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LIVRE V

CHARLES IX

et entre chez son ennemi, qui, surpris clans son sommeil, tombe percé de mille coups. Le cadavre est précipité par une fenêtre; Guise le reconnaît à la lueur des torches; c'est bien lui; son père est vengé. Satisfait, il rentre dans son hôtel, laisse les ordres de Catherine s'exécuter, et, redevenu plus digne de ses aïeux , donne asile chez lui à des femmes , à des enfants, à plus de cent gentilshommes réformés, que poursuivent les bourreaux. En effet, dans tout Paris la multitude déchaînée se ruait sans pitié sur les hérétiques désignés à sa colère. Au nom du roi , elle enfonçait leurs portes, égorgeait des familles entières, et dépouillait jusqu'aux morts. Au Louvre, ce massacre avait été froidement organisé ; le prince de Condé et le roi de Navarre y furent épargnés à condition qu'ils iraient à la messe; ils virent leurs propres lits inondés du sang de leurs serviteurs. Le carnage dura deux jours , et fit au moins deux mille victimes (1572). Propagé en province par des ordres secrets , il ne trouva que trop d'instruments jaloux d'imiter Paris. Pourtant, çà et là, de moins lâches gouverneurs refusèrent noblement d'en partager la triste gloire.

CXIII. Un moment étourdi par la menace d'un péril imaginaire, Charles IX, au récit de cette tuerie , fut frappé d'une morne stupeur. Pendant ses nuits sans sommeil, les cadavres des victimes lui apparaissaient hideux et sanglants ; le jour, il restait comme pétrifié, sans goût pour les plaisirs et pour les chasses qui passionnaient sa jeunesse. La mort seule devait bientôt terminer cette langueur. L'Hôpital prit du chagrin, en voyant porter ce coup fatal à ses idées les plus chères. Quiconque n'avait pas perdu tout sentiment d'honneur et d'humanité déplora ce crime sans nom et heureusement sans exemple. Les Espagnols eux-mêmes désapprouvèrent cette fiévreuse cruauté, bien différente de la guerre persévérante, mais sincère, qu'ils poursuivaient contre l'hérésie. Les réformés se sentirent relevés par une trahison qui, effaçant leurs plus odieux excès, les érigeait en martyrs. Chose surprenante, ils venaient d'être frappés par celle qui jusque-là les avait protégés, par la reine qui, au nom de la tolé-

rance et de la liberté religieuse , avait renversé le pouvoir de François de Cuise et constamment dsseervi la cause de l'Eglise. Vainement voulut-elle rejeter sur les catholiques l'horreur de cet attentat et, par un calcul infâme, vouer leur chef, le trop docile Henri de Guise, à l'exécration et à la vengeance des calvinistes. Personne ne s'y trompa, et aujourd'hui encore, usant d'une juste sévérité pour les partisans d'une religion toute pacifique , la postérité flétrit sans doute le meurtrier de Coligny; mais elle réserve son mépris , son aversion , son dégoût pour l'indifférente et perfide Catherine de Médicis.

CXIV. Au lendemain de la Saint- Barthélémy, celte femme sans cœur reprit avec un calme incroyable ses combinaisons politiques, et tendit aux réformés une main encore teinte du sang de leurs frères. En France même , leur exaspération était trop grande; ils avaient spontanément pris les armes, et il leur fallait au moins quelques mois pour se rassurer et pour faire la paix. Au dehors, les impressions étaient moins vives; les esprits étaient habitués à ces moyens violents, et Catherine resta en relations intimes avec les hérétiques du continent et de l'Angleterre. En Pologne, la dynastie des Jagellons venait de s'éteindre; les nobles, en partie calvinistes, avaient accordé à l'hérésie liberté pleine et entière ; rétablissant le régime électif, ils proposaient la couronne au premier prince qui gouvernerait selon leurs fantaisies, et maintiendrait la tolérance religieuse. Catherine leur envoya son fils Henri d'Anjou, confident et complice du massacre des huguenots, et le fit élire grâce aux voix des dissidents. En même temps, la Hollande, révoltée contre l'Espagne, sentait la faiblesse de son système fédératif et le besoin d'une autorité forte et concentrée : la reine lui offrit son second fils, d'Alençon, qu'elle proposait aussi comme mari à l'Anglaise Elisabeth, mais qu'une mort prématurée devait dérober à ses rêves d'ambition.

CXV. La dynastie française de Pologne n'eut guère plus de réalité. Charles IX ayant succombé à sa langueur et ne laissant pas d'enfants, son frère Henri s'esquiva furtive-

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