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LIVRE V — CHARLES IX

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une amnistie à ceux qui rentreraient dans le devoir, se porta lui-même garant de la fidélité du prince de Condé, et, en réponse aux libelles qui l'accusaient d'aspirer à la couronne, convoqua à Fontainebleau une assemblée de notables pour discuter les giïefs des rebelles et les actes du gouvernement.

XCIX. Peu reconnaissants de ces égards, les huguenots ne cherchaient qu'à réparer leur défaite. Le Languedoc, le Poitou et le Dauphiné étaient inondés de prédicateurs attisant le feu de la guerre civile , et de mauvais livres arrivant par charges de mulets. Condé trouva moyen de réunir sept mille hommes en Gascogne. Bientôt il alla jusqu'à tenter un coup de main sur Lyon , pendant que la reine Elisabeth lui promettait de faire une descente en Normandie. Arrivé à ce point d'audace et bien près d'égaler le criminel Jean Sans-Peur, le prince n'osait pourtant pas encore jeter entièrement le masque. Mandé à la cour, il se fia à son étoile, et vint au jour dit. 11 fut reçu froidement, arrêté, jugé, condamné à mort. L'exécution était fixée au 10 décembre. François II mourut le 5 (1560). C'était le troisième roi qui semblait payer de sa vie un acte de rigueur. Les huguenots signalèrent hautement cette marque de protection divine.

C. A un monarque de dix-sept ans en succédait un de dix (1560). Par un coup d'État facile, François de Guise aurait pu s'emparer de la régence et continuer son pouvoir. Incapable d'une action intéressée, il laissa Condé sortir de prison, et, malgré son frère le cardinal, il remit les rênes de l'État à la mère de Charles IX, à l'Italienne Catherine de Médicis. Contraint par les événements d'en venir à des moyens qui lui répugnaient, il n'était pas fâché de laisser faire à d'autres l'essai de la douceur et de la réconciliation. Pour lui , retiré à Joinville et bien convaincu désormais que rien ne désarmerait les ennemis de l'Église , il se tenait prêt à monter à cheval quand il y irait de l'honneur de Dieu, à servir la reine si elle l'appelait au secours des catholiques, à la combattre si elle penchait vers l'hérésie, à mourir enfin, s'il le fallait, pour la foi de ses pères. Quant à la belle Ma-

rie Stuart , elle avait trop excité la jalousie de la reine mère pour demeurer en sa présence ; elle quitta toute triste son cher pays de France, et reprit la route de l'Ecosse, où l'attendaient de grandes infortunes.

CI. La nouvelle régente avait vécu dans l'ombre depuis le jour où son oncle le pape Clément VII l'avait amenée en grande pompe à Marseille. Aimable, spirituelle, élégante, elle n'avait pu fixer le cœur du volage Henri II, ni balancer dans celui de son fils François l'ascendant de Marie Stuart. Ainsi déçue dans son ambition d'épouse et de mère, et peu à peu durcie a l'indifférence des siens , elle s'était nourrie de l'espoir d'un rôle politique, triste consolation pour qui n'a su se faire aimer. Bientôt, à voir cette femme au teint olivâtre courir le cerf ou tenir des banquets, il sembla qu'elle n'eût rien conservé de la faiblesse de son sexe. Profondément intelligente, amie des arts , digne fille de Laurent le Magnifique, elle parut un instant capable, tout en soutenant l'éclat de la cour de François I, de donner aux affaires une direction plus sage et plus forte. Par ses soins, Birague, appliquant le premier à la France les idées économiques conçues en Italie et favorisant l'industrie nationale au lieu de la pressurer, remplaça les droits sur la sortie des marchandises par un impôt protecteur sur l'entrée des produits étrangers, et une créature des Guises, le chancelier de l'Hôpital, prépara la célèbre ordonnance de Moulins, qui devait mettre le domaine royal à l'abri de la rapacité des courtisans et faire faire à tout le royaume un grand pas vers l'unité de justice. La magistrature secondait la réforme de la jurisprudence par des travaux éminents ; c'était le temps des Dumoulin, des Cujas, des Pasquier.

CIL Cependant la lutte religieuse, qui grandissait tous les jours, ne laissait guère de loisirs pour ces paisibles entreprises, et mettait à une épreuve plus difficile le caractère du chef de l'État. Là, Catherine se retrouvait femme, et perdait son apparente énergie. Catholique de naissance plus que de conviction, méfiante, dissimulée, flottant sanscesse entre les partis pour soutenir les plus faibles,

Le Pré— aux— Clercs.

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