LIVRE I
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règne sembla se continuer sous son fils Dagobert, élevé par saint Arnoul, lié avec tous les grands hommes de la cour et déjà associé à la couronne depuis plusieurs années. Le jeune roi voulut d'abord se concilier la laveur des saints, et par ses ordres Éloi fit des châsses magnifiques à sainte Geneviève, à saint Martin de Tours, à saint Severin, à saint Germain. Le grand orfèvre se surpassa lui-même quand il s'agit d'orner le tombeau de saint Denis, à qui Dagobert avait une dévotion et une reconnaissance spéciales. La France entière fut fière de ce chefd'œuvre , et les étrangers venaient de loin admirer les statues et les ciselures de la chasse , le baldaquin tout brillant d'or qui la couvrait , et tout autour une balustrade merveilleuse , surmontée de pommes toutes tissues d'or et de pierreries. Commencé par sainte Geneviève et maintenant terminé par
saint Éloi, ce monument devint le centre d'une grande et riche abbaye.
XL IV. Dagobert ne se borna pas à construire. De l'avis de ses sages conseillers , il entreprit de revoir et de corriger la vieille loi salique des Francs, et celles des Allemands, des Ripuaires et des Bavarois. Tandis que les villes vivaient en paix sous les lois romaines, nommaient leurs magistrats, et se défendaient par leurs évèques contre la tyrannie des comtes royaux, il était temps de régler l'état des campagnes. Le laboureur
Mort de Brunehaut. { P. 42.)
y était victime de perpétuels brigandages. Pour le retenir à cet ingrat et dur labeur, que les moines tâchaient de lui faire aimer, il fallait, avant tout, lui assurer le fruit de ses sueurs. Désormais sa vie sera sacrée, et, s'il est tué, il ne faudra pas moins de deux cents pièces d'or pour dédommager sa famille. Si la femme est plus faible, elle est
mieux protégée : à la moindre insulte elle reçoit trente pièces d'or, quatre-vingts pour une injure plus grave, et quatre cents si par suite son mari la renvoie. Sa mort coûte au meurtrier six cents pièces d'or, et de plus trois de ses fils pour remplacer au service du père de famille ceux que sa femme pouvait espérer.
XLV. C'est surtout dans les bois, sur les routes peu fréquentées, que la loi veille. Que personne n'ose inquiéter le voyageur ni le pèlerin. Pour qui le frappe, double amende; et pour qui le tue, cent pièces d'or de plus, qui seront distribuées aux pauvres pour le repos de son âme. Le foyer domestique est inviolable ; malheur à qui ose y porter le trouble, la mort ou l'incendie ! Des amendes sévères défendent aussi le seuil de la grange et de l'écurie, la porte de la cour, le mur ou la haie du jardin. L'ennemi qui arrache douze pommiers ou poiriers dans un verger payera quarante pièces d'or, remplacera les arbres, et, jusqu'à ce qu'ils produisent, donnera pour chacun une pièce d'or par an. Les troupeaux sont la principale richesse