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LIVRE V

CHARLES IX

Poitiers. La ville eût été livrée à elle-même sans le jeune Guise, qui, désireux de venger son père, s'y jeta avec son frère Mayenne. Coligny était à leurs yeux celui qui avait payé l'assassin ; ils brûlaient de le rencontrer sur un champ de bataille. Ces jeunes guerriers, maniant de leurs mains la pelle et la hotte, réparant chaque nuit les désastres de la journée, repoussèrent trois assauts, et firent lever le siège au bout de deux mois. Leur succès fut complété par la victoire de Montcontour (1569).

CX. Lasse de ces guerres où les catholiques triomphaient toujours, et effrayée des succès des Espagnols dans les Pays-Bas, Catherine de Médicis espéra désarmer à jamais les exigences des réformés en leur accordant, non seulement liberté entière de leur culte , mais encore, chose incroyable, quatre places fortes importantes, la Rochelle, Montauban, Cognac et la Charité. Telle fut la paix de Saint- Germain -en-Laye, nouveau triomphe pour les huguenots rebelles qui mettaient l'Etat en péril, nouvel échec pour les catholiques qui le soutenaient de leur courageux dévouement (1570). Ces deux courtes guerres et la trahison, plus meurtrière que les batailles, avaient moissonné les chefs des deux partis. Sauf le vieux Coligny, réservé pour un autre drame , il ne restait que des jeunes gens sans expérience, les Guises, le petit roi de Navarre et le nouveau prince de Condé. Catherine les appela tous à la cour, et les reçut avec force caresses, résolue désormais de décider les choses non plus par le hasard des combats , mais par l'invisible puissance de la ruse. La mort du grand François lui avait servi de leçon; pour l'en débarrasser, un coup de pistolet avait fait plus que vingt campagnes. Il n'en faudrait pas davantage pour venir à bout des autres chefs.

CXI. Quoique bien jeune encore, Henri de Guise, par l'exemple de ses pères et par son caractère ardent, semblait destiné à jouer un grand rôle et à être l'âme du parti catholique. Le duc d'Anjou, jaloux de ses exploits, se chargea de le perdre. Il lui facilita des entrevues avec sa sœur Marguerite, et lui fit espérer la main de cette légère et séduisante

princesse. Guise donna dans le piège, ne voyant pas qu'on se garderait d'un mariage qui doublerait sa puissance. Tout à coup d'Anjou ébruita leur amitié. Dans son caractère irritable, Charles IX voulait d'abord faire périr le coupable ; le chef des catholiques n'échappa au danger qu'en épousant à la hâte une veuve protestante : tant dans cette jeune tête la politique l'emportait déjà sur la religion ! Quant à Marguerite, elle était destinée à enchaîner un ennemi jugé moins dangereux, le jeune roi de Navarre Henri , qui , avec le nouveau prince de Condé, formait la tète du parti réformé.

CXII. Cependant, plus ardent que cesjeunes gens , le vieux Coligny se faisait illusion sur les caresses de la cour, et sur l'amitié volage de Charles IX; il se croyait à la veille de tenir le pouvoir, formait de beaux plans prématurés contre l'Espagne, et demandait impérieusement des secours pour les réformés des Pays-Bas. C'était prendre un ton trop haut. Catherine le lui fit savoir par deux balles qu'il reçut en revenant du Louvre. Comme il n'était que blessé, elle vint le voir avec ses fils, rejeta le crime sur les Guises, et accabla l'infortuné de tendresses, en attendant qu'elle pût l'achever. Les huguenots ne s'y laissent pas prendre, et, sachant d'où vient le coup, ils s'arment pour venger leur chef. Jusqu'où n"ira pas leur exaspération? Il faut à tout prix les prévenir. Dans son épouvante, Catherine conçoit le projet de les égorger tous. Après une heure et demie de lutte, elle étouffe les scrupules et arrache l'assentiment du faible Charles IX. Elle fait venir le prévôt des marchants , lui ordonne de fermer les portes de la ville et de faire veiller les bourgeois en armes dans leurs quartiers. Puis elle offre au jeune Henri de Guise le commandement de ses troupes pour la nuit qui va venir. Incapable de sonder les replis de cette politique diabolique, Henri n'est pas assez grand pour refuser l'occasion d'une misérable vengeance. Il accepte, dans une seule pensée, celle de tuer Coligny, cet odieux rival de son père, dont il n'a pu obtenir ni duel ni justice. Le jour de la Saint-Barthélémy, à trois heures de la nuit, au son du tocsin, il sort du Louvre,

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