Il ne s'agissait donc plus seulement d'une question de conscience, mais d'une révolution politique entreprise avec l'appui de l'étranger.

XCVI. Ainsi, bien que l'Europe, partagée en royaumes d'âge et de tempérament différents, n'ait pas donné prise à une hérésie unique comme celle d'Arius, les sectes les plus diverses se réunissaient dans leur haine contre l'Église, et faisaient cause commune pour arriver au pouvoir. Intolérantes comme toute œuvre humaine qui ne peut ni compter sur l'assistance divine ni souffrir la discussion, elles savaient néanmoins s'entendre pour parvenir à leur but et pour créer partout, à l'exemple de Calvin et de Henri VIII, des églises nationales , appropriées au génie particulier de chaque peuple, flattant ses passions , intimement unies à son gouvernement et associant le despotisme politique à la

tyrannie spirituelle. Sentant qu'elle ne vivrait qu'à ce prix, la Réforme se montrait peu soucieuse de la liberté qu'elle avait promise à ses partisans et de la singulière diversité de croyances qu'elle leur imposait. Quant aux princes qui refusaient d'être ses complices dans ses plans de domination, elle se préparait à leur déclarer une guerre implacable.

XCVII. De leur côté, les Guises, aussi bien qu'Henri II et que François I, commençaient à voir qu'il faudrait ou vaincre l'hérésie ou pactiser avec elle , mais qu'il n'était pas possible de rester indifférent à ses progrès. Car comment la royauté, qui avait travaillé sans relâche à asservir le clergé , et qui avait secoué la direction politique d'une religion immuable, universelle, dévouée depuis des siècles aux intérêts spirituels du monde , aurait -elle pu souffrir l'indépendance d'une secte menaçante , éclose de quelques cerveaux novateurs, instrument commode de tous les ambitieux? Or, si le frivole François I avait pu songer parfois à se mettre contre Charles-Quint à la tète des réformés, les Guises, par leur père Claude destructeur des bandes luthériennes, par leur pieuse mère et leur sainte aïeule vouées tout entières aux bonnes œuvres, enfin, par leurs convictions ardentes et profondes, étaient inviolablement liés à la foi catholique.

XCVI II. Telle était la disposition des esprits, quand les calvinistes tentèrent l'enlèvement du roi. Dans sa prudence , François de Guise l'avait conduit à Amboise, château facile à garder, et, par un heureux stratagème, il y avait mandé Condé et Coligny, chefs certains , mais non avoués du complot. Les bois voisins se remplissant de conjurés , il prévint leur attaque par une vigoureuse reconnaissance. Un faussaire auquel il avait sauvé la vie, Laforèt, commandait les huguenots, et périt les armes à la main. Le lendemain, ses complices, déconcertés et mal dirigés, attaquèrent Amboise sans succès. Les soldats du roi les taillèrent en pièces, les brûlèrent dans les maisons des faubourgs , ou les pendirent aux arbres des environs (1500). Modéré dans ses victoires, surtout pour ceux qui s'étaient bien battus, Guise lit accorder

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