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LIVRE V

CHAULES IX

prêtant l'oreille aux soupçons les plus monstrueux et capable de tout ce que la peur peut inspirer de cruel et de sanguinaire, elle avait le génie raffiné de Machiavel et la sceptique lâcheté de l'Italie des Médicis avant l'aurore de la renaissance chrétienne. Elle commença par accorder aux huguenots le droit de réunion et la liberté de leur culte. Ils en profitèrent pour suivre avec plus d'activité que jamais l'exécution de leurs vastes desseins. De leur côté , les catholiques se tenaient sur une inquiète et forte défensive. Chacun comptant sur la reine, son indécision seule suffisait à maintenir encore quelque temps l'équilibre des partis que le brave Guise avait désespéré de réconcilier ; mais de cette trêve momentanée il y avait loin à la paix des cœurs et à la tolérance rêvée par l'honnête l'Hôpital. Deux années se passèrent ainsi en hésitations, en faiblesses, en concessions aux réformés , qui devenaient chaque jour plus exigeants, en colloques inutiles avec des prédicants bien résolus à ne pas se laisser convaincre. Affiches, écrits, pamphlets se croisaient avec une incroyable profusion, grâce à l'imprimerie. Pendant que les esprits s'envenimaient, Catherine s'appuyait tantôt sur Condé et Coligny, qui l'effrayaient bientôt de leur audace et de leurs prétentions exorbitantes ; tantôt sur Guise, que Paris applaudissait avec frénésie et qu'elle s'empressait alors de renvoyer à Joinville. En reculant devant le péril, elle ne faisait que l'accroître ; à la fin, il fallut le voir en face.

CIII. Condé, toujours en relations avec les réformés étrangers, réunit des troupes, et menace d'enlever le roi à Fontainebleau. Épouvantés, les catholiques les moins chauds se rapprochent; Montmorency et le. roi de Navarre lui-même déclarent qu'il n'y a de salut qu'avec François de Guise. La reine se décide à le rappeler. Au premier signal, il part de Joinville avec deux cents chevaux. Sur sa route et presque à sa porte, à Vassy, les huguenots avaient établi un prêche qui ne lui ménageait depuis longtemps ni avanies ni insultes. En passant, il leur demande compte de cette conduite ; ils lui répondent par des injures, par des menaces, et un coup

de pierre déchire sa joue. A la vue de son sang, les siens, furieux et ne connaissant plus sa voix, tirent l'épée, cernent les hérétiques dans une grange, en tuent soixante, et en blessent deux cents (1562). Guise poursuit sa roule, attristé par ce massacre, triste présage de la guerre civile. Son escorte se grossit , et c'est à la tête de deux mille cavaliers que, faisant son entrée dans la capitale, il salue militairement le prince de Condé revenant du prêche aveccinq cents gentilshommes. La ville entière acclame le vainqueur de Metz et de Calais, fièrement campé sur son cheval de bataille, en pourpoint cramoisi, en manteau et toque de velours noir. Encouragés par sa présence, vingt-quatre mille bourgeois s'arment et s'exercent spontanément, ce qui ne s'est pas vu depuis Charles VI. Le roi, ramené à temps, est en parfaite sûreté au milieu d'eux.

CIV. Prévenu dans ses projets, Condé se retire sur la Loire, et s'établit à Orléans. Là, ressuscitant les prétentions des grandes villes, il établit un gouvernement fédéral , auquel se rattachent Blois, Tours, Lyon. Rouen, etc. Piéclamées au nom de la tolérance , les adhésions sont partout extorquées par des minorités violentes, accompagnées du pillage des églises et des tombeaux, et, chose encore plus triste, Condé invoque le secours des Suisses, des Allemands, livre aux Anglais Dieppe et le Havre, et promet de leur rendre leur cher port de Calais. Mais le grand capitaine qui les en a chassés est là pour défendre sa conquête. Maître de Blois et de Bourges, et sur le point d'investir Orléans, il vole sur-le-champ au-devant des étrangers qui envahissent la Normandie, et investit Rouen, qui, cette fois, les a sans pudeur appelés dans ses murs. Le siège est long, les assauts donnés et repoussés avec acharnement ; un assassin essaye de tuer le duc de Guise ; en combattant à ses côtés, le roi de Navarre reçoit une blessure mortelle à l'épaule ; enfin la ville est emportée et pillée , malgré la promesse que le général a exigée de ses troupes. Toutefois, touché du courage des assiégés, il sauve leur vie, et les garantit contre toute poursuite judiciaire (1562).

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